Pauvreté: et si l’on parlait plutôt d’exclusion sociale
(source : Le Temps.ch par Jean-Daniel Rainhorn* et Jean-Michel Servet**)
(source : Le Temps.ch par Jean-Daniel Rainhorn* et Jean-Michel Servet**)
Les Trente Glorieuses qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale se sont caractérisées par une forte croissance et plus de justice sociale. Puis au cours des trente piteuses qui leur ont succédé, la question de la pauvreté est devenue omniprésente. Pas un pays, pas une organisation internationale qui n’ait publié rapports et analyses sur le sujet. Pourtant, malgré un nombre impressionnant de propositions pour éradiquer la pauvreté, celle-ci demeure un problème crucial dans toutes les sociétés, y compris celles considérées comme les plus riches. Au Royaume-Uni, souvent cité en exemple pour son dynamisme économique et son taux de croissance élevé, près du quart de la population vit sous le seuil de pauvreté. Si la planète s’est globalement enrichie au cours de la dernière génération, tout le monde n’en a pas profité au même degré. Selon les Nations Unies, plus de 40% de la population mondiale vit avec moins de 2,50 francs par jour. Dans la plupart des pays, le nombre de pauvres ne diminue pas et les pauvres d’aujourd’hui sont encore plus pauvres et vulnérables qu’ils ne l’étaient hier. A cela s’ajoute l’explosion des désirs mimétiques de consommation que la globalisation suscite. Fini le monde de l’équité et de la redistribution sociale. Nous sommes entrés dans celui de l’égoïsme individuel et de la croissance des inégalités.
Cette pauvreté contemporaine ressemble à la lèpre au Moyen Age. Pour certains, cette souffrance est d’autant plus difficile à vivre qu’elle est inexprimable alors que d’autres éprouvent l’envie irrépressible de détourner leur regard pour oublier leur impuissance, voire leur responsabilité. Les experts se seraient-ils trompés de diagnostic? Auraient-ils, comme des médecins peu à l’écoute de leurs patients, proposé des traitements inappropriés ayant aggravé les maux au lieu de les guérir? A force de concevoir la pauvreté comme un objet quantitatif (défini par le revenu, l’accès à certains biens et services, etc.), on a oublié qu’elle est d’abord une question sociale.