Les nouveaux antisémites
(source : Guysen News 21/04/09)
(source : Guysen News 21/04/09)
Le mois de janvier 2009 a été un mois ‘exceptionnel’ en matière d’antisémitisme. L’opération ‘Plomb-durci’ dans la bande de Gaza en a été le catalyseur. Les pays hébergeant des communautés juives importantes en ont fait les frais. Attaques de synagogues au cocktail Molotov, agressions d’individus de confession juive, dégradations de tombes, de biens appartenant à des Juifs ou de monuments dédiés à la mémoire de l’Holocauste, tout y est passé. En matière d’expression visuelle et verbale, cela s’est traduit par des insultes, des menaces, des caricatures épouvantables et des manifestations orageuses.
Si cet antisémitisme s’est exprimé dans ses formes les plus ‘traditionnelles’, il s’est cependant manifesté de manière plus extrême pendant cette période. Des activistes musulmans et des organisations internationales, et plus particulièrement leurs éléments radicaux, ont montré un haut degré de mobilisation et ont été le moteur des manifestations.
S’il n’est pas encore possible de déterminer le nombre exact d’incidents violents qui ont éclaté en janvier 2009, de nombreuses communautés juives et des organisations de surveillance ont mis en avant une nette augmentation des activités antisémites de tout type. En Grande-Bretagne par exemple, on avance le chiffre de 250 incidents rien que pour le mois de janvier, comparé à 35 pour la même période en 2008.
L’Institut Stephen Roth estime ainsi qu’il y a eu près de 1000 manifestations d’antisémitisme de tout type en janvier dans le monde entier. Les cas les plus violents, incluant l’usage d’armes, d’agressions physiques et de dégradations, sont au nombre de 90, soit trois fois le ‘score’ de janvier 2008.
Toutefois pour les mois de février et mars, le nombre d’incidents violents a fortement baissé, jusqu’à atteindre un niveau inférieur à celui de février-mars 2008. Ne s’est pas atténué en revanche l’antisémitisme d’expression visuelle et verbale, de même que l’atmosphère antijuive et anti-israélienne, précise l’Institut. Le même schéma avait pu être observé juste après la seconde guerre du Liban en 2006.
L’antisémitisme de cette fin de décennie revêt une nouvelle dimension. Il ne s’agit plus seulement des habituels stéréotypes des Juifs et des amalgames entre Juifs et Israël. Tout d’abord il y a les références abusives à l’Holocauste, dont la signification a été totalement détournée. On était habitué à l’analogie « Israéliens = sioniste = Juif ». Désormais il faudra compter avec la nouvelle équation « supporter d’Israël (et donc Israélien/Juif/sioniste) = nazi », une proposition évidente pour les nouveaux antisémites.
L’assimilation « étoile de David = croix gammée » sous entend que si le nazisme n’a plus le droit d’exister, alors l’Etat juif et ses soutiens non plus. Ils doivent être éliminés selon cette logique.
Comment faire du neuf avec du vieux, les antisémites ont bien compris qu’il fallait utiliser les recettes qui marchent. Or, depuis l’Holocauste, l’antisémitisme n’a plus bonne presse, alors l’antisionisme reste l’unique recourt. Ce qui a changé depuis ces dernières années, c’est que l’antisionisme est passé dans les mœurs, c’est une conception désormais légitime, au même titre que l’anticommunisme ou l’anticléricalisme, quand elle n’est pas synonyme d’antifascisme.
Ceci s’explique en raison d’une large ignorance des peuples, parmi les jeunes générations notamment, de l’histoire de l’Holocauste et de son caractère unique. En raison de l’ignorance des gens concernant la politique du Moyen-Orient. En raison de la manière dont les médias et les autorités publiques traitent de l’Holocauste, ce qui génère une lassitude vis de l’Holocauste premièrement, et des Juifs ensuite dénoncés comme « ultimes victimes » à travers une concurrence mémorielle effrénée. En raison de la propagande islamiste qui tend à faire passer les Juifs pour des tueurs d’enfants (le cliché était déjà répandu au moyen-âge en Europe).
En 2008 rien ne laissait présager un tel marasme idéologique entrainant une recrudescence faramineuse des actes antisémites. Le nombre de violence antisémite est resté relativement stable, avec même une baisse de 11% par rapport à l’année 2007. Une chute d’antisémitisme enregistré en Grande-Bretagne (où les manifestations anti-israéliennes ont été très violentes pendant la guerre de Gaza), au Canada, en Australie. La Belgique en revanche, les USA, la Hongrie, l’Italie et la Lituanie ont enregistré une augmentation.
La crise des subprimes, qui a commencé aux USA à l’été 2007, a entrainé des réactions anti-juives (sans toutefois entrainer de violences), plus précisément en Europe de l’Est, où les clichés sur les Juifs et l’argent sont encore très présents, et dans le monde arabo-musulman, friand du ‘Protocole des Sages de Sion’, faux élaboré pour le compte du Tsar dans lequel les Juifs sont décrits comme dominateurs, avides de pouvoir et d’argent.
Ainsi, quelques 560 cas violents ont eu lieu en 2008 dans le monde, comparé aux 632 en 2007. L’utilisation d’armes est en chute, peut-être à cause des mesures anti-terroristes prises dans de nombreux Etats, alors que d’autres formes de violence, tel que les incendies, sont restées au même niveau. Même si cela reste difficile à quantifier, les menaces, les insultes, les tags, et les slogans antisémites plus précisément, ont connu une augmentation en 2008. Pour l’Institut Stephen Roth cela constitue une preuve de l’atmosphère antisémite qui règne depuis quelques temps.
Néanmoins, les attaques aux personnes ont été moindre en 2008 (170 cas comparé à 255 en 2007). Les chiffres faisant état d’écoles, de synagogues, de cimetières juifs, de centres communautaires, de monuments ou de propriétés vandalisés restent relativement inchangés.
Dans tous les cas, si les manifestations de l’antisémitisme fluctuent d’années en années, l’embellie des années 1990 ne semble plus être qu’un lointain souvenir tant le degré d’antisémitisme est élevé aujourd’hui.