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CONTINENTAL – “Baroud d’honneur” des salariés en Allemagne

04/23/2009

(source : LePoint.fr 23/04/09)

Après avoir provoqué de violents incidents mardi en dévastant la sous-préfecture de Compiègne dans l’Oise et en détruisant le poste de garde de leur usine, les salariés de Continental à Clairoix sont arrivés en force jeudi matin peu avant 9 heures à Hanovre, en Allemagne, pour manifester devant le siège du fabriquant de pneus. Un millier de “Conti” a fait le déplacement et doit rejoindre quelque 1.500 salariés allemands devant le Palais des Congrès, où est prévu un sit-in avec des lectures de motions syndicales dans les deux langues. “Prolétaires de tous les pays, unissez vous !”, proclamait à leur arrivée une banderole à la fois en français et en allemand .

À 20 h 22 mercredi, un train spécialement affrété était parti de Compiègne. “C’est notre baroud d’honneur. De toute façon, la boîte est morte”, a confié Dominique Szczechula, depuis 33 ans à Clairoix dont Continental a annoncé, le 11 mars, la fermeture en 2010. Une assemblée générale (AG) s’est tenue mercredi à 14 heures devant l’usine en présence d’une majorité de ses 1.120 salariés, afin de régler les derniers préparatifs du déplacement en Allemagne, pour lequel le comité d’entreprise a signé un chèque de 55.000 euros à la SNCF. Les syndicats ont lancé à cette occasion un appel à “manifester pacifiquement” chez les “amis allemands” des “Conti”. “On n’est pas des voyous, on est des salariés en train de mourir”, s’est écrié un salarié, tandis que la foule conspuait le nom du Premier ministre François Fillon, qui a évoqué mercredi des violences commises par une “très petite minorité” et promis des “poursuites judiciaires”.

Un espoir de reprise

Des salariés ont en effet commis mardi des dégradations lorsqu’ils ont appris que le tribunal de Sarreguemines en Moselle – où se trouve le siège de Continental France – les déboutait de leur demande d’annulation ou de suspension de la fermeture. “La seule chose que je peux condamner aujourd’hui, c’est la fermeture de Clairoix et pas autre chose”, confié au point.fr Antonio Da Costa , secrétaire du comité d’entreprise de Clairoix (CFTC), soulignant que la colère des salariés est devenue impossible à canaliser. “On nous parle de carreaux cassés, quelques ordinateurs, mais c’est quoi, à côté des quelque 1.100 vies qui vont être brisées. C’est rien !”, a lancé Xavier Mathieu, délégué CGT, en assemblée générale. L’enquête sur le saccage a été confiée à la police judiciaire et “l’identification des casseurs” est en cours. La ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie doit se rendre jeudi sur place pour y rencontrer les personnels de la sous-préfecture.

À Nice, où s’est tenu un comité central d’entreprise, direction et syndicats de Continental ont annoncé la tenue le 29 avril d’une réunion tripartite – syndicats, direction et État – au ministère de l’Économie, dont le principe avait été proposé la veille par le gouvernement. “Aujourd’hui, c’est clair, c’est à l’État de venir à notre secours”, a estimé Antonio da Costa, secrétaire CFTC du CE de Clairoix, à l’issue du CCE. “On demande à l’État (…) qu’il soit garant de l’application de tout ce qui sera dit et signé. Nous, on veut que Continental suspende la procédure de fermeture de l’usine pendant trois mois, le temps des négociations”, a réclamé Xavier Mathieu. Selon Pierre Sommé (FO), “il y a un infime espoir” de maintenir Continental à Clairoix, même si la plupart des salariés disaient seulement espérer d’une médiation de l’État de meilleures indemnités de licenciement. La direction de Clairoix a fermé l’usine jusqu’à nouvel ordre, en invoquant des raisons de sécurité, le bâtiment d’accueil détruit mardi abritant notamment l’alarme incendie du site.

Concernant les “pistes sérieuses” de reprise de l’usine évoquées mardi par le ministre chargé de la Relance, Patrick Devedjian, puis qualifiées de “simple hypothèse” par Luc Chatel , les salariés de Continental n’y croient pas. “Je vois mal un manufacturier reprendre ce qui ne sera plus qu’une coquille vide avec 15.000 m2 d’entrepôts sans machines”, confiait un cadre. La direction de Continental-France a pourtant indiqué jeudi avoir reçu une offre de reprise d’une entreprise de Dubaï sans préciser s’il s’agissait des même repreneurs potentiels que ceux évoqués par le ministre de la Relance. Ce “n’est pas un fabricant de pneumatiques”, a-t-elle toutefois assuré.

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