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GHETTOS FRANCAIS/Un tiers des habitants des quartiers sensibles sous le seuil de pauvreté..

11/30/2009


Ghettos français

(source : Le Monde 30/11/09)
Il faut entendre le cri d’alarme que lance Claude Dilain, le maire de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), un de ces élus en première ligne dans la crise sociale et urbaine : “Nous sommes revenus à la situation d’avant 2005″, s’inquiète-t-il, faisant référence aux trois semaines d’émeutes qui avaient frappé le pays, il y a quatre ans, après le décès de deux adolescents originaires de sa commune.

Car les quartiers “sensibles”, selon la terminologie officielle, continuent d’être relégués et leurs habitants frappés par le chômage et la pauvreté. La crise actuelle n’a évidemment pas aidé. Mais il serait erroné de penser que la conjoncture économique explique l’ampleur des difficultés.

Si les banlieues vont mal, c’est parce qu’elles sont victimes de l’accumulation, depuis des décennies, d’inégalités de toute nature, sociales, économiques, urbaines ou scolaires. C’est aussi, comme le montre le rapport de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), rendu public lundi 30 novembre, parce que les pouvoirs publics n’ont pas réussi à inventer les politiques permettant de rattraper les retards. Qu’il s’agisse du taux de chômage, de la pauvreté ou du niveau de formation, les quartiers sensibles, soit 4,5 millions d’habitants, demeurent des territoires à part au sein de la République.

La sortie de crise, si elle se confirme, ne suffira pas. L’expérience montre même que les périodes de reprise peuvent être plus difficiles pour les quartiers sensibles, moins préparés, moins attractifs, et pour leurs habitants, en dernière place dans la file d’attente du marché de l’emploi.

C’est dans ces périodes, paradoxalement, que les écarts entre les territoires risquent de se creuser, entre ceux qui végètent et ceux qui rebondissent vite. Dans ces périodes, aussi, que le gouvernement, rassuré quant aux risques d’explosion sociale, peut être tenté de réduire les moyens, déjà limités, consacrés à la politique de la ville pour les redéployer sur d’autres priorités. Or c’est l’inverse qu’il faudrait faire. En effet, le potentiel de colère ne s’est pas réduit, et il ne faut pas sous-estimer la frustration de ceux qui se sentiraient exclus de la “sortie de crise”.

Sauf à renier quelques-unes des valeurs qui fondent son identité “nationale” – celle-là même que le gouvernement veut promouvoir -, la France ne peut tolérer que subsistent autant de quartiers qui sont devenus de véritables ghettos. Ou alors il faudra accepter de vivre avec le spectre permanent de nouvelles crises urbaines, prévient Claude Dilain.

 

Quartiers sensibles: la politique de la Ville échoue à endiguer pauvreté et chômage

(SOURCE : AFP 30/11/09 De David DIEUDONNE )
PARIS — Quatre ans après les émeutes en banlieue, la pauvreté et le chômage persistent dans les quartiers sensibles, où un tiers des habitants et près d’un mineur sur deux vivent avec moins de 908 euros par mois, malgré les efforts annoncés en matière de politique de la Ville.

Le rapport annuel de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), publié lundi, dresse un bilan sombre mais nuancé de la loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine du 1er août 2003, dont l’objectif était de réduire significativement les inégalités en banlieue sur une période de cinq ans.

En 2007, 33,1% des habitants des Zones urbaines sensibles (Zus), en progression par rapport aux 30,5% en 2006, vivaient en dessous du seuil de pauvreté (908 euros/mois), contre 12% dans le reste du territoire, note l’Onzus. S’agissant des moins de 18 ans, cette proportion atteint 44,3%, soit près d’un mineur sur deux, indique le rapport.

Les Zus sont les 751 quartiers retenus par les pouvoirs publics pour être la cible prioritaire de la politique de la Ville. Environ 5 millions de personnes y habitent.

“Sur l’ensemble de la période, le taux de chômage en Zus est passé de 17,2% en 2003 à 16,9% en 2008, ce qui représente une baisse de 2% du nombre de chômeurs”, note le rapport.

Le taux de chômage reste néanmoins très supérieur à celui observé dans les autres quartiers des mêmes agglomérations (7,7%) et y a diminué moins vite que dans les centre-villes, selon l’Onzus.

La loi de 2003 ambitionnait de “réduire d’au moins un tiers le nombre de chômeurs dans les Zus sur une période cinq ans, et de rapprocher le taux de chômage de l’ensemble des Zus de celui de leur agglomération de référence”, rappelle l’Onzus.

Les jeunes sont les premières victimes du chômage, particulièrement les garçons, souligne le rapport: “la proportion de jeunes au chômage ou en activité est toujours deux fois plus importante dans les quartiers qu’ailleurs”.

“Au total, un jeune des quartiers sensibles sur quatre est au chômage ou en inactivité contre un jeune sur huit dans les autres quartiers des mêmes agglomérations”, note le rapport qui pointe l’écart entre le taux de chômage des jeunes hommes (41,7%) et celui des jeunes femmes (29,6%).

En outre, l’emploi stable (CDI ou CDD de plus d’un an) est 1,7 fois moins accessible à ces jeunes qu’aux autres et cette inégalité dépasse la qualification des candidats, note l’Onzus qui montre du doigt l’enclavement, l’absence de réseau personnel et “d’autres discriminations”.

S’agissant de l’éducation, même si le taux de réussite au brevet des collèges est passé de 67,2% en 2004 à 71,9% en 2008, “l’écart de réussite entre les collégiens de Zus et les autres s’accroît, passant de 9,9 points de moins en Zus en 2004 à 12,1 points en 2008″.

En matière de sécurité, l’Onzus note que la délinquance de proximité est inférieure de 12% dans les Zus par rapport à leurs circonscriptions de rattachement, notamment en raison de plus faibles atteintes aux biens. Mais les atteintes aux personnes sont légèrement plus fréquentes et “le sentiment d’insécurité au domicile ou dans le quartier est plus important”.

Enfin, les quelque deux ans de retards accumulés au début du programme national de rénovation urbaine (PNRU), se comblent grâce à une accélération des engagements pour reconstruire et réhabiliter les cités, souligne l’Onzus.

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