A propos de l’évacuation de la bourse du travail : brève réponse à Emmanuel Terray et quelques autres
Henri Braun, le 4 juillet 2009
Emmanuel Terray étant un acteur résolument engagé dans la lutte pour la régularisation des sans-papiers depuis de nombreuses années, sa prise de position ne peut laisser indifférent et appelle des réactions qui permettent d’ouvrir largement un débat qu’on ne saurait clore avant de l’avoir entamé.
Il a raison de dire qu’il faut « vider l’abcès » si l’on ne veut pas créer une fracture durable entre le mouvement des sans-papiers et les organisations françaises qui le soutiennent avec plus ou moins de zèle.
Pour autant, certains arguments utilisés me laissent pantois.
Ainsi, la violence mise en œuvre contre les sans-papiers serait une question de « forme » et il serait prématuré de donner un avis en présence de versions contradictoires. A ce compte-là, aucune violence policière – par exemple – ne pourrait être dénoncée puisqu’il est bien rare que les auteurs de telles violences les revendiquent ouvertement, singulièrement lorsqu’ils portent un uniforme bleu et qu’ils oeuvrent pour la sécurité publique. Il serait donc impossible en l’absence d’une enquête qui ne sera vraisemblablement jamais ouverte de déterminer qui, du petit Mohamed, 5 ans, ou du service d’ordre de la CGT, a ouvert les hostilités en premier.
Mon ami Sekou DIABATE a bien raison de rappeler que les sans-papiers sont avant tout et dans leur immense majorité des travailleurs et qu’on voit difficilement ce qu’ils pourraient être d’autre. Sur ce point comme sur tous les autres qu’il a développés, je partage totalement son analyse. Dans ces conditions, leur présence au sein de la bourse du travail est pleinement légitime, au moins autant que dans une église par exemple.
Je comprends également mal pourquoi il ne faudrait pas « pérenniser » le campement s’il agit là de la seule façon de donner une visibilité et un écho à la lutte. Les considérations liées au bon usage de la voirie publique devraient être laissées à ceux qui ont en charge cette épineuse question, à savoir les services préfectoraux concernés.
Dans la même veine, l’appel ironique aux associations de soutien à mettre leurs locaux à disposition des sans-papiers expulsés de la bourse du travail fleure bon une rhétorique réactionnaire qui aurait toute sa place dans les colonnes du Figaro.
Ce qui distingue fondamentalement un sans-papiers d’un militant qui a quinze autres combats à mener, ce n’est pas que ses actions obéiraient au modèle d’une rationalité plus que limitée imaginé par Alain LIPIETZ mais bien qu’il se bat avec l’énergie du désespoir pour assurer sa subsistance et son droit à vivre dans des conditions normales.
A ce propos, l’affirmation que la CGT ne se serait lancé dans la bataille qu’en 2008 est diffamatoire à l’égard des militants de ce syndicat qui luttent aux côtés des sans-papiers en particulier et des immigrés en général depuis fort longtemps (pour m’en tenir à mon expérience personnelle, je connais des militants CGT de l’UL de Saint-Denis qui mènent avec passion et rigueur ce combat depuis des années et même, pour certains d’entre eux, depuis des décennies). Tant qu’à parler de syndicats, il faudrait aussi veiller à ne pas oublier systématiquement Solidaires et la CNT qui ont elles aussi mené des actions au côté des sans-papiers.
J’aimerais également savoir si l’oukaze qui prohibe toute critique à l’encontre de la CGT et de ses pratiques a également vocation à s’appliquer aux cégétistes dont la liberté d’expression au sein de leur propre organisation se verrait ainsi réduite par une intervention extérieure.
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En conclusion, la CGT doit répondre à trois interrogations :
1°) Pourquoi avoir interrompu le mouvement de grèves à l’aube d’une « troisième vague » peut-être prometteuse ?
2°) Pourquoi s’être rallié à la thèse de l’utilitarisme migratoire en tentant d’uniquement d’infléchir les critères imaginés par Hortefeux ?
3°) Est-il légitime pour un syndicat de matraquer des travailleurs avec l’appui des forces de l’ordre ?
Chacun saura ainsi à quoi s’en tenir.
DES SOURCES ET DES PERSPECTIVES OUVERTES PAR L’EXPULSION DU CSP 75 DE LA BOURSE DU TRAVAIL DE PARIS
C’est avec beaucoup de peine que j’ai constaté comme la plupart d’entre vous ce qui est arrivé à mes frères, sœurs sans papiers du collectif 75 le mercredi 24 juin 2009.
En son temps (ca devrait se trouver sans doute dans les archives de la liste de diffusion «Contre l’immigration jetable»), je m’étais posé des questions et indiquais que je n’étais pas convaincu de la ligne opérée par le CSP 75 en procédant à l’occupation de la Bourse du Travail il y a 14 mois.
Cela dit, en aucune manière et quels que fussent les arguments amenés ici et là, je ne peux que condamner et fustiger tant par la manière que par le fond ce qui est aujourd’hui communément appelé le mercredi noir. A entendre certains, c’est à raison que la direction bureaucratique qui a pris la lourde décision d’expulser est légitime. Donc que “ces femmes et ces enfants” qui sont dehors sont à leur place par ce que les “négociations avec le collectif auraient échoué? Au-delà de l’émotion et de ces prises de positions orientées s’est on posé les bonnes questions? Notre boussole à toutes et tous doit et devrait être les régularisations et tout ce qui s’y rattache et qui pourrait se résumer au respect du droit au séjour et du droit à l’asile.
Posé en ces termes, il apparait que même les organisations les moins combatives sont d’accord sur le principe. Mais dans la pratique, peu d’organisations sont aujourd’hui en conformité avec leurs principes fondateurs par rapport à leur orientation et pratiques quotidiennes.
C’est vrai, le mouvement des sans papiers a duré et perduré, les bases militantes se sont amoindries et cela a accompagné ou produit les contradictions internes propres à tout mouvement qui ne trouve pas les débouchés à ses propres revendications.
L’impasse créée par le blocage des régularisations commencée sous « la gauche plurielle » a connu son prolongement naturel sous la droite, toutes alignées contre une régularisation générale, évitant ou voulant satisfaire l’ ego d’une base sociale qu’elles ont elles mêmes encouragé sinon créé pour être ou s’accaparer des commandes des affaires politiques. De ces considérations, les organisations ont plus joué la carte de la gestion à leur propre compte allant même jusqu’à créer “leurs” propres collectifs de sans papiers.
Une telle orientation sur fond de paternalisme a accéléré le processus de désaffection des Collectifs de sans papiers qui ont été une “variable” du point de vue du renouvellement ciblé de certaines directions face à des organisations qui ont sont devenues les seules “constantes”. Résultat, l’autonomie qui est la force de tout mouvement et qui a permis d’engranger à la fin des années 90 plus de 100 000 sans papiers a reculé voire est devenue une exception.
Certaines organisations et associations n’ont jamais baissé les bras et restent des “accompagnateurs” assidus. Cela a aussi été le cas de la CGT comme de beaucoup d’autres organisations. Mais la stratégie imprimées par la CGT consistant à créer “ses” collectifs de sans papiers a été un tort pour tout le mouvement, a désorienté et a commencé par une atteinte frontale des intérêts immédiats des sans papiers.
C’est qui un sans papiers sinon un travailleur?
Ayons le courage de le dire une bonne fois toute: ce que n’a pas dit la CGT et qu’ont tu beaucoup d’organisations dont certaines ont sapé ou sapent l’autonomie du mouvement des sans papiers, c’est que c’est là que se situent les signaux forts de violence politique des «partenaires sociaux» pour ne pas dire des soutien. Comme quoi, la nature a horreur du vide…
.Il apparaît consciemment ou inconsciemment que l’occupation de la part de sans papiers est apparue comme une déviation de «régularisation par le travail» qui a occulté ou minoré tous les autres «cas et critères» des circulaires où les Préfectures sont devenues les as de la lotrie administrative.
Poser la question autrement c’est participer à accroitre la confusion et la division dans un contexte où sans le vouloir cette dommageable affaire pourrait être un déclic pour relancer un mouvement qui en a bien besoin. Cela demande de s’accorder sur la méthodologie. En ce sens, le CSP 75 aurait tort de ne pas s’asseoir sur la même table que la CGT d’autant que la ligne droitière et d’humiliation infligée par l’UD CGT de Paris fait débat, a fermement été dénoncé par beaucoup d’UD, d’autres syndicats et organisations et débouchera sincèrement dans les prochains jours à une mobilisation des factions non pas bureaucratiques mais militantes de la CGT qui ont toujours été là et seront toujours là chaque fois que les droits des travailleurs seront menacés qu’ils soient avec ou … sans papiers.
C’est pourquoi nous nous retrouvons entièrement dans cette déclaration de la CGT Educ’Action du Nord qui indique:«La CGT Éduc’Action Nord condamne l’expulsion des sans papiers de la Bourse de Travail de Paris organisée ce mercredi 24 juin par l’UD CGT 75. En aucun cas des structures de notre CGT ne doivent avoir recours à des pratiques « policières » à l’encontre de travailleurs, notamment lorsque ceux-ci sont précaires parmi les précaires, c’est-à-dire sans papiers et a fortiori lorsqu’il s’agit de femmes et d’enfants. … Les sans papiers expulsés de la Bourse du Travail étaient tous des travailleurs isolés, placés de fait dans l’incapacité de créer dans leurs entreprises un rapport de force par la grève…»
Et maintenant?
C’est clair: la CGT a bon dos. Les attaques générales n’ont à être encouragées tout comme nous devons toutes et tous nous mettre en question pour mettre les choses à lendroit.
Cela signifierait pour le CSP 75 de créer dans la foulée de son initiatves les bases d’une Assemblée générale au moins hebdomadaire et à chaque fois que les circonstances l’exigent, avoir un moyens d’expression propre, assurer une cohérence dans son organisation interne; lister les membres du collectifs dans la rue, mettre sur place un livre d’or, assurer une transparence dans les entrées et sorties de dons et autres….; développer plus de contact avec les autres collectifs et proposer une date d’une manifestation au moins régionale et nationale…
Cela signifie pour le comité de soutien d’assurer une grande visibilité et de préparer un texte unitaire et fédérateur autour de la régularisation et de toutes les questions y afférant en fustigeant la politique du gouvernement en la matière.
Une action spécifique devrait être menée par les organisations de la diaspora qui sont très loin des «luttes de leurs frères et sœurs»…
Paris, le 2 Juillet 2009
Sékou DIABATÉ
Ancien Secrétaire Nationale à la Coordination Nationale des Sans Papiers
Président de la Coordination des Associations des Sénégalais de l’Extérieur (CASE)
Initiateur du Rassemblement de la Diaspora Africaine
Tél.: 06 85 72 30 38
E-mail: la_case@yahoo.fr
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Sékou DIABATÉ


