Lénine, Staline et L’émancipation des femmes en URSS
Lénine et Staline ont, sur tous les problèmes concernant la femme et la famille, les mêmes idées queMarx et qu’Engels. Ces idées, il leur a été donné d’en faire une réalité vivante. La révolution socialiste éclate en 1917 dans un pays arriéré, où le sort de la femme était particulièrement dur. Opprimée, exploitée, maltraitée, tenue dans l’ignorance, privée de tous les droits par la législation réactionnaire d’un Etat semi-féodal, l’ouvrière peine à l’usine douze et treize heures par jour pour un salaire dérisoire, la paysanne accomplit un travail épuisant et végète dans la misère.La loi « protégeait » la famille : l’homme, maître absolu, pouvait faire appel à la police pour obliger sa femme à réintégrer le domicile conjugal. Ceux qui avaient contracté mariage sans le consentement de leurs parents étaient emprisonnés et privés de leurs droits successoraux. Le mariage avec les « hérétiques », païens et juifs, était interdit. Seul le mariage religieux était considéré comme légal, et l’Eglise seule pouvait prononcer le divorce, coûteux et accessible uniquement aux riches.
Dans le dernier cercle de l’enfer tsariste, on trouvait la femme. Les poètes et les romanciers ont chanté ses souffrances. Nékrassov s’adresse ainsi aux femmes russes :
La destinée vous a réservé trois parts amères :
La première, c’est d’épouser un esclave ;
La seconde, c’est d’être mère du fils d’un esclave ;
La troisième, c’est d’obéir pendant toute votre vie à un esclave.
Dans le sombre empire du knout et de la potence, le mouvement révolutionnaire dresse côte à côte hommes et femmes. Les épouses des décembristes se veulent les égales de leurs maris dans le malheur : quand ceux-ci furent condamnés à la suite de leur conspiration avortée (1825), elles les suivirent dans les mines de Sibérie.
Et ces femmes sans peur, ces reines détrônées,
Dédaignent de se plaindre et s’en vont au désert
Sans détourner les yeux, sans même être étonnées
En passant sous la porte où tout espoir se perd.
A voir leur front si calme, on croirait qu’elles savent
Que leurs ans, jour par jour, par avance se gravent
Sur un livre éternel devant le czar ouvert. (A. de Vigny : Wanda.)
Les populistes révolutionnaires, qui « vont au peuple » (1870-1880) et répondent par des attentats à la terreur gouvernementale, comptent beaucoup de femmes : la plus célèbre, Véra Zassoulitch, qui tira sur le chef de la police Trépov, devait suivre Plékhanov dans son évolution vers le marxisme.
Au cours de la première révolution russe (1905), les femmes participent aux grèves. Dans la Mère, Gorki montre cet éveil de la femme du peuple à la lutte politique. Avec leurs maris et leurs frères, elles se battent sur les barricades ; comme eux, elles sont jetées en prison ou aux bagnes.
A l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 23 février (8 mars) 1917, les ouvrières défilent dans les rues de Pétrograd en exigeant la paix et du pain. C’est la première de ces grandes manifestations qui, en quelques jours, vont entraîner les niasses et balayer le tsarisme. La Journée internationale des femmes marque le début et le déclenchement de la Révolution russe ; elle a acquis, de ce fait, une gloire impérissable.
De nouveau, en octobre 1917, les femmes prennent part à l’insurrection. Elles montent la garde dans les entreprises, organisent des équipes sanitaires, se procurent des armes, font de l’agitation parmi les soldats.
De 1918 à 1920, lorsque la jeune République des Soviets, aux prises avec les pires difficultés économiques, le dénuement le plus tragique et la famine, doit faire face à la contre-révolution intérieure et aux envahisseurs étrangers, les femmes remplacent à l’usine les ouvriers enrôlés dans l’Armée rouge ou s’engagent comme infirmières et comme soldats. Ioudénitch arrive, en octobre 1919, aux portes de Pétrograd : toute la population laborieuse se lève. Douze mille ouvrières creusent des tranchées, près de trois mille combattent en première ligne. Des femmes rejoignent les groupes de partisans, ou se consacrent à la lutte clandestine, bravant la torture et la mort. Les noms de la Française Jeanne Labourbe et de la Russe Ida Krasnochtchekova, toutes deux exécutées à Odessa, l’une en 1919, l’autre en 1920, se gravent dans les mémoires. Leur sacrifice n’aura pas été vain. D’autres viendront, qui combattront comme elles, édifieront le socialisme, contribueront plus tard à chasser l’envahisseur hitlérien…
Dès que le prolétariat prit le pouvoir, il proclama l’égalité complète entre les deux sexes. La femme pourra occuper tous les postes, exercer toutes les activités. Elle recevra, pour un même travail, un salaire égal à celui de l’homme. Les Soviets se proposent d’attirer à la vie publique toutes les femmes, même les plus arriérées. Bouleversement prodigieux, illustré par le mot d’ordre de Lénine : « Chaque cuisinière doit apprendre à diriger l’Etat ».
Une transformation aussi radicale ne pouvait aller sans refus et sans résistances opiniâtres, quelquefois de la part de celles qu’il s’agissait de libérer et qui ne comprenaient pas. Cholokhov, dans Terres défrichées, décrit une révolte de paysannes, influencées par les koulaks, meute en furie prête à écharper un ommuniste. Mais l’aube finit toujours par percer…
Dans son poème l’Amour, Maïakovski, après une critique cinglante des survivances du passé, termine par le mot-clé, qui ouvre les portes de l’avenir :
Il faut lier
la vie des hommes et des femmes
Par le mot
qui nous unit :
« Camarades ».
L’égalité politique et économique entre l’homme et la femme ne pouvait manquer d’avoir des répercussions immédiates sur le régime matrimonial.
Un décret de décembre 1917 réglemente le mariage. Quelles en sont les caractéristiques ? D’abord, l’égalité des contractants, ce qui implique l’abolition de la puissance maritale et de l’incapacité de la femme mariée ; ensuite, la suppression de l’indissolubilité du mariage. Les seuls empêchements légaux découlent de l’âge (18 ans pour les hommes, 16 ans pour les femmes), d’un mariage antérieur subsistant, d’un lien de parenté.
La famille se fonde sur la filiation effective : aucune différence n’est établie entre la parenté naturelle et la parenté légitime. Le mariage a pour conséquence principale de mettre à la charge du père l’entretien de l’enfant, que l’Etat ne peut pas encore assumer. L’époux doit une pension alimentaire à son conjoint besogneux. L’avortement, considéré déjà comme un « mal social », est autorisé, par une loi de 1919, au cours des trois premiers mois de la grossesse, « tant que les survivances morales du passé et les pénibles conditions économiques du présent obligeront certaines femmes à subir cette opération ».
La famille féodale et capitaliste, fondée sur l’asservissement de la femme, l’intérêt, l’abandon des enfants naturels, avait été emportée par l’ouragan de la Révolution. La législation des premières années de la République des Soviets traduit, par la simplification des formalités du mariage et du divorce, la volonté d’extirper tout ce qui rappelait l’ancien régime.
L’ampleur de la Révolution, le chaos général, les fluctuations de la lutte, les incertitudes, les épreuves, l’instabilité des situations incitaient, comme à toutes les époques de bouleversement et de troubles, à « jouir de l’heure », à cueillir le plaisir au passage. Ce phénomène se manifesta surtout dans les villes, plus particulièrement parmi la bohème intellectuelle et les déclassés, qui voyaient dans la licence sexuelle le signe et la suite de l’émancipation sociale. Libertinage et dérèglements furent le fait d’une petite minorité anarchisante, non du peuple.
Cependant, quelques « théoriciens » concluaient de la disparition de la société bourgeoise à la disparition de la famille monogamique, institution bourgeoise. « La famille cesse d’être une nécessité pour les membres qui la composent aussi bien que pour l’Etat ». (A. Kollontai : la Famille et l’Etat communiste, p. 9.) Dans la préface au Code bolchevik du mariage de 1919, le juriste Hoichbarg considère que la famille subsiste « parce que nous avons affaire à un socialisme à l’état naissant » ; il estime que « l’institution du mariage porte en elle le germe de sa ruine ». Faut-il souligner combien de pareilles conceptions sont éloignées des idées exprimées par Marx et par Engels ?
La réalité soviétique posait de façon concrète le problème qu’avait examiné Engels : la famille monogamique, cessant d’être une unité économique de production et de consommation dans le cadre de la société capitaliste, était-elle vouée à disparaître ? Non, avait répondu Engels : le socialisme abolira la prostitution et consolidera la monogamie. Lénine, comme Marx, condamne la licence sexuelle et « l’amour libre » : une première fois, au début de 1915, en pleine guerre impérialiste, dans deux lettres à Inès Armand ; une seconde fois en 1920, au cours d’un entretien avec Clara Zetkin.
Bien qu’il fût absorbé par sa lutte contre le social-chauvinisme, pour la résurrection d’une nouvelle Internationale, débarrassée des opportunistes et des traîtres, Lénine ne négligeait aucune question qui avait trait à la vie du prolétariat. Une camarade du Parti bolchevik, Inès Armand, lui ayant soumis une brochure qu’elle destinait aux ouvrières, et où elle défendait « l’amour libre », Lénine analysa cette formule d’un point de vue de classe. L’amour libre, déclare-t-il, est une revendication bourgeoise, qui n’a pas sa place dans une brochure écrite pour des ouvrières ; l’amour libre est prôné par les femmes bourgeoises qui veulent échapper aux conséquences sérieuses de l’amour, vivre « en garçonnes », ne pas s’embarrasser d’enfants, tromper leur conjoint. Il ne faut pas opposer, comme le fait Inès Armand, au mariage sans amour l’amour libre, l’amour-passion, mais il faut opposer au mariage sans amour pratiqué dans la bourgeoisie le « mariage prolétarien avec amour ». (Lettres de Lénine à Inès Armand, 1915.) Lénine a exprimé des idées analogues dans sa conversation avec Clara Zetkin. Il a flétri les libertins qui assimilent l’amour à la satisfaction d’un besoin naturel, ceux qui s’écrient, avec Musset :
Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
Certains jeunes gens, observe Lénine, affichent, quant à la vie sexuelle, des théories qu’ils qualifient de « révolutionnaires » et de « communistes », mais que la bourgeoisie a professées bien avant eux. Leur application ferait de la société un lupanar.
Lénine s’élève avec force contre la « théorie du verre d’eau » : Certes, la soif doit être assouvie, mais un homme normal, dans des conditions normales également, se mettra-t-il à plat ventre dans la rue pour boire dans une flaque d’eau sale ? ou même dans un verre dont les bords auront été souillés par des dizaines d’autres lèvres ? (Clara Zetkin : Notes de mon carnet.)
Il est dérisoire d’invoquer, à ce propos, le matérialisme historique et de décréter, contrairement à Engels, que la fin du capitalisme signifie la fin de la monogamie.
Merci pour ce marxisme pour lequel tous les phénomènes et toutes les modifications qui interviennent dans la superstructure idéologique de la société se déduisent immédiatement, en ligne droite et sans réserve aucune, uniquement de la base économique. La chose n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air… La tendance à ramener directement à la base économique de la société la modification de ces rapports en dehors de leur relation avec toute l’idéologie serait non du marxisme, mais du rationalisme. (Clara Zetkin : Idem.)
Et Lénine résume ainsi sa pensée sur le comportement sexuel : « Ni moine, ni don Juan ! »
L’émancipation de la femme est conditionnée par son indépendance matérielle. La femme doit participer à la production. Elle sera pour l’homme une collaboratrice inestimable dans le domaine social, car elle y déploiera ses qualités particulières, elle y apportera son expérience d’organisatrice et de ménagère.
L’oeuvre entreprise par le pouvoir des Soviets ne pourra progresser que si dans toute la Russie, non pas des centaines de femmes, mais des millions et des millions de femmes lui apportent leur concours. (Lénine : OEuvres, t. XXIV, p. 472.)
Pour que la femme pût travailler au dehors, il fallait la libérer des servitudes quotidiennes, créer des restaurants, des blanchisseries, des crèches, des garderies et des jardins d’enfants, des écoles.
La femme continue à demeurer l’esclave domestique, malgré toutes les lois libératrices, car la petite économie domestique l’oppresse, l’étouffe, l’abêtit, l’humilie, en l’attachant à la cuisine, à la chambre des enfants, en l’obligeant à dépenser ses forces dans des tâches terriblement improductives, mesquines, énervantes, hébétantes, déprimantes. La véritable libération de la femme, le véritable communisme ne commenceront que là et au moment où commencera la lutte des masses (dirigée par le prolétariat possédant le pouvoir) contre cette petite économie domestique ou, plus exactement, lors de sa transformation massive en grande économie socialiste. (Lénine : OEuvres, t. XXIV, p. 343-344.)
Le gouvernement soviétique s’est engagé résolument dans la voie indiquée par Lénine. Un vaste réseau d’institutions diverses a, peu à peu, couvert l’immense pays, arrachant la femme à ses misères traditionnelles. L’oeuvre projetée semblait surhumaine. Tout a concouru à cette fin : progrès du machinisme domestique ; réalisations de l’urbanisme moderne ; maternités et maisons de repos ; cantines et dispensaires ; coopératives de consommation ou d’entr’aide ; services collectifs, etc…
Chaque victoire du socialisme était une victoire de la femme.
La législation de la famille et du mariage a reflété cette marche en avant vers le socialisme. Les décrets des premières années n’ont jamais, comme l’ont prétendu des idéologues de la bourgeoisie, « supprimé la famille », mais ils ont, en effet, radicalement détruit la vieille famille de la société capitaliste. Ils ont protégé la mère, mariée ou non, en octroyant à la femme enceinte un repos et des soins gratuits. Ils se sont efforcés d’abolir l’hypothèque que faisaient peser sur la femme les soucis domestiques. Cependant, le jeune Etat prolétarien, qui venait de subir victorieusement la terrible épreuve de la guerre civile et de l’intervention, ne pouvait subvenir à tout, modifier du jour au lendemain les conditions d’existence d’une population occupée à relever les raines. Les femmes délaissées, par suite de la facilité du divorce, cherchaient en vain à faire valoir leurs droits : les tribunaux se trouvaient submergés d’assignations pour non paiement de pensions alimentaires. Des enfants abandonnés (bezprizornié) formaient des bandes qui vivaient de rapines : l’Etat en assura la rééducation. Les unions de fait étant devenues aussi fréquentes que les unions enregistrées, le Code de 1927 étendit à ces unions de fait les effets du mariage civil.
Les succès des plans quinquennaux consolidèrent la famille soviétique.
Dès le deuxième plan quinquennal, l’élévation continue du niveau de vie, le bien-être croissant des travailleurs, la multiplication des maternités, des crèches, des écoles, rendirent caduque et absurde la pratique de l’avortement. Les progrès de l’industrie, l’avenir même de l’Union Soviétique exigeaient un accroissement plus rapide de la population. L’homme n’est-il pas le facteur essentiel de l’édification du socialisme ? « On ne saurait séparer la technique des hommes qui mettent en oeuvre cette technique », disait Staline, et il proclamait que « le capital le plus précieux, c’est l’homme ».
La défense et le développement de la famille deviennent alors l’un des soucis primordiaux du gouvernement soviétique.
Nous avons besoin d’hommes. L’avortement qui détruit la vie est inadmissible dans notre pays. La femme soviétique a les mêmes droits que l’homme, mais cela ne l’affranchit pas du grand et honorable devoir qui lui est dévolu par la nature ; elle est mère, elle donne la vie. Et ceci n’est certainement pas une affaire privée, mais une affaire d’une haute importance sociale. (Troud, 27 avril 1936.)
En 1936, des peines sévères sanctionnent le non-paiement des pensions alimentaires. Le divorce est réglementé, l’avortement interdit (décret du 27 juin 1936). L’article 122 de la Constitution présentée par Staline en décembre 1936, rappelle que la femme a des droits égaux à ceux de l’homme quant au travail, au salaire, au repos, aux assurances sociales et à l’instruction, et qu’elle a droit, ainsi que l’enfant, à la protection de l’Etat.
La guerre contre l’envahisseur hitlérien ne pouvait que pousser au renforcement de la famille. Le décret du 8 juillet 1944 établit que « seul le mariage légal entraîne des droits et des devoirs pour le mari et pour la femme». Les personnes vivant maritalement devront légaliser leur union. Le divorce ne sera prononcé que dans des cas importants et après décision du tribunal.
En même temps, l’Etat intensifie son aide aux familles nombreuses, il étend les services collectifs, destinés à relever la femme de ses tâches ménagères.
Ainsi, la législation soviétique sur la famille, inspirée par les idées du marxisme-léninisme, obéit, clans l’évolution qu’elle suit depuis trente ans, à la préoccupation constante de libérer et de défendre la femme. Cette préoccupation a conduit le législateur soviétique du divorce libre au divorce réglementé, de l’avortement légal à l’interdiction de l’avortement. Il a multiplié les institutions d’aide à la famille, protégé la mère et l’enfant, mis la maternité à l’honneur, en récompensant les mères, en augmentant allocations et subsides. (Au 1er juin 1949, on comptait plus de 2 millions de mères de 5 et 6 enfants titulaires de la médaille de la maternité ; 700.000 mères de 7, 8 et 9 enfants titulaires de la médaille «Gloire da la maternité » ; 30.000 mères de 10 enfants et plus titulaires de la médaille de la « Mère héroïne ».) L’Etat soviétique veille à la solidité et à la stabilité de la famille. Car la famille ouvre à l’individu une vie pleine et totale ; c’est elle qui éduque les enfants dans l’esprit du socialisme ; c’est elle qui assure la capacité de production du pays.
Comment se traduit, dans les faits, l’égalité conférée à la femme soviétique par la Révolution d’Octobre ?
Après les élections de 1946, 277 femmes siégeaient au Soviet suprême de l’U.R.S.S., 1.738 aux Soviets supérieurs des Républiques socialistes. Plus de 480.000 ont été élues aux Soviets locaux.
En 1950, les femmes représentent 40 % des travailleurs dans l’industrie, 63 % dans les services de l’hygiène, 68 % dans les emplois pédagogiques.
Alors que sous le régime tsariste, d’après le recensement de 1897, 55 % des travailleuses constituaient le personnel domestique, les aides-ménagères ne représentent plus que 2 % des femmes qui travaillent.
Des dizaines de milliers de femmes dirigent des usines, des kolkhoz, des entreprises, des laboratoires. A la veille de la guerre, on dénombrait 141.000 femmes ingénieurs et techniciennes. 43 % des spécialistes qualifiés dans les sciences, la technique et les arts sont des femmes : plus de 200 d’entre elles ont été lauréates du prix Staline. Ceci a été fait en trente ans, dans un pays où, avant la Révolution, l’immense majorité des illettrés appartenait au sexe féminin.
Le pouvoir soviétique a littéralement tiré de l’esclavage les femmes des Républiques soviétiques de l’Asie Centrale. Libérées du vieux code familial musulman, des millions de femmes ouzbèques, tadjiques, turkmènes, kirghizes sont devenues les meilleures ouvrières du communisme. Les traditions de jadis les maintenaient dans la passivité et l’ignorance, les condamnaient à un labeur exténuant. « La femme, disait un proverbe caucasien du vieux temps, doit travailler plus qu’un âne, parce que l’âne mange de la paille, et la femme du pain. » C’est avec raison qu’une femme d’Azerbaïdjan, qui connut
dans sa jeunesse la claustration et qui est devenue l’un des meilleurs ingénieurs des puits de pétrole de Bakou, a pu dire : « Autrefois, les gens croyaient aux miracles, mais les vrais miracles, c’est le pouvoir des Soviets qui les a accomplis. »
Dès février 1933, des paysannes, brigadières et chefs d’équipe sont déléguées au congrès des ouvriers de choc des kolkhoz. Les femmes ont brillé aux premiers rangs du mouvement stakhanoviste, des centaines d’entre elles ont été proclamées héroïnes du travail socialiste. On les voit descendre dans les chantiers du métro, se pencher à la gueule des fours, monter sur les moissonneuses-batteuses et les tracteurs ; on les rencontre partout où l’on bâtit, où l’on produit, où l’on sème… C’est Vinogradova, initiatrice du mouvement stakhanoviste dans le textile, qui conduit simultanément 216 métiers à filer automatiques ; c’est la mécanicienne de locomotive Troïtskaïa ; c’est la kolkhozienne Marie Demtchenko, qui, la première, récolte avec son équipe plus de 500 quintaux de betteraves à l’hectare ; c’est la conductrice de tracteurs Anguelina ; c’est l’aviatrice Grizodoubova qui réalise, en 1938, la liaison Moscou-océan Pacifique d’un seul coup d’aile…
A la lueur sinistre de la guerre, la femme soviétique apparaît dans toute sa grandeur, partageant les dangers et les combats de l’homme. Elle le remplace dans les travaux de la terre, elle ravitaille le front en nourriture, en armes et en munitions. Mais ces femmes patriotes font plus : elles se battent. «L’égalité des femmes, a dit Kalinine, existait chez nous depuis les premiers jours de la Révolution d’Octobre, mais vous avez conquis l’égalité de la femme dans un nouveau domaine, la défense de la patrie, les armes à la main. »
Et voici, après les héroïnes du travail, les héroïnes de la guerre. Elles sont légion : Natacha Kovchovaïa, Maroussia Polivanova, Marseïeva, Anna Pavlova, Maria Baïda… Un même amour les exalte. « La mort ne m’effraie pas, crie aux kolkhoziens rassemblés sur le lieu de son supplice, Zoïa Kosmodemianskaïa, c’est un bonheur que de mourir pour son peuple. Adieu, camarades ! Luttez !
N’ayez pas peur ! Staline est avec nous ! Staline viendra ! » De quels prodiges n’est pas capable le pays où meurent et où naissent les Zoïas ? Et c’est encore une femme, Tcherkassova, qui, à Stalingrad, au milieu des ruines fumantes, forme la première brigade de volontaires pour reconstruire la cité, glorieuse entre toutes…
Dans la société bourgeoise, l’aspiration à l’amour est un crime qui porte en soi son châtiment. Emma Bovary est acculée au suicide, de même qu’Anna Karénine, de même que Catherine dans l’Orage d’Ostrovski. La littérature des pays capitalistes a décrit les drames innombrables provoqués par les mariages « de raison », la dégradation de l’homme et de la femme dressés l’un contre l’autre, ces nœuds de vipères, ces foyers de haines que sont les familles divisées par des questions d’intérêt et d’héritage.
Générateur de contradictions et d’antagonismes, le capitalisme dissocie le couple humain et la famille, dresse la femme contre le mari, le fils contre le père, le frère contre le frère.
[Les Etats-Unis, citadelle du capitalisme, offrent le tableau d'une société tourmentée par les hantises et les névroses sexuelles, déchirée par 1s guerre des sexes, en proie aux angoisses collectives et aux furies de l'intérêt privé. Il n'y a qu'à lire les romanciers américains ou les ouvrages des meilleurs observateurs de la vie américaine : Les Etats-Désunis, de Vladimir Pozner ; Clefs pour l'Amérique, de Claude Roy. Denis de Rougemont, qu'on ne saurait suspecter d'hostilité envers les Etats-Unis, évoque « la tragédie secrète d'une civilisation qui produit plus de divorces, plus d'homosexuels, plus d'obsédés, que l'on enferme ou non, et plus d'alcooliques, qu'aucune autre» (Vivre en Amérique, p.123). Il reconnaît que « la morale bourgeoise, issue des puritains, a été l'une des plus perverses qu'ait jamais sécrétée l'humanité » (p. 133).]
« La femme, dit un personnage de Strindberg, a été ton ennemie, et l’amour entre les sexes n’est que combat. » Un autre personnage du dramaturge suédois définit ainsi la mentalité qui règne au sein de la famille bourgeoise : « Manger ou être mangé. C’est toute la question. »
La libération de la femme permet de fonder le mariage sur l’amour, de passer, selon l’expression d’Engels, « du royaume de la nécessité dans le royaume de la liberté ». Désormais, la notion de propriété personnelle est bannie du domaine des sentiments. Ce ne sont pas des calculs, des pressions extérieures, des préjugés religieux qui rivent l’une à l’autre deux existences, mais le libre choix et le libre consentement.
A l’heure de la première rencontre, l’amour n’est qu’un émoi de la chair, une vague ébauche, un pressentiment de bonheur. Dans les épreuves affrontées et surmontées en commun, l’union se scelle et s’affirme, chacun s’agrandit de tout ce qu’il donne.
Un poète soviétique, Stepan Chtchipatchov, a écrit :
Il faut savoir chérir l’amour.
Les années passent —il faut doublement le chérir.
L’amour, ce n’est pas un soupir sur un banc.
Quelques pas sous la lune.
Il y aura la boue, les neiges qui tombent.
C’est toute une vie qu’il faut vivre ensemble.
L’amour, on dirait une bonne chanson.
Et faire une bonne chanson n’est point si facile.
Le communisme, qui veut que tous aient « du pain et aussi des roses », offre à l’amour sa meilleure chance.
Ces hommes et ces femmes, qu’un même élan emporte vers un avenir lumineux, ne sont plus le jouet d’une fatalité aveugle et absurde, mais les maîtres de leur destin. Le rêve du grand démocrate révolutionnaire Tchernychevski se réalise : Comme il est juste, puissant et pénétrant, l’esprit dont la femme est douée par la nature ! Et cet esprit reste inutilisé par la société qui le rejette, qui l’écrase, qui l’étouffe… L’histoire de l’humanité irait dix fois plus vite, si l’intelligence de la femme n’était pas rejetée et annihilée, mais pouvait agir. (Tchernychevski : Que faire ?)
La femme a été placée par la Révolution d’Octobre dans des conditions où elle a pu agir : et l’histoire est allée dix fois plus vite…
La victoire des armées soviétiques dans la deuxième guerre mondiale, l’écrasement des envahisseurs hitlériens et japonais ont fait surgir, en Europe, des démocraties populaires et assuré, en Asie, le triomphe de la Chine progressiste, dirigée par le Parti communiste et son leader Mao Tsé Toung. Ces nouvelles républiques ont donné à la femme les mêmes droits qu’à l’homme. La femme chinoise, martyre séculaire dont on mutilait les pieds pour la retenir au foyer, est devenue libre et indépendante.
Hier partisane dans la guerre de libération, elle participe aujourd’hui à la vie politique, à l’édification d’une démocratie du peuple et pour le peuple.
L’exemple de leurs soeurs soviétiques et chinoises galvanise les femmes des pays encore sous le joug de l’impérialisme. De la Corée du Sud à l’Iran, de l’Indonésie et du Viet-Nam à l’Afrique, elles luttent pour l’indépendance nationale, contre les colonialistes étrangers et leurs commis. Elles savent que l’émancipation des femmes, le bonheur des enfants ne sont possibles que là où le peuple est devenu maître de ses destinées, là où l’impérialisme a été vaincu.
En quelques années, l’humanité a fait plus de chemin qu’au cours de plusieurs siècles. Et cela, en partie, grâce aux femmes, libérées par la victoire du prolétariat.
Les opprimées et les exploitées du monde entier écoutent rouler la locomotive de l’histoire, frémissent au vent de la jeune liberté et s’apprêtent à jeter leur force immense dans la lutte finale.
Jean FREVILLE.
Janvier 1950.
(in La femme et le communisme)
La première, c’est d’épouser un esclave ;
La seconde, c’est d’être mère du fils d’un esclave ;
La troisième, c’est d’obéir pendant toute votre vie à un esclave.
Et ces femmes sans peur, ces reines détrônées,
Dédaignent de se plaindre et s’en vont au désert
Sans détourner les yeux, sans même être étonnées
En passant sous la porte où tout espoir se perd.
A voir leur front si calme, on croirait qu’elles savent
Que leurs ans, jour par jour, par avance se gravent
Sur un livre éternel devant le czar ouvert. (A. de Vigny : Wanda.)
Au cours de la première révolution russe (1905), les femmes participent aux grèves. Dans la Mère, Gorki montre cet éveil de la femme du peuple à la lutte politique. Avec leurs maris et leurs frères, elles se battent sur les barricades ; comme eux, elles sont jetées en prison ou aux bagnes.
A l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 23 février (8 mars) 1917, les ouvrières défilent dans les rues de Pétrograd en exigeant la paix et du pain. C’est la première de ces grandes manifestations qui, en quelques jours, vont entraîner les niasses et balayer le tsarisme. La Journée internationale des femmes marque le début et le déclenchement de la Révolution russe ; elle a acquis, de ce fait, une gloire impérissable.
De nouveau, en octobre 1917, les femmes prennent part à l’insurrection. Elles montent la garde dans les entreprises, organisent des équipes sanitaires, se procurent des armes, font de l’agitation parmi les soldats.
Dès que le prolétariat prit le pouvoir, il proclama l’égalité complète entre les deux sexes. La femme pourra occuper tous les postes, exercer toutes les activités. Elle recevra, pour un même travail, un salaire égal à celui de l’homme. Les Soviets se proposent d’attirer à la vie publique toutes les femmes, même les plus arriérées. Bouleversement prodigieux, illustré par le mot d’ordre de Lénine : « Chaque cuisinière doit apprendre à diriger l’Etat ».
Une transformation aussi radicale ne pouvait aller sans refus et sans résistances opiniâtres, quelquefois de la part de celles qu’il s’agissait de libérer et qui ne comprenaient pas. Cholokhov, dans Terres défrichées, décrit une révolte de paysannes, influencées par les koulaks, meute en furie prête à écharper un ommuniste. Mais l’aube finit toujours par percer…
Il faut lier
la vie des hommes et des femmes
Par le mot
qui nous unit :
« Camarades ».
Un décret de décembre 1917 réglemente le mariage. Quelles en sont les caractéristiques ? D’abord, l’égalité des contractants, ce qui implique l’abolition de la puissance maritale et de l’incapacité de la femme mariée ; ensuite, la suppression de l’indissolubilité du mariage. Les seuls empêchements légaux découlent de l’âge (18 ans pour les hommes, 16 ans pour les femmes), d’un mariage antérieur subsistant, d’un lien de parenté.
La famille se fonde sur la filiation effective : aucune différence n’est établie entre la parenté naturelle et la parenté légitime. Le mariage a pour conséquence principale de mettre à la charge du père l’entretien de l’enfant, que l’Etat ne peut pas encore assumer. L’époux doit une pension alimentaire à son conjoint besogneux. L’avortement, considéré déjà comme un « mal social », est autorisé, par une loi de 1919, au cours des trois premiers mois de la grossesse, « tant que les survivances morales du passé et les pénibles conditions économiques du présent obligeront certaines femmes à subir cette opération ».
La famille féodale et capitaliste, fondée sur l’asservissement de la femme, l’intérêt, l’abandon des enfants naturels, avait été emportée par l’ouragan de la Révolution. La législation des premières années de la République des Soviets traduit, par la simplification des formalités du mariage et du divorce, la volonté d’extirper tout ce qui rappelait l’ancien régime.
L’ampleur de la Révolution, le chaos général, les fluctuations de la lutte, les incertitudes, les épreuves, l’instabilité des situations incitaient, comme à toutes les époques de bouleversement et de troubles, à « jouir de l’heure », à cueillir le plaisir au passage. Ce phénomène se manifesta surtout dans les villes, plus particulièrement parmi la bohème intellectuelle et les déclassés, qui voyaient dans la licence sexuelle le signe et la suite de l’émancipation sociale. Libertinage et dérèglements furent le fait d’une petite minorité anarchisante, non du peuple.
Cependant, quelques « théoriciens » concluaient de la disparition de la société bourgeoise à la disparition de la famille monogamique, institution bourgeoise. « La famille cesse d’être une nécessité pour les membres qui la composent aussi bien que pour l’Etat ». (A. Kollontai : la Famille et l’Etat communiste, p. 9.) Dans la préface au Code bolchevik du mariage de 1919, le juriste Hoichbarg considère que la famille subsiste « parce que nous avons affaire à un socialisme à l’état naissant » ; il estime que « l’institution du mariage porte en elle le germe de sa ruine ». Faut-il souligner combien de pareilles conceptions sont éloignées des idées exprimées par Marx et par Engels ?
Bien qu’il fût absorbé par sa lutte contre le social-chauvinisme, pour la résurrection d’une nouvelle Internationale, débarrassée des opportunistes et des traîtres, Lénine ne négligeait aucune question qui avait trait à la vie du prolétariat. Une camarade du Parti bolchevik, Inès Armand, lui ayant soumis une brochure qu’elle destinait aux ouvrières, et où elle défendait « l’amour libre », Lénine analysa cette formule d’un point de vue de classe. L’amour libre, déclare-t-il, est une revendication bourgeoise, qui n’a pas sa place dans une brochure écrite pour des ouvrières ; l’amour libre est prôné par les femmes bourgeoises qui veulent échapper aux conséquences sérieuses de l’amour, vivre « en garçonnes », ne pas s’embarrasser d’enfants, tromper leur conjoint. Il ne faut pas opposer, comme le fait Inès Armand, au mariage sans amour l’amour libre, l’amour-passion, mais il faut opposer au mariage sans amour pratiqué dans la bourgeoisie le « mariage prolétarien avec amour ». (Lettres de Lénine à Inès Armand, 1915.) Lénine a exprimé des idées analogues dans sa conversation avec Clara Zetkin. Il a flétri les libertins qui assimilent l’amour à la satisfaction d’un besoin naturel, ceux qui s’écrient, avec Musset :
Certains jeunes gens, observe Lénine, affichent, quant à la vie sexuelle, des théories qu’ils qualifient de « révolutionnaires » et de « communistes », mais que la bourgeoisie a professées bien avant eux. Leur application ferait de la société un lupanar.
Lénine s’élève avec force contre la « théorie du verre d’eau » : Certes, la soif doit être assouvie, mais un homme normal, dans des conditions normales également, se mettra-t-il à plat ventre dans la rue pour boire dans une flaque d’eau sale ? ou même dans un verre dont les bords auront été souillés par des dizaines d’autres lèvres ? (Clara Zetkin : Notes de mon carnet.)
Il est dérisoire d’invoquer, à ce propos, le matérialisme historique et de décréter, contrairement à Engels, que la fin du capitalisme signifie la fin de la monogamie.
L’émancipation de la femme est conditionnée par son indépendance matérielle. La femme doit participer à la production. Elle sera pour l’homme une collaboratrice inestimable dans le domaine social, car elle y déploiera ses qualités particulières, elle y apportera son expérience d’organisatrice et de ménagère.
L’oeuvre entreprise par le pouvoir des Soviets ne pourra progresser que si dans toute la Russie, non pas des centaines de femmes, mais des millions et des millions de femmes lui apportent leur concours. (Lénine : OEuvres, t. XXIV, p. 472.)
Pour que la femme pût travailler au dehors, il fallait la libérer des servitudes quotidiennes, créer des restaurants, des blanchisseries, des crèches, des garderies et des jardins d’enfants, des écoles.
Chaque victoire du socialisme était une victoire de la femme.
Les succès des plans quinquennaux consolidèrent la famille soviétique.
Dès le deuxième plan quinquennal, l’élévation continue du niveau de vie, le bien-être croissant des travailleurs, la multiplication des maternités, des crèches, des écoles, rendirent caduque et absurde la pratique de l’avortement. Les progrès de l’industrie, l’avenir même de l’Union Soviétique exigeaient un accroissement plus rapide de la population. L’homme n’est-il pas le facteur essentiel de l’édification du socialisme ? « On ne saurait séparer la technique des hommes qui mettent en oeuvre cette technique », disait Staline, et il proclamait que « le capital le plus précieux, c’est l’homme ».
La défense et le développement de la famille deviennent alors l’un des soucis primordiaux du gouvernement soviétique.
Nous avons besoin d’hommes. L’avortement qui détruit la vie est inadmissible dans notre pays. La femme soviétique a les mêmes droits que l’homme, mais cela ne l’affranchit pas du grand et honorable devoir qui lui est dévolu par la nature ; elle est mère, elle donne la vie. Et ceci n’est certainement pas une affaire privée, mais une affaire d’une haute importance sociale. (Troud, 27 avril 1936.)
La guerre contre l’envahisseur hitlérien ne pouvait que pousser au renforcement de la famille. Le décret du 8 juillet 1944 établit que « seul le mariage légal entraîne des droits et des devoirs pour le mari et pour la femme». Les personnes vivant maritalement devront légaliser leur union. Le divorce ne sera prononcé que dans des cas importants et après décision du tribunal.
En même temps, l’Etat intensifie son aide aux familles nombreuses, il étend les services collectifs, destinés à relever la femme de ses tâches ménagères.
Ainsi, la législation soviétique sur la famille, inspirée par les idées du marxisme-léninisme, obéit, clans l’évolution qu’elle suit depuis trente ans, à la préoccupation constante de libérer et de défendre la femme. Cette préoccupation a conduit le législateur soviétique du divorce libre au divorce réglementé, de l’avortement légal à l’interdiction de l’avortement. Il a multiplié les institutions d’aide à la famille, protégé la mère et l’enfant, mis la maternité à l’honneur, en récompensant les mères, en augmentant allocations et subsides. (Au 1er juin 1949, on comptait plus de 2 millions de mères de 5 et 6 enfants titulaires de la médaille de la maternité ; 700.000 mères de 7, 8 et 9 enfants titulaires de la médaille «Gloire da la maternité » ; 30.000 mères de 10 enfants et plus titulaires de la médaille de la « Mère héroïne ».) L’Etat soviétique veille à la solidité et à la stabilité de la famille. Car la famille ouvre à l’individu une vie pleine et totale ; c’est elle qui éduque les enfants dans l’esprit du socialisme ; c’est elle qui assure la capacité de production du pays.
Comment se traduit, dans les faits, l’égalité conférée à la femme soviétique par la Révolution d’Octobre ?
En 1950, les femmes représentent 40 % des travailleurs dans l’industrie, 63 % dans les services de l’hygiène, 68 % dans les emplois pédagogiques.
Alors que sous le régime tsariste, d’après le recensement de 1897, 55 % des travailleuses constituaient le personnel domestique, les aides-ménagères ne représentent plus que 2 % des femmes qui travaillent.
Des dizaines de milliers de femmes dirigent des usines, des kolkhoz, des entreprises, des laboratoires. A la veille de la guerre, on dénombrait 141.000 femmes ingénieurs et techniciennes. 43 % des spécialistes qualifiés dans les sciences, la technique et les arts sont des femmes : plus de 200 d’entre elles ont été lauréates du prix Staline. Ceci a été fait en trente ans, dans un pays où, avant la Révolution, l’immense majorité des illettrés appartenait au sexe féminin.
Le pouvoir soviétique a littéralement tiré de l’esclavage les femmes des Républiques soviétiques de l’Asie Centrale. Libérées du vieux code familial musulman, des millions de femmes ouzbèques, tadjiques, turkmènes, kirghizes sont devenues les meilleures ouvrières du communisme. Les traditions de jadis les maintenaient dans la passivité et l’ignorance, les condamnaient à un labeur exténuant. « La femme, disait un proverbe caucasien du vieux temps, doit travailler plus qu’un âne, parce que l’âne mange de la paille, et la femme du pain. » C’est avec raison qu’une femme d’Azerbaïdjan, qui connut
dans sa jeunesse la claustration et qui est devenue l’un des meilleurs ingénieurs des puits de pétrole de Bakou, a pu dire : « Autrefois, les gens croyaient aux miracles, mais les vrais miracles, c’est le pouvoir des Soviets qui les a accomplis. »
Dès février 1933, des paysannes, brigadières et chefs d’équipe sont déléguées au congrès des ouvriers de choc des kolkhoz. Les femmes ont brillé aux premiers rangs du mouvement stakhanoviste, des centaines d’entre elles ont été proclamées héroïnes du travail socialiste. On les voit descendre dans les chantiers du métro, se pencher à la gueule des fours, monter sur les moissonneuses-batteuses et les tracteurs ; on les rencontre partout où l’on bâtit, où l’on produit, où l’on sème… C’est Vinogradova, initiatrice du mouvement stakhanoviste dans le textile, qui conduit simultanément 216 métiers à filer automatiques ; c’est la mécanicienne de locomotive Troïtskaïa ; c’est la kolkhozienne Marie Demtchenko, qui, la première, récolte avec son équipe plus de 500 quintaux de betteraves à l’hectare ; c’est la conductrice de tracteurs Anguelina ; c’est l’aviatrice Grizodoubova qui réalise, en 1938, la liaison Moscou-océan Pacifique d’un seul coup d’aile…
Et voici, après les héroïnes du travail, les héroïnes de la guerre. Elles sont légion : Natacha Kovchovaïa, Maroussia Polivanova, Marseïeva, Anna Pavlova, Maria Baïda… Un même amour les exalte. « La mort ne m’effraie pas, crie aux kolkhoziens rassemblés sur le lieu de son supplice, Zoïa Kosmodemianskaïa, c’est un bonheur que de mourir pour son peuple. Adieu, camarades ! Luttez !
N’ayez pas peur ! Staline est avec nous ! Staline viendra ! » De quels prodiges n’est pas capable le pays où meurent et où naissent les Zoïas ? Et c’est encore une femme, Tcherkassova, qui, à Stalingrad, au milieu des ruines fumantes, forme la première brigade de volontaires pour reconstruire la cité, glorieuse entre toutes…
Générateur de contradictions et d’antagonismes, le capitalisme dissocie le couple humain et la famille, dresse la femme contre le mari, le fils contre le père, le frère contre le frère.
La libération de la femme permet de fonder le mariage sur l’amour, de passer, selon l’expression d’Engels, « du royaume de la nécessité dans le royaume de la liberté ». Désormais, la notion de propriété personnelle est bannie du domaine des sentiments. Ce ne sont pas des calculs, des pressions extérieures, des préjugés religieux qui rivent l’une à l’autre deux existences, mais le libre choix et le libre consentement.
A l’heure de la première rencontre, l’amour n’est qu’un émoi de la chair, une vague ébauche, un pressentiment de bonheur. Dans les épreuves affrontées et surmontées en commun, l’union se scelle et s’affirme, chacun s’agrandit de tout ce qu’il donne.
Un poète soviétique, Stepan Chtchipatchov, a écrit :
Il faut savoir chérir l’amour.
Les années passent —il faut doublement le chérir.
L’amour, ce n’est pas un soupir sur un banc.
Quelques pas sous la lune.
Il y aura la boue, les neiges qui tombent.
C’est toute une vie qu’il faut vivre ensemble.
L’amour, on dirait une bonne chanson.
Et faire une bonne chanson n’est point si facile.
Ces hommes et ces femmes, qu’un même élan emporte vers un avenir lumineux, ne sont plus le jouet d’une fatalité aveugle et absurde, mais les maîtres de leur destin. Le rêve du grand démocrate révolutionnaire Tchernychevski se réalise : Comme il est juste, puissant et pénétrant, l’esprit dont la femme est douée par la nature ! Et cet esprit reste inutilisé par la société qui le rejette, qui l’écrase, qui l’étouffe… L’histoire de l’humanité irait dix fois plus vite, si l’intelligence de la femme n’était pas rejetée et annihilée, mais pouvait agir. (Tchernychevski : Que faire ?)
La victoire des armées soviétiques dans la deuxième guerre mondiale, l’écrasement des envahisseurs hitlériens et japonais ont fait surgir, en Europe, des démocraties populaires et assuré, en Asie, le triomphe de la Chine progressiste, dirigée par le Parti communiste et son leader Mao Tsé Toung. Ces nouvelles républiques ont donné à la femme les mêmes droits qu’à l’homme. La femme chinoise, martyre séculaire dont on mutilait les pieds pour la retenir au foyer, est devenue libre et indépendante.
Hier partisane dans la guerre de libération, elle participe aujourd’hui à la vie politique, à l’édification d’une démocratie du peuple et pour le peuple.
L’exemple de leurs soeurs soviétiques et chinoises galvanise les femmes des pays encore sous le joug de l’impérialisme. De la Corée du Sud à l’Iran, de l’Indonésie et du Viet-Nam à l’Afrique, elles luttent pour l’indépendance nationale, contre les colonialistes étrangers et leurs commis. Elles savent que l’émancipation des femmes, le bonheur des enfants ne sont possibles que là où le peuple est devenu maître de ses destinées, là où l’impérialisme a été vaincu.
En quelques années, l’humanité a fait plus de chemin qu’au cours de plusieurs siècles. Et cela, en partie, grâce aux femmes, libérées par la victoire du prolétariat.
Les opprimées et les exploitées du monde entier écoutent rouler la locomotive de l’histoire, frémissent au vent de la jeune liberté et s’apprêtent à jeter leur force immense dans la lutte finale.
Jean FREVILLE.
Janvier 1950.
(in La femme et le communisme)



