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La radicalité, dernier espoir pour salariés en détresse

03/20/2009

(source : Libération 19/03/09)

Le PDG de Sony France séquestré toute une nuit, le directeur de l’usine Continental de Clairoix, dans l’Oise bombardé d’œufs, l’entreprise pharmaceutique GSK d’Evreux (Seine-Maritime) occupée par ses salariés : la situation devient électrique dans les entreprises promises à la fermeture. Ces actions plus ou moins radicales, déjà vues dans un passé proche, tendent, dans le contexte actuel, à se répandre. Car pour beaucoup de salariés, le conflit social doit crever l’écran médiatique, sous peine d’être oublié.

Stèle. Mais cette radicalité est aussi, et surtout, le fruit d’un climat social délétère, où la confiance entre les salariés – fonctionnaires compris – et les pouvoirs économique et politique, semble s’être brutalement rompue. «On nous a tous trahis», estime ainsi Antonio da Costa, délégué syndical CFTC de Continental à Clairoix, qui avait pourtant accepté le principe du «travailler plus pour gagner plus», censé sauver l’usine, en signant le retour aux trente-neuf heures en septembre 2007. Seize mois plus tard, l’encre de la signature à peine sèche, la direction annonçait la fermeture du site et le licenciement de ses 1 120 employés. A Gandrange, en Moselle, ce sont les promesses de Nicolas Sarkozy que les salariés d’ArcelorMittal ont encore en travers de la gorge. «Il a joué avec nous», dénonçait Edouard Martin, délégué syndical CFDT du groupe sidérurgique, lors de la célébration du premier anniversaire de sa venue dans l’usine, le 4 février. Un anniversaire au cours duquel l’organisation syndicale a déposé une stèle où «reposent les promesses du président de la République».

La méfiance des salariés est aujourd’hui telle qu’elle les conduit parfois à préférer un plan social à un projet de reprise, même proposé par la direction, comme ce fut le cas au sein de l’usine landaise de Sony à Pontonx-sur-l’Adour, dans les Landes. Après le précédent des Samsonite, les salariés craignaient une «externalisation» des licenciements s’ils sortaient du groupe pour un hypothétique projet de construction de panneaux solaires. Et dont l’éventuel échec aurait fini en plan social bien moins indemnisé qu’en restant au sein du groupe japonais. A Beauvais, dans l’Oise, le désespoir des salariés de l’usine Bosch les a amenés à proposer eux-mêmes le sacrifice d’une partie de leur salaire et de leurs RTT pour sauver l’entreprise : peine perdue, le site et ses 240 salariés fermera fin 2009. Chez Goodyear-Dunlop, toujours à Beauvais, la pression de la direction pour faire passer les ouvriers de ses deux usines aux 4 x 8 a créé une ambiance détestable. Les salariés de l’usine Sud, qui ont fini par accepter, voient leur temps de travail augmenter. Ceux d’en face, en refusant, pourraient subir près de 1 000 licenciements. «Par pure vengeance des dirigeants», accuse un syndicaliste du constructeur de pneumatiques.

Feu. A cette violence des relations sociales, exacerbée par la crise, s’ajoute le sentiment que la situation économique n’est due qu’à des financiers qui ont joué avec le feu. D’autant qu’au même moment, des entreprises comme Total ou ArcelorMittal n’hésitent pas à supprimer des emplois malgré des bénéfices importants. La perte du sens commun de certains PDG, enfin, vient finir d’alimenter le feu social. «Les rémunérations obscènes des grands dirigeants choquent énormément, explique le sociologue François Dubet. Les salariés ont l’impression que les inégalités explosent, même si cela ne représente qu’une infime partie des cadres.»

Le gouvernement, de son côté, n’est pas sans responsabilité dans la radicalisation des conflits. En passant en force, à plusieurs reprises, sur des projets sociaux, alors même qu’il s’était engagé à respecter la négociation collective, il décrédibilise des confédérations déjà fragilisées par la faiblesse de leurs effectifs. Nicolas Sarkozy, en en rajoutant contre Sud, et Laurence Parisot contre la CGT, finissent de cristalliser l’échiquier social. Une stratégie réfléchie ? Peut-être. Mais qui sème la division syndicale pourrait bien finir par récolter le chaos social…

(la radicalité, contrairement à ce que pense Libé, n’est pas le dernier espoir des salariés, mais un nouvel espoir face à un gouvernement qui est incapable de faire quoique ce soit, et face à un MEDEF qui défend gentiment les entreprises qui font des profits et qui en même temps licencient…Deux manifs de 2.5 et 3 millions de personnes pour avoir l’aumône..Faudrait peut-être un peu durcir le mouvement camarades syndiqués…Regardez en Guadeloupe et Martinique comment ça s’est passé NDLR) 

 

 

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