La nature de la crise politique en Iran
(source : Contre-informations 18/06/09)
Il existe en Iran deux factions principales au sein de la bourgeoisie bureaucratique – compradore iranienne. Ces deux factions ont des intérêts contradictoires, qui dans le cadre de la crise générale du capitalisme, de la marche à la guerre impérialiste, les font s’entrechoquer.
Pourquoi cela?
L’Iran est un pays semi-colonial semi-féodal; l’existence de son économie est totalement intégrée au marché mondial impérialiste, et ce de manière absolue: 70% des revenus du gouvernement proviennent du pétrole et du gaz, qui forment 80% des exportations.
Le régime iranien est totalement bureaucratique et corrompu; son économie, dont 70% repose sur le secteur public bureaucratique (notamment toutes les industries de base), est à la limite de l’effondrement (20% d’inflation par an, taux de chômage de 25%, etc.).
A cela s’ajoute la lutte des classes, les masses en ayant assez de la misère, de la répression meurtrière, de la culture obscurantiste issue des grands propriétaires terriens qui se sont appropriés la révolution de 1979.
Quelles sont les deux factions de la bourgeoisie bureaucratique-compradore iranienne qui s’est formée en 1979 à partir du clergé et des grands propriétaires terriens?
La première est formée par le clan familial de l’ancien président iranien Rafsanjani, qui forme une sorte d’Etat dans l’Etat: réseau de 300 universités privées avec 3 millions d’étudiants, grandes propriétés terriennes, de nombreuses sociétés. La revue américaine Forbes considère que Rafsanjani fait partie des personnes les plus riches du monde; son fils dirige la société d’Etat Gaz Iran; ses réseaux s’étendent jusqu’au parlement, le clergé, les juges, le bazar de Téhéran.
Cette clique est prête à lâcher du lest (libéralisation du régime, fin du monopole de la télévision, négociation sur le nucléaire, discussion avec Obama, etc.). Son représentant est Mir Hussein Moussavi, « candidat malheureux » à la présidence iranienne et figure historique du régime: il a été Premier ministre de l’Iran de 1981 à 1989, et en tant qu’architecte a même dessiné le mausolée de Khomeiny.
La seconde faction a elle tout intérêt à la stabilité absolue du régime. Ahmadinejad, le président réelu, représente la fraction de la bourgeoisie bureaucratique iranienne qui n’a aucun intérêt à se tourner vers l’impérialisme US.
Cette clique repose sur trois éléments principaux:
-les « gardiens de la révolution islamique », forte d’une centaine de milliers d’hommes, très bien armés (voire mieux que l’armée elle-même) et possédant une centaine d’entreprises profitant de nombreux contrats d’Etat;
-les Bonyad, des fonds censés aller aux martyrs et aux pauvres, et en fait des centres de bureaucratie et de corruption captant 1/3 des ressources du pays;
-les Basij, force paramilitaire présente dans chaque mosquée, avec un noyau dur de 90.000 personnes et une capacité de mobilisation d’entre 1 et 12 millions de personnes.
Ce sont précisément les Basij qui ont tiré sur la foule attaquant l’un de leurs bâtiments, lors d’une manifestation de plusieurs centaines de milliers de personnes en faveur de Moussavi, après l’annonce de la réélection d’Ahmadinejad. Car les forces armées de la seconde faction étaient parfaitement préparées pour la manipulation des élections qui risquaient d’être perdues devant le large rassemblement de l’autre faction et le soutien de l’impérialisme US.
L’impérialisme US joue en effet un grand rôle dans cet affrontement, qui repose principalement sur les contradictions inter-impérialistes.
En 1979, les masses d’Iran s’étaient soulevées contre le régime du Shah, qui était totalement inféodé à l’impérialisme US. Même si les communistes se sont par la suite fait écrasés par les religieux musulmans, ces derniers ont été obligés de maintenir une image « anti-impérialiste », et cela de manière d’autant plus forte que cela masquait le refus de la révolution démocratique.
La constitution iranienne appelle ainsi à la constitution d’un front des déshérités contre les Mostakberin (les « oppresseurs », la version iranienne islamique du terme « impérialismes »).
Les USA n’ont donc plus d’influence en Iran, ce qui pour un impérialisme comme les USA est inacceptable, vu que l’Iran possède les deuxièmes réserves mondiales de gaz et les cinquièmes réserves de pétrole (l’Iran étant le second producteur de l’OPEP).
L’Iran est ainsi dans le collimateur des USA depuis 1979; Georges Bush mettait l’Irak et l’Iran sur le même plan lorsqu’il parlait de « l’axe du mal. » En 2006 et 2007, l’impérialisme US expliquait ouvertement qu’il avait des plans de bombardement de l’Iran.
Aujourd’hui, en 2009, l’impérialisme US lance son offensive pour renverser le régime iranien. Après des mois de propagande intensive contre l’Iran (notamment à propos du nucléaire), l’impérialisme US soutient clairement, mais diplomatiquement, le candidat malheureux aux élections présidentielles Mir Hussein Moussavi.
Voilà pourquoi la faction dirigée par Ahmadinejad a commencé à réprimer l’autre faction. C’est tout un symbole que le président iranien, à peine réélu, aille en voyage en Russie.
D’un côté, l’impérialisme US encercle l’Iran, par son contrôle de l’Irak, du Pakistan et de l’Afghanistan, et se sent pressé car si la Turquie sort du giron US et rentre dans l’Union Européenne, alors l’UE aura même une frontière avec l’Iran!
De l’autre côté, la Russie tente de freiner la pénétration US, notamment avec la réunion des « cinq de Shangaï », réunissant la Russie, la Chine, le Kirghizistan, la Kazakhstan, le Tadjikistan. C’est justement à une réunion de cette Organisation de la coopération de Shanghaï que le président iranien est allé, à peine réélu!
Mais l’Iran ne joue pas un rôle que pour la Russie: les principaux partenaires de l’Iran sont la France, le Japon, la Chine, l’Italie, les Pays-Bas, la Corée du Sud, la Suisse. Les entreprises impérialistes sont massivement présentes en Iran, notamment les françaises: Alcatel, Total, Peugeot et Renault (la 206 et la 405 forment 30 % du marché automobile iranien), etc.
Pour un pays impérialiste comme la France, l’Iran est d’une importance essentielle. Et si en France, Sarkozy se prononce contre Ahmadinejad, alors qu’à l’extrême-droite on se prononce en sa faveur, c’est parce qu’il y a en une lutte au sein du grand capital français, entre la bourgeoisie industrielle et la bourgeoisie financière.
La première veut la « stabilité », voilà pourquoi le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, a expliqué que « Ce qui se passe en Iran n’est évidemment une bonne nouvelle pour personne, ni pour les Iraniens ni pour la stabilité et la paix du monde. » La seconde veut aller de l’avant dans la guerre impérialiste, et voilà pourquoi le soutien social-chauvin à l’Iran fasciste d’Ahmadinejad est politiquement révélateur!
Iran: ni Washington ni Paris – Berlin – Moscou, mais tout le pouvoir au peuple en armes!
A bas le régime fasciste en Iran! Vive la révolution démocratique!
Vive le Parti Communiste d’Iran (Marxiste Léniniste Maoïste)!
-les Basij, force paramilitaire présente dans chaque mosquée, avec un noyau dur de 90.000 personnes et une capacité de mobilisation d’entre 1 et 12 millions de personnes.
La constitution iranienne appelle ainsi à la constitution d’un front des déshérités contre les Mostakberin (les « oppresseurs », la version iranienne islamique du terme « impérialismes »).
A bas le régime fasciste en Iran! Vive la révolution démocratique!
Vive le Parti Communiste d’Iran (Marxiste Léniniste Maoïste)!


