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GUADELOUPE : Grève Générale : Lecture Sociologique(1)

02/25/2009

(source : http://www.caribcreole1.com/ 23/01/09)

GUADELOUPE. Gourbeyre. mardi 24 février 2009. (Caribcreole.com) – Depuis le 20 janvier 2009, la Guadeloupe est bloquée par une grève générale. C’est l’arrêt des activités ordinaires. Mais en même temps, la Guadeloupe est en mouvement. Une mobilisation populaire extraordinaire remet en cause le mauvais fonctionnement de la société et exige les différents acteurs décisionnels à se concerter pour trouver des solutions au problème de la vie chère et de la précarité que confronte la population. Quelles sont les revendications de ce mouvement populaire ? Comment s’y prend-on pour y apporter des réponses ? Au-delà des revendications présentées, que nous révèle ce mouvement populaire ? Nous proposons d’aborder ces questions en faisant une brève lecture sociologique du déroulement des faits au cours de ces trois dernières semaines de grève en Guadeloupe.

 

Quelques révélations

Cette grève générale qui a provoqué le débat public entre les représentants des différents acteurs de la société guadeloupéenne a permis au « petit peuple » de découvrir les différentes contradictions, les conflits d’intérêts que vit le peuple. D’abord, il y a une mauvaise répartition des richesses. 15% de la population détiennent presque toutes les richesses du pays. Donc, les 85% de la population survivent avec des bas salaires ou de l’assistance sociale. Seulement 10% des fonctionnaires ont un contrat de type A ou B. Le reste, ce sont des petits fonctionnaires ou employés qui vivent avec un salaire de misère, équivalent entre le SMIC et 1,5 de SMIC. Beaucoup de ces employés travaillent à temps partiels ou bien ont un contrat de solidarité, subventionné par l’Etat. Ce type de contrat à durée déterminée ne résout pas le problème de chômage, mais le reporte d’une année à l’autre. Le mouvement populaire, mené par le collectif LKP, vient au secours de ces tranches de population.

Cette grève permet aussi de mesurer le niveau de solidarité que peut atteindre le peuple guadeloupéen pour défendre une cause commune. Les différentes catégories de travailleurs se sentent concernées par les revendications de cette grève et la soutiennent de près ou de loin, malgré les sacrifices qu’elle impose. Les syndicats de tous les secteurs, qui d’ordinaire ne s’entendent pas, se mettent ensemble pour défendre un intérêt collectif : le droit des travailleurs et des consommateurs.

Ce mouvement dévoile aussi aux simples citoyens les valeurs et les limites de la démocratie représentative qui s’exprime par les votes. Malgré ses imperfections, ce régime politique favorise l’Etat de droit et la liberté d’expression des citoyens. La délégation des pouvoirs du peuple aux représentants légitimement choisis ou élus est nécessaire pour former des institutions publiques et assurer le fonctionnement de la société. Il serait impossible à tout un chacun d’exercer directement le pouvoir et de gérer la « chose publique » (« res publica »). Cependant, la démocratie représentative a ses limites. Elle nécessite d’être complétée par une forme participative des citoyens pour favoriser leur implication dans le contrôle du pouvoir, quand il y a dérive ou abus du pouvoir des représentants du peuple. Le contrôle du pouvoir s’exerce par des groupes de contre-pouvoir comme les syndicats qui surveillent et défendent le respect des droits des travailleurs, les groupes de pression comme les composants du collectif LKP qui représentent un levier de démocratie participative. Là où les gérants des institutions publiques manifestent leurs carence ou limites, ces organisations sociales prennent la relève pour faire entendre les revendications des citoyens. Pour fustiger les manifestations populaires, l’actuel président Sarkozy aime bien répéter la phrase de l’ancien premier ministre Raffarin : « on ne gouverne pas dans la rue ». Mais, il est certain que sans la pression du mouvement populaire, les acteurs décisionnels de la politique et de l’économie de la Guadeloupe n’allaient pas se mettre autour d’une table avec les représentants du collectif LKP pour négocier sur les revendications de la population.

 

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Quelques questions


Ce mouvement est-il animé par une idéologie raciste ou de lutte de classes?

Au dire des leaders de LKP, ce mouvement n’est pas une confrontation de « blan-nèg » (des blancs et des nègres) ; les adversaires communs sont l’Etat et les profiteurs capitalistes. Cependant, selon Domota, «Nous sommes dans un rapport de classes et de races dans ce pays. » Beaucoup de Guadeloupéens sont d’accord avec ce discours. Son contenu se reflète dans la composition et le dispositif rectangulaire de la table de négociations à World Trade Center dont la première rangée avait une quarantaine de personnes. D’un côté, on voyait les membres du collectif LKP, suivi des élus locaux et des parlementaires. Ils sont de teint noir ou métissé. De l’autre côté, on observait les représentants du patronat et de l’Etat qui étaient surtout des blancs. Le même phénomène pouvait être observé lors de la rencontre d’un millier de grands ou moyens patrons dont la grande majorité était des békés (« blancs pays ») ou des métropolitains. Mais d’autres Guadeloupéens comme le président régional, Victorin Lurel, désapprouvent ce type de discours. Ils pensent qu’il peut animer chez les Guadeloupéens dont la majorité est issue des noirs un sentiment de racisme et de xénophobie. D’ailleurs, ce sentiment est à l’état latent et se réveille parfois chez certains Guadeloupéens.

Élie Domota et ses camarades qui dirigent le mouvement ont plutôt une visée de lutte des classes. Selon eux, à travers ce mouvement, le peuple guadeloupéen se bat pour lever la tête, pour ne pas rester des sous-hommes, pour que le guadeloupéen puisse accéder à des postes à responsabilité, selon sa compétence. En effet, selon Domota, la majorité des Guadeloupéens est exclue de tout. Les services de l’Etat et les grandes entreprises sont dirigés par des métropolitains ou des « békés ». Seulement deux ou trois Guadeloupéens (non békés) sont chefs de service à l’ASSEDIC, à l’ANPE, à l’ADII, à la CGSS. Ils sont là pour gérer tout ce qui concerne la misère comme le RMI, la CAF, la CMU3. La majorité des Guadeloupéens, issue des communautés africaines et indiennes n’ont pas accès au champ de pouvoir politique et financier du pays.

Cette division de classes observée dans la société guadeloupéenne est le résultat d’un héritage historique. La Guadeloupe a subi le système de l’esclavage et de la colonisation pendant plus de 450 ans (1493- 1946). Malgré l’abolition de l’esclavage en 1848 et la prétendue sortie de la colonisation (départementalisation) en 1946, la structure sociale n’a pas changé, les mêmes rapports sociaux demeurent entre les classes dominantes et les classes dominées. Mais l’histoire n’est pas une fatalité ; c’est un produit de l’action humaine. Un processus de conscientisation et d’organisation peut modifier le cours de l’histoire et transformer les structures d’une société pour le bien-être de tous. Cela renvoie aux différentes tâches qu’il convient d’accomplir avec le peuple guadeloupéen pour qu’il devienne le responsable de son destin.

Ce mouvement populaire est-il indépendantiste ?

Cette problématique est sous-jacente à la majorité des revendications. Cependant, Elie Domota, porte-parole du collectif LKP, rassure : « Indépendance ? Nous ne sommes pas dans cette configuration…» Pourtant, ce mouvement populaire semble être une réaction contre la dépendance actuelle que vit la Guadeloupe. Mais sans aucun doute, les grévistes ne semblent pas vouloir une indépendance immédiate de la France. La preuve en est qu’ils n’acceptent pas de négocier seulement avec les élus locaux, mais ils exigent la présence du représentant de l’Etat français. Cela a emmené un élu local à apostropher un leader gréviste : « on veut toujours avoir la présence du papa blanc». Il est curieux d’observer que dans le premier round des négociations, les Guadeloupéens n’arrivaient pas à s’écouter respectueusement. On s’invectivait, on s’insultait. Le secrétaire d’Etat français d’Outre-mer est arrivé. Il s’impose à la fois en arbitre et partie prenante (représentant du gouvernement) pour diriger les négociations et mettre fin au conflit. L’observateur peut constater que sa présence a calmé le jeu des propos virulents entre les négociateurs. A-t-on vraiment besoin de la présence du « papa blanc » pour bien se comporter ? N’a-t-on pas le comportement d’un adolescent qui dépend de ses parents et pourtant se rebelle contre eux ?

Entre la dépendance et l’indépendance, se situe l’autonomie. L’autonomie est un tabou omniprésent dans l’esprit de la majorité des Guadeloupéens. On la pense, mais on ne la dit pas. On a peur de la regarder et de l’assumer, à cause des sacrifices qu’elle suppose. D’ailleurs, le peuple guadeloupéen l’a refusé par le référendum de décembre 2003 quand il votait contre une évolution statutaire de la Guadeloupe face à la France. Pourtant, en observant différents comportements et expressions populaires, on peut conclure facilement que le tabou « AUTONOMIE » est omniprésent dans l’imaginaire guadeloupéen. D’ailleurs, le refrain suivant, devenu un leit motiv sur toutes les lèvres et qui animent les manifestations de LKP en est une preuve : « LA GWADLOUP SE TA NOU, LA GWADLOUP PA TA A YO ; YO PE KE FÈ SA YO VLE NAN PEYI NOU ». (La Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n’est pas à eux ; ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent dans notre pays.)

 

3Pour plus de clarté, précisons le sens des cigles. ASSEDIC (Association pour l’emploi dans l’industrie et le commerce), ANPE (Agence nationale pour l’emploi), ADII (Assurance Décès Invalidité Incapacité), CGSS (Caisse générale de la sécurité sociale), RMI (Revenu minimum d’insertion), CAF (Caisse d’allocations familiales), CMU (Couverture maladie universelle).

LIRE LA PREMIERE PARTIE DE CETTE LECTURE SOCIOLOGIQUE ICI : http://www.caribcreole1.com/news/guadeloupe/1,1005,23-02-2009-greve-generale-lecture-sociologique-1-.html

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