« Mettre fin au scandale de la garde à vue »
(source : L’Humanité 20/11/09)
(source : L’Humanité 20/11/09)
Lundi, Caroline Wassermann, avocate, a vécu 8 heures de cauchemar au commissariat de Meaux. Elle souhaite que sa mésaventure serve à dénoncer les abus de cette procédure.
Caroline Wassermann est toujours en colère. Les huit heures de garde à vue que l’avocate a passées, lundi 16 novembre, dans le commissariat de Meaux (Seine-et-Marne), accusée d’avoir violé le secret professionnel, ne passent pas. De sa « triste expérience », elle entend se servir pour dénoncer le scandale que sont les gardes à vue en France aujourd’hui.
« J’ai été placée en garde à vue comme des centaines de milliers de Français chaque année. Je ne suis pas une martyre. Que je subisse cela n’a guère d’importance, que l’ensemble des justiciables de ce pays soient exposés à ce risque est inacceptable », lance Caroline Wassermann, satisfaite que son cas puisse faire avancer cette cause. Le souvenir de son enfermement à Meaux reste cuisant. « Ce commissariat n’est pas précisément réputé comme le pire lieu de détention mais j’y ai vécu huit heures de cauchemar. Quand les policiers m’ont “invitée” à m’asseoir sur un banc pour y être menottée, le mur contre lequel je devais m’adosser était maculé de sang encore frais. J’ai dû me déshabiller totalement pour la fouille. Puis j’ai été poussée dans une cellule souillée d’excréments. J’étais traitée comme un animal. La volonté d’humilier était évidente. »
Quand l’avocate est présentée au juge d’instruction, elle a le sentiment de retrouver la civilisation. « Ça a été un soulagement réel, je réintégrais une zone de droit où mon intégrité était garantie. » Aujourd’hui, il est impossible pour la jeune femme de passer sa mésaventure par pertes et profits. « J’aurais pu m’écraser. Considérer cela comme un mauvais moment dans ma vie. Mais plusieurs centaines de milliers de personnes vivent chaque année cette expérience, cela ne peut plus durer. J’ai décidé de saisir cette opportunité pour provoquer une prise de conscience, une mobilisation. Il est temps de mettre fin à ce scandale, contraire aux dispositions de la Commission européenne des droits de l’homme (CEDH) et indigne de la France. » Le scandale est d’autant plus grand, souligne Caroline Wassermann, que beaucoup de gens placés en garde à vue en sortent sans qu’il ne leur soit reproché quoi que ce soit ! « Mais, sur le principe même, il est inacceptable que dans ce pays des milliers de personnes subissent une telle humiliation. Même deux heures, c’est insupportable. Il faut changer les conditions de la garde à vue. »
D’autant qu’elle sait combien le rôle de l’avocat est, à l’heure actuelle, minime lors du premier entretien, d’une durée d’une demi-heure, avec un gardé à vue. « Il a juste le temps de s’enquérir de sa santé, qu’il a vu un médecin, que ses droits lui ont été notifiés, c’est tout. L’avocat est un pantin tant qu’il n’aura pas accès au dossier. » La CEDH, le 13 octobre dernier, avait donné raison à Caroline Wassermann, en sanctionnant l’impossibilité d’être assisté d’un avocat dès le début de la garde à vue.
De toute façon, assure-t-elle, « aujourd’hui, il faut que cela s’arrête. Il faut modifier les conditions de la garde à vue ».
Dany Stive