Pendant l’été, la “galère” continue pour les SDF parisiens

(source : AFP 04/07/09)


Chaque matin, dès les premières morsures du soleil, Patrick quitte son campement de fortune de la rue Montmartre, à Paris, pour se ravitailler en eau à la fontaine la plus proche. Pour lui comme pour les autres SDF de la capitale, la “galère” continue malgré l’arrivée de l’été.

“Avec la chaleur, on a du mal à dormir, on a l’impression d’étouffer”, confie ce sans abri marseillais de 34 ans, la peau tannée par le soleil, qui s’est installé il y a six mois sur un bout de trottoir de cette rue du centre de Paris (IIe arrondissement). “Les voisins nous aident un peu, ma femme et moi. Heureusement, car en ce moment c’est vraiment dur”, ajoute-t-il en montrant du doigt les vêtements éparpillés autour de sa tente igloo.

Manque de places en centres d’hébergement, tracas administratifs, problèmes sanitaires… Contrairement à certaines idées reçues, les difficultés tendent à s’accentuer lors de la saison estivale pour les personnes en situation de précarité, selon les associations à leur contact.

“Tout le monde pense aux SDF quand il commence à faire froid. Mais beaucoup de sans abri se retrouvent complètement démunis en juillet et en août, quand les villes se vident”, résume Thomas Marie, directeur des opérations au Samu Social de Paris.

“Il y a autant de personnes qui décèdent dans la rue en été qu’en hiver, même si on en parle moins”, confirme Bruno Berthelot, directeur du pôle urgences de l’association Aurore, qui vient en aide aux personnes en détresse.

Principale difficulté pour les SDF, sitôt les “beaux-jours” : de nombreuses structures d’aide ou d’accueil ferment ou tournent au ralenti. “Beaucoup sont gérées par des bénévoles. Quand ils partent en vacances, elles interrompent leurs activités”, explique M. Berthelot.

A Paris, près de 200 demandes d’hébergement effectuées auprès du numéro d’urgence, le 115, restent ainsi non pourvues chaque jour en juillet et en août, contre 0 l’hiver, selon le Samu Social.

“Quand on se retrouve à la rue l’été, c’est simple: il est presque impossible de trouver un toit”, témoigne Raja, un Algérien de 35 ans logé depuis quatre semaines au Fleuron Saint Jean, une péniche du XVe arrondissement transformée en centre d’hébergement d’urgence, ouvert toute l’année.

“Les établissements comme le nôtre, ouverts de janvier à décembre, ne sont malheureusement pas assez nombreux. L’été, il est difficile de faire face à la demande”, explique Edith de Rotalier, directrice de ce centre créé voilà dix ans par l’Ordre de Malte France.

Des problèmes sanitaires, en cas de canicule, s’ajoutent à ces difficultés. “Avec la chaleur, les SDF dorment moins bien. Les conditions d’hygiène se dégradent, les organismes fatiguent… A terme, il peut y avoir des arrêts cardiaques”, assure Bruno Berthelot. Le phénomène avait pris un tour catastrophique lors de la canicule de 2003.

Du côté du Samu social, on pointe aussi du doigt la surconsommation d’alcool dès lors que la chaleur augmente. “Ces pratiques sont dangereuses, car l’alcool déshydrate”, souligne Thomas Marie.

Pour prévenir ces risques, les équipes de maraude viennent régulièrement à la rencontre des sans abri pour distribuer des bouteilles d’eau et signaler les fontaines les plus proches, assurent ces associations. Un travail de terrain difficile, qui implique d’être “vigilant” et “réactif”.

“Depuis quelques années heureusement”, conclut Thomas Marie”, les autorités ont pris conscience qu’il n’y a pas de saisonnalité de la misère, . Même si beaucoup reste à faire, cela nous permet d’être plus présents quand il le faut.”

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