Madagascar, une île en colère
(source : Le JDD 28/01/09
Au moins 34 personnes ont été tuées depuis lundi à Antananarivo, à la suite des émeutes qui ont secoué la capitale de Madagascar, en marge d’un rassemblement organisé par le maire de la ville contre le président malgache, Marc Ravalomanana. L’édile d’Antananarivo, Andry Rajoelina, dénonce depuis plusieurs jours la “dictature” en cours sur l’île. Fragilisé, le président a lancé un appel au dialogue.
En 2002, des manifestations populaires propulsent Marc Ravalomanana à la tête de Madagascar. En 2009, les mêmes manifestations le fragilisent. Depuis plusieurs semaines, un bras de fer oppose le maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, et Marc Ravalomanana. A l’origine de cette situation: la décision du pouvoir malgache le 13 décembre dernier de fermer la télévision privée Viva qui appartient à l’édile de la capitale malgache. Depuis, Andry Rajoelina dénonce une “dictature” en cours dans l’île. Dans la capitale, les rassemblements anti-Ravalomanana se multiplient. Lundi, une manifestation rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes a dégénéré. Au moins 34 personnes ont été tuées dans les émeutes. Deux centrales d’achat et les locaux de la radio-télévision d’Etat ont été pillés et incendiés.
Dans le monde, les appels au calme se sont multipliés. Le président de la commission de l’Union africaine, Jean Ping, a fait part de sa préoccupation. Le ministère français des Affaires étrangères a quant à lui condamné les actes de pillage et jugé “impératif” le respect de la légalité et l’ordre constitutionnel sur l’île. Paris a appelé à “l’unité nationale” et encouragé “toutes les parties à la retenue et au dialogue afin de trouver une sortie pacifique et durable à la crise actuelle“. Fragilisé et sous pression, le président malgache a lâché du lest mardi. “J’appelle à l’unité nationale et au dialogue“, a lancé Marc Ravalomanana sur les ondes de la radio privée Antsiva. “J’appelle la communauté internationale ainsi que les églises à tout faire pour que les deux parties se rapprochent“, a-t-il déclaré avant d’ajouter: “Si on y arrive, je promets que les troubles s’arrêteront rapidement.“
Dérive autocratique du pouvoir
Mais la situation est loin d’être réglée. De nouvelles manifestations, que l’opposition veut “pacifiques“, sont attendues mercredi. “Il n’y aura pas de réunion ou de dialogue tant que les militaires qui ont tué un de mes partisans n’auront pas rendu des comptes“, a prévenu Andry Rajoelina. Selon la gendarmerie, les pillages se poursuivent et des affrontements sporadiques éclatent entre forces de l’ordre et manifestant.
Jeune entrepreneur, le maire entretient des rapports tendus avec le régime depuis son élection en qualité d’indépendant en décembre 2007. Le pouvoir lui reproche sa mauvaise gestion de la capitale et a prétexté la diffusion sur Viva d’un entretien avec Didier Ratsiraka, ancien chef de l’Etat en exil en France, pour fermer sa station. Motif invoqué: cet entretien était susceptible de provoquer des désordres. La passation de pouvoir entre Ratsiraka et Ravalomanana en 2002 s’était faite au prix d’une forte instabilité politique et de violentes manifestations.
Le maire, lui, dénonce une dérive autocratique du pouvoir, et reproche au gouvernement d’aggraver les conditions de vie des Malgaches, dont 70% vivent sous le seuil de pauvreté. Andry Rajoelina soupçonne Marc Ravalomanana de vendre son pays aux grands groupes internationaux, attirés par le riche sous-sol de l’île: nickel, bauxite, cobalt, pétrole, or, charbon, chrome et uranium. Pour preuve, le pouvoir en place a signé en juillet dernier un accord avec le Sud-coréen Daewoo lui accordant l’exploitation d’1,3 million d’hectares de terres – soit l’équivalent de la moitié des terres arables de l’île – pour une durée de 99 ans!


