SDF : ils sont encore plus exposés l’été
(source : La Voix du Nord 11/08/09)
(source : La Voix du Nord 11/08/09)
C’était il y a neuf mois. Nous accompagnions en soirée une maraude du SAMU social, reportage classique pour illustrer l’ouverture du plan hiver qui augmente chaque année, l’espace de quelques mois, les capacités d’hébergement d’urgence pour les sans-domicile fixe. Avant de se quitter, on nous avait glissé : « Revenez cet été. C’est encore plus dur que l’hiver : il y a moins de places, ils sont toujours dehors, les espaces de restauration sont fermés. Et personne ne les voit. » En ce vendredi très estival du mois d’août, nous voilà de retour à la Coordination mobile d’accueil et d’orientation (CMAO) de Lambersart, qui réceptionne les appels au 115 composés dans le Nord. Samia, casque sur les oreilles, fait une pause clope. Cet été ? « C’est encore plus agité que l’an dernier, s’exclame la jeune femme. Hier, une famille de Roms de vingt personnes nous est arrivée. On n’a pu que faire un signalement à la DDASS, c’est tout. » Un soupir plus tard : « Dès 8 h 30, on est amené à dire aux gens qui téléphonent : “On n’a plus de places, rappelez demain, on est désolés”. Le désappointement est visible. “On est désolés”, on le dit trois cents fois par jour… » Linda et Claire, deux éducatrices de 32 et 27 ans, nous attendent. Évidemment que le boulot est plus ingrat en juillet et août que sous les projecteurs médiatiques de l’hiver quand la France guette le premier mort de froid. « Il y a moins de places d’hébergement, moins de lieux où se restaurer et où se doucher. » Surtout, les trois cents places supplémentaires mises à disposition le 1er novembre dans le Nord ont disparu depuis le 31 mars, date officielle de la fin du plan hiver. « Or, le 1er avril, on ne prend pas d’un coup 21 °C. Mais les SDF qui avaient accès à tout se retrouvent sans rien, à la rue. » Linda rapporte une feuille annotée de quelques chiffres. « À l’heure où nous parlons, ce vendredi 7 août à 14 h 48, vingt et une familles ont déjà appelé le 115 depuis ce matin et ont reçu une réponse négative. Elles dormiront sous des tentes, caravanes ou dans des squats. »
« En finir avec la gestion hivernale »
Il y a pile une semaine, Benoist Apparu, le nouveau secrétaire d’État chargé du Logement et de l’Urbanisme, visitait six centres d’hébergement et accompagnait en soirée une tournée du SAMU social. « Il faut en finir avec une gestion hivernale de ce dossier », déclarait-il alors. Jérôme Rybynski, chef de service éducatif à la CMAO du Nord, aimerait y croire. « J’attends de voir », dit-il, prudent. Chaque jour, en juillet, entre 46 et 196 familles ayant appelé le 115 sont restées sans solution d’hébergement dans la métropole lilloise.
Sur la même période, le nombre de célibataires n’ayant pu être logés a lui varié de 14 à 51.
La maraude débute. Avec Denis, dont la vie a récemment basculé à la suite d’une rupture. Ancien peintre décorateur, il a d’abord dormi au cimetière de Lille-Sud, près de la tombe de son grand-père, profitant du point d’eau et des toilettes pour se laver. Logé depuis dix jours dans un foyer, il vient de le quitter à la suite d’une bagarre et refuse d’y remettre les pieds. « Je suis perdu, je veux juste une piaule », dit-il entre deux sanglots. Les deux jeunes femmes l’incitent à être au rendez-vous quelques heures plus tard : un fourgon du SAMU social viendra le chercher. « C’est important de continuer tout le suivi le médical que vous avez entamé, Monsieur. » Dix places d’urgence sont réservées aux hommes seuls chaque nuit. Il aura l’une d’elles. Car Denis peut remonter la pente. « On a trois ou quatre sorties de rue par an. C’est au début que tout se passe. » •
A l’heure où la crise nous affecte tous et à tous les niveaux, à l’heure où nous avons tous connaissance dans notre entourage de personnes qui se retrouvent, du jour au lendemain au chômage et à l’arrivée de l’hiver et des grands froids qui l’accompagne, le sort des SDF est à nouveau à l’ordre du jour.
Comme chaque année, à la même époque, c’est le même débat et le même déroulement : plusieurs morts dues au froid, un gouvernement qui propose des solutions, un refus majoritaire des principaux intéressés, des associations qui parlent de débat malhonnête et qui restent sceptiques voir même hostiles aux propositions