Ces étudiants attaquent les magasins pour donner aux défavorisés
03/22/2009
(source : Ladepeche.fr 21/03/09)
En l’espace de deux semaines et deux manifs, deux grands magasins du centre ville toulousain ont reçu la visite des «Robin des bois» ou de groupes apparentés. L’idée est simple : se servir directement dans les rayons soit pour un pique-nique improvisé sur place, soit pour emporter et redistribuer la nourriture aux pauvres. Une nouvelle forme de radicalité qui veut dénoncer la vie chère en marge de l’action des partis politiques ou des syndicats. Cette jeunesse ne rêve plus du « grand soir ». Mais, elle refuse la précarité et les nouvelles inégalités générées par la mondialisation, la crise boursière et son cortège de licenciements secs, d’ouvriers jetés à la rue et de jeunes sans espoir et sans travail.
Violence symbolique ? Pas seulement. Le sociologue pointe une véritable « violence d’appropriation », quand le syndicaliste policier dénonce « du pillage » . Qui sont ces nouveaux « Robins des bois » ? Quelles sont leurs origines sociales ? Leurs motivations ? Cette violence est-elle acceptable ?
Tim et de Jeff, deux étudiants au Mirail qui ont participé à l’action jeudi du Monoprix, s’expliquent.
Il s’appelle Tim, 23 ans, salarié étudiant au Mirail, fils de médecin. Ou Jeff, 24 ans, un keffieh autour du cou, veste treillis, en 3e année de psycho au Mirail. Ou encore Guillaume, 23 ans, en L2 sociologie au Mirail, ancien porte parole des grévistes, épuisé par un mois de lutte.
Tous trois sont engagés depuis plusieurs semaines dans le comité de lutte de l’université du Mirail qui a multiplié les actions à Toulouse. Tous trois ont participé à des degrés divers dans des opérations de redistribution des richesses aux côtés de ceux que l’on surnomme « Les Robin des bois ». Tim se dit militant, non syndiqué, non organisé et non influencé. « J’ai fait deux, trois mouvements, le CPE, la LRU. J’étais jeudi soir dans l’action de blocage économique du Monoprix (1) à Toulouse. J’ai participé il y a une semaine à l’opération du comité Interlutte dans un autre supermarché de la ville, pour une action d’autoréduction, avec distribution de nourriture aux plus démunis ». Jeff, fils d’instit, a repris le flambeau du Comité de lutte du Mirail. Lui se prétend syndicaliste révolutionnaire, anarchiste non violent, syndiqué à la FSE (Fédération syndicale étudiante). Il a fait parti du comité d’action qui a organisé le blocage économique à Monoprix, jeudi. Quant à Guillaume s’il n’est apparenté à aucun syndicat, ni parti politique, il est l’un de ceux prêt à aller « jusqu’au bout de la lutte ».
Pourquoi avez-vous participé à des opérations de redistribution de richesses ?
(Tim) : L’action de jeudi soir au Monoprix a été prévue par le Comité de lutte du Mirail à la suite d’une assemblée générale étudiante. C’était pour montrer la précarité, qu’on galère tous. Avec au départ, l’idée de redistribuer la nourriture aux plus démunis. De dénoncer la vie chère.
Qui d’autre que des étudiants étaient présents ?
(Jeff) Quelques camarades avaient pour but de rentrer dans le magasin. Y’a des gens qui se sont joints spontanément à nous. Il y avait des gars du comité Interlutte (N.D.L.R. : affiliés à la Confédération nationale du travail, ultra-gauche) qui se sont joints à nous.
N’avez-vous pas le sentiment d’être manipulé par la mouvance ultra-gauche ?
(Guillaume) La commission d’action qui mène les opérations, regroupe de 40 à 200 personnes selon les fois. C’est l’un des endroits les plus politisés. Mais ce n’est pas la tribune de la CNT. (Jeff) On me fait rire avec ça ! On est des étudiants entre Bac +2 et bac +6 dans la lutte. Est-ce que vous pensez que des gens comme nous se font manipuler par la CNT ? En revanche nos AG sont ouvertes à tous, chômeurs, travailleurs… c’est vrai qu’il y a des groupes qui essaient de surfer sur la vague pour trouver leur intérêt. Mais ils ne manipulent pas. On sent chez certains aussi une volonté d’être dans l’affrontement.
Récemment, les Robin des Bois ont dérobé 3 000 € de marchandise dont du champagne…
(Tim) C’était dans l’élan… et cette opération n’était pas bien préparée.
Que dire de la riposte policière, avec matraque et flash ball, jeudi soir à Toulouse ?
(Tim) Ils ont changé de tactique. Là ils nous ont chargés et tabassés alors qu’on n’était pas une optique de violence. La police a agi sans sommation…
Peut-être par crainte d’une radicalisation de votre mouvement ?
(Jeff) Face à cette violence répression policière, soit le mouvement s’arrête. Soit il se radicalise. Et je pense qu’il va se radicaliser.
D’autres actions prévues ?
(Jeff) Certainement. Mais on va changer de méthode. On n’a pas envie de se faire tabasser.
(1) La Direction de Monoprix s’est refusée à tout commentaire suite à l’intrusion des « Robins des Bois » jeudi soir dans son grand magasin, à Toulouse.
Pas encore de commentaires


