Allemagne: licenciée après 31 ans pour avoir détourné 1,30 euro
(source : AFP 24/02/09)
Renvoyée après 31 ans parce qu’elle aurait détourné 1,30 euro: le cas de la caissière de supermarché Barbara E. suscite une vive indignation en Allemagne, où son licenciement a été confirmé mardi.
La Confédération allemande des syndicats (DGB) a eu beau dénoncer une décision qui “tire au canon sur des moineaux”, le tribunal du travail de Berlin-Brandebourg a jugé en deuxième instance que le licenciement en début d’année dernière de cette Berlinoise de 50 ans était fondé.
Le tout dans une ambiance tendue et devant une salle d’audience comble, où des cris de protestation tels que “Justice de classe!” ont retenti à l’énoncé du jugement. Tandis que l’ancienne caissière, luttant contre les larmes, répétait: “Je n’ai pas fait ce que l’on me reproche.”
“Mais c’est à moi de le prouver”, a ajouté cette quinquagénaire corpulente, dont le visage rond encadré d’une chevelure blonde est devenu pour certains l’emblème de la vulnérabilité des salariés allemands, surtout dans le secteur de la grande distribution.
Son avocat Benno Hopmann a lui dénoncé un “scandale”. “Comment peut-on mettre à la porte quelqu’un du jour au lendemain après 31 ans, sur la base d’un soupçon?” s’est-il interrogé.
Car Barbara E. a été renvoyée en vertu d’une disposition contestée du droit allemand, qui établit le “licenciement sur soupçon”. Très concrètement, il est permis à un employeur de se séparer d’un salarié s’il existe un “soupçon aigu” de faute.
La présomption d’innocence ne s’applique pas dans ce type de cas, a rappelé mardi le tribunal berlinois.
En l’occurence la chaîne de supermarchés allemande Kaiser’s assure, témoignage et relevé de caisse à l’appui, que la caissière avait en janvier 2008 utilisé deux bons de consigne oubliés par un client dans le supermarché de l’est berlinois où elle travaillait.
Valeur totale de ces deux bons, obtenus en échange de bouteilles consignées: 1,30 euro.
Mais une caissière doit se montrer “absolument honnête même pour de petits montants”, a justifié le tribunal, faisant valoir que l’affaire avait provoqué une “perte de confiance irréparable” dans la relation de travail.
Le tribunal a aussi épinglé le comportement de Barbara E. au cours de l’enquête, soulignant qu’elle n’avait “pas reconnu ouvertement sa faute” mais tenté d’accuser l’une de ses collègues.
Pour les syndicats toutefois, un doute sérieux plane sur les intentions de l’enseigne Kaiser’s: “Visiblement l’employeur avait un fort intérêt à punir ici quelqu’un qui s’était engagé comme syndicaliste”, a relevé la Confédération DGB.
Fin 2007 en effet, Barbara E. avait mené un mouvement de grève dans son supermarché pour réclamer de meilleures conditions de travail. Elle avait commencé à travailler en 1977 pour ce qui était encore à l’époque le groupe public de distribution HO, propriété de l’ex RDA ensuite rachetée par Kaiser’s.
Son histoire a été érigée en symbole des inégalités sociales par les syndicats et par la gauche radicale allemande, sur fond de flambée du chômage et de débat sur les bonus des banquiers.
Depuis son licenciement, la mère de famille a dû déménager dans un appartement plus petit et vit de l’aide sociale, mais elle ne baisse pas les bras. Son avocat entend désormais porter l’affaire devant le juge constitutionnel allemand, et, en dernier recours, devant la Cour européenne des droits de l’homme.


