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Un rapport sur l’échec de l’intégration des Turcs en Allemagne

01/31/2009

(source : Afp 25 26 janvier 2009)

Les Turcs ou personnes d’origine turque sont parmi les immigrés les moins bien intégrés en Allemagne alors qu’ils sont parmi les plus nombreux, souligne un rapport à paraître lundi et dont de larges extraits sont diffusés par la presse dimanche.

La “deuxième génération”, c’est-à-dire les enfants des premiers immigrés turcs arrivés il y a 50 ans, n’est pas beaucoup mieux intégrée avec un taux exceptionnellement élevé d’échec scolaire et de chômage, selon l’étude de l’Institut de Berlin pour la Population et le Développement, révélée par l’hedomadaire Der Spiegel.

“Si l’on compare les Turcs avec les autres immigrés, vous avez plus souvent des gens qui n’ont qu’un diplôme de collège, voire pas de diplôme du tout”, explique le directeur de l’Institut, Reiner Klingholz, dans le magazine qui titre: “Pour toujours étranger”.

“Ils fréquentent moins le lycée que les autres immigrés, il y a moins de diplômés du baccalauréat et moins de gens qui font des études universitaires”, ajoute-t-il.

L’étude, qui, pour la première fois, compare le degré d’intégration des différentes populations immigrées vivant en Allemagne, doit être présentée lundi à Berlin.

Selon les résultats publiés également par Welt am Sonntag, 30% des jeunes turcs ou d’origine turque sortent de l’école sans le moindre diplôme. Seuls 14% obtiennent le bac, un pourcentage inférieur de plus de moitié à celui des Allemands décrochant ce diplôme.

Ils sont ensuite beaucoup plus souvent confrontés au chômage, le taux de femmes au foyer y est “extrêmement élevé et beaucoup sont dépendants des aides sociales”, selon le journal dominical qui titre “Echec de l’intégration”.

“Après parfois trois générations en Allemagne, même avec un passeport allemand, un nombre alarmant et élevé d’immigrés vit dans une société parallèle et leur avenir semble mauvais”, conclut Der Spiegel.

La maîtrise de la langue allemande est le principal enjeu de l’intégration, expliquent les auteurs de l’étude. “Nous nous sommes depuis trop longtemps habitués à avoir des classes d’école primaire où 80% des élèves ne comprennent pas l’allemand”, critique Reiner Klingholz.

Avec un peu moins de trois millions de personnes, les Turcs ou personnes d’origine turque sont le deuxième plus grand groupe d’immigrés, après les “rapatriés” (“Aussiedler”), les personnes d’origine allemande qui vivaient en URSS jusqu’à son effondrement.

Quelque 4 millions d’entre eux vivent aujourd’hui en Allemagne. Profitant du principe du “droit du sang”, ils ont obtenu la nationalité allemande dès leur arrivée bien que beaucoup, installés depuis des générations dans l’Empire soviétique, ne parlaient pas ou très mal allemand à leur arrivée.

Mais dans cette catégorie d’immigrés, seuls 3% terminent l’école sans le moindre diplôme.

L’échec de l’intégration des immigrés suscite un débat récurrent en Allemagne. Pendant des décennies, le pays, traumatisé par les horreurs nazies, a accueilli sans discrimination des centaines de milliers d’étrangers mais sans se soucier réellement de leur intégration.

Ce modèle dit “multikulti” a fait long feu, notamment lorsque l’Allemagne a découvert avec stupeur l’existence de “sociétés parallèles” qui ignorent l’allemand ou pratiquent les mariages forcés.

Plusieurs affaires de crimes dits d’honneur ont également montré l’échec de cette politique.

Quelque 15 millions de personnes sur une population totale de 82 millions, soit moins de 20%, sont étrangères ou d’origine étrangère en Allemagne.

Réactions turques au rapport

La communauté turque d’Allemagne a protesté lundi contre l’étude la présentant comme le cancre de l’intégration, rejetant toute interprétation concluant à un refus d’assimilation.

La mauvaise intégration des Turcs n’est “pas un problème ethnique mais de société”, a réagi le président de la communauté turque d’Allemagne, Kenan Kolat, appelant à en finir avec “les accusations réciproques” et “cette image qui met en rapport Turcs et problèmes”.

“Pour apporter plus de lumière dans l’appréciation des problèmes”, les aspects socio-économiques comme les expériences de discrimination auraient dus, selon lui, être pris en compte dans ce recensement réalisé auprès de 800.000 personnes en 2005.

Cette enquête qui, pour la première fois, compare le degré d’intégration des différentes populations immigrées vivant en Allemagne, ne doit pas lancer “une sorte de compétition à l’intégration (…) empoisonner ainsi la cohabitation”, mettait aussi en garde le centre pour les études turques (Zft).

Elle ne doit pas non plus être interprétée “comme une conséquence du manque de volonté d’intégration des personnes concernées”, poursuivait cette fondation chargée d’informer l’opinion allemande sur la Turquie.

“Il est souvent plus facile de formuler de tels propos que de les vérifier dans les faits selon des critères scientifiques”, estimait Bekir Alboga, expert des questions islamiques, dans le quotidien Neue Osnabrücker Zeitung.

“Il n’y a pas un secteur professionnel où vous ne trouviez des personnes d’origine turque exemplaires”, ajoute-t-il.

Face à toutes ces critiques, la chancelière Angela Merkel a appelé à “ne pas se décourager” par cette étude.

Il est du “devoir” des Allemands “de donner les mêmes chances à chacun”, a-t-elle commenté, ajoutant que la première économie de la zone euro, en manque de main d’oeuvre qualifiée, “ne peut pas laisser dormir le potentiel qui réside dans les immigrés”.

Comme les représentants de la communauté turque, elle n’a de cesse de répéter que la formation constitue la clé de l’intégration.

Des mauvais résultats pour lesquels M. Alboga a une explication: beaucoup d’enfants “ont eu à faire à des enseignants pratiquant la discrimination”.

Au vu des aides “trop faibles” de l’Etat, l’intégration des personnes d’origine turque est “très réussie”, selon lui.

Pour une meilleure assimilation, la “Communauté turque d’Allemagne” qui regroupe quelque 200 associations dans tout le pays, veut encourager l’acquisition de la nationalité allemande pour ses effets positifs sur la réussite économique des immigrés.

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