Pologne : La vie sous terre des SDF de Katowice
(source : Courrier International 27/05/09)
A Katowice, en Haute-Silésie, plusieurs SDF se sont installés dans les canalisations souterraines de la ville. Reportage de l’hebdomadaire portugais Única.
Krzysztof, plus connu sous le nom de “Chef”, est le responsable du centre d’accueil temporaire pour les quelque 800 sans-abri de Katowice [chef-lieu de Haute Silésie, dans le sud de la Pologne]. Une de ses priorités est de convaincre ceux qui ont élu domicile dans les canalisations souterraines de la ville de venir passer quelques nuits dans son centre. Rôle bien difficile puisque la majorité d’entre eux considèrent les souterrains comme leurs propres maisons. Cela fait plus de dix ans que Krzysztof aide les SDF. Il y a un an et demi, il a découvert qu’une douzaine de sans-abri vivaient depuis deux ans en communauté dans l’une des galeries souterraines de la ville.
L’un d’eux était Mariusz. Il vit toujours là bien qu’il ait depuis quelque temps trouvé un travail d’employé au cimetière. Sa “maison” est située à 15 mètres sous terre. Au lieu d’une porte, elle possède une trappe, et les 33 marches qui s’enfoncent dans la terre font office de hall. Mariusz est l’un des deux rescapés de la communauté des douze. Son lit est stratégiquement perché dans une structure en métal située à 1,50 m au-dessus du sol et entouré de conduits enveloppés de couvertures pour éviter les brûlures. Le plafond est pour sa part situé à une quinzaine de mètres de hauteur. L’espace fait 40 m2 et ne bénéficie d’aucune lumière naturelle. “Plus bas, seulement l’enfer !” dit-il en tentant de contenir honteusement un rire qui dévoile une bouche quasi édentée.
Au centre, le “chef” part en fourgonnette pour sa ronde nocturne. Il est accompagné de deux policiers et d’Andrzej, une véritable armoire à glace avec une cicatrice qui lui déchire le nez en deux. La petite équipe s’arrête près d’une voie rapide, au milieu de nulle part. Munis d’une énorme lampe torche, les voilà qui rendent visite à Mariam, 58 ans, qui, depuis huit ans, vit dans la rue. “Allez sors de là !” crie Andrzej tout en pointant la lampe au niveau de l’entrée de la canalisation. “Pas question !” répond Mariam, irrité d’être dérangé. Finalement, il décide à sortir, mais s’attaque tout de suite au “chef”. “Tu aimes dire que tu viens ici pour défendre notre cause… mais où étais-tu quand, le mois dernier, huit de mes camarades sont morts de froid près d’ici ?” Qu’a-t-il à lui offrir ? Pour Mariam, la réponse est claire : rien. Il ne souhaite pas se retrouver dans un dortoir avec 35 alcooliques qui sentent mauvais, ont des poux et se plaignent à chaque instant. Et il ne voit pas l’intérêt de subir les horaires du centre. De plus, il travaille et peut donc se nourrir. Ce dont il a besoin, le “chef” ne peut pas lui fournir : un appartement pour lui seul.
Pawel, 47 ans, est le deuxième rescapé de la communauté des douze. Dès qu’il entend le personnel du centre, il se jette sur une bouteille pleine de “dissolvant” et en boit plusieurs gorgées. Il est trop saoul pour discuter, mais il sait qu’en acceptant de partir avec eux, il pourra ainsi s’arrêter de boire quelques jours. Arrivés au centre, Andrzej lui donne un bain, lui coupe les cheveux, l’enduit de crème contre la gale et l’habille avec une chemise et un pantalons repassés. Il est à présent méconnaissable. Le parcours qui l’a amené jusqu’ici est la conséquence de “mauvaises décisions” et de la consommation d’alcool qui s’ensuivit. Son histoire pourrait être celle de n’importe quel sans-abri de Katowice. Il a fait de la prison à 20 ans après une bagarre dans un bar à sa libération de l’armée. “Après la prison, je me suis dit que le mieux c’était de trouver une femme, pour être sûr de ne pas revenir de sitôt derrières les barreaux.” Et il n’y est pas revenu. Mais la femme qu’il trouva était alcoolique au point d’en mourir. Comme la maison était à elle, on le mit à la porte – la même année que la chute du communisme -, et il perdit son travail. “Depuis 1994, je suis devenu alcoolique chronique et je bois tout ce qui me tombe sous la main, surtout de l’alcool industriel.” Ces tentatives pour arrêter se sont à chaque fois soldées par des échecs.
Pawel ne peut pas rester plus de trois mois au centre, les places sont temporaires. Cependant, pour pouvoir louer un appartement il faut qu’il soit sobre, pendant au moins un an. Et cela est totalement impossible en vivant dans les canalisations. “Ce dont j’ai peur, c’est d’être arrivé au bout du chemin. Je sens que mon corps n’en peut plus et que je n’arriverai jamais à avoir un appartement.” Il se tait un instant, puis ajoute : “Ni quelqu’un pour vivre à mes côtés… Une femme par exemple !”
L’un d’eux était Mariusz. Il vit toujours là bien qu’il ait depuis quelque temps trouvé un travail d’employé au cimetière. Sa “maison” est située à 15 mètres sous terre. Au lieu d’une porte, elle possède une trappe, et les 33 marches qui s’enfoncent dans la terre font office de hall. Mariusz est l’un des deux rescapés de la communauté des douze. Son lit est stratégiquement perché dans une structure en métal située à 1,50 m au-dessus du sol et entouré de conduits enveloppés de couvertures pour éviter les brûlures. Le plafond est pour sa part situé à une quinzaine de mètres de hauteur. L’espace fait 40 m2 et ne bénéficie d’aucune lumière naturelle. “Plus bas, seulement l’enfer !” dit-il en tentant de contenir honteusement un rire qui dévoile une bouche quasi édentée.
Au centre, le “chef” part en fourgonnette pour sa ronde nocturne. Il est accompagné de deux policiers et d’Andrzej, une véritable armoire à glace avec une cicatrice qui lui déchire le nez en deux. La petite équipe s’arrête près d’une voie rapide, au milieu de nulle part. Munis d’une énorme lampe torche, les voilà qui rendent visite à Mariam, 58 ans, qui, depuis huit ans, vit dans la rue. “Allez sors de là !” crie Andrzej tout en pointant la lampe au niveau de l’entrée de la canalisation. “Pas question !” répond Mariam, irrité d’être dérangé. Finalement, il décide à sortir, mais s’attaque tout de suite au “chef”. “Tu aimes dire que tu viens ici pour défendre notre cause… mais où étais-tu quand, le mois dernier, huit de mes camarades sont morts de froid près d’ici ?” Qu’a-t-il à lui offrir ? Pour Mariam, la réponse est claire : rien. Il ne souhaite pas se retrouver dans un dortoir avec 35 alcooliques qui sentent mauvais, ont des poux et se plaignent à chaque instant. Et il ne voit pas l’intérêt de subir les horaires du centre. De plus, il travaille et peut donc se nourrir. Ce dont il a besoin, le “chef” ne peut pas lui fournir : un appartement pour lui seul.
Pawel, 47 ans, est le deuxième rescapé de la communauté des douze. Dès qu’il entend le personnel du centre, il se jette sur une bouteille pleine de “dissolvant” et en boit plusieurs gorgées. Il est trop saoul pour discuter, mais il sait qu’en acceptant de partir avec eux, il pourra ainsi s’arrêter de boire quelques jours. Arrivés au centre, Andrzej lui donne un bain, lui coupe les cheveux, l’enduit de crème contre la gale et l’habille avec une chemise et un pantalons repassés. Il est à présent méconnaissable. Le parcours qui l’a amené jusqu’ici est la conséquence de “mauvaises décisions” et de la consommation d’alcool qui s’ensuivit. Son histoire pourrait être celle de n’importe quel sans-abri de Katowice. Il a fait de la prison à 20 ans après une bagarre dans un bar à sa libération de l’armée. “Après la prison, je me suis dit que le mieux c’était de trouver une femme, pour être sûr de ne pas revenir de sitôt derrières les barreaux.” Et il n’y est pas revenu. Mais la femme qu’il trouva était alcoolique au point d’en mourir. Comme la maison était à elle, on le mit à la porte – la même année que la chute du communisme -, et il perdit son travail. “Depuis 1994, je suis devenu alcoolique chronique et je bois tout ce qui me tombe sous la main, surtout de l’alcool industriel.” Ces tentatives pour arrêter se sont à chaque fois soldées par des échecs.
Pawel ne peut pas rester plus de trois mois au centre, les places sont temporaires. Cependant, pour pouvoir louer un appartement il faut qu’il soit sobre, pendant au moins un an. Et cela est totalement impossible en vivant dans les canalisations. “Ce dont j’ai peur, c’est d’être arrivé au bout du chemin. Je sens que mon corps n’en peut plus et que je n’arriverai jamais à avoir un appartement.” Il se tait un instant, puis ajoute : “Ni quelqu’un pour vivre à mes côtés… Une femme par exemple !”


