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L’hiver difficile des Restos du Cœur

11/30/2009

(source : LaDepeche.fr 30/11/09)


Pauvreté. Les Restos du Cœur lancent aujourd’hui leur campagne d’hiver. Ils prévoient un afflux massif cette année, mais craignent une baisse des recettes.

Après les banques alimentaires et leur collecte nationale, vendredi et samedi dernier, c’est au tour des Restos du cœur, aujourd’hui, de lancer leur 25e campagne d’hiver. En fin de semaine, le Téléthon prendra ses quartiers sur France télévision: l’appel hivernal à la générosité des Français est bien lancé.

La campagne des Restos devrait connaître un afflux sans précédents de personnes démunies cette année. « Au cours du printemps et de l’été dernier, la fréquentation de nos centres de distribution a augmenté de 20 % sur un an, on s’attend à une forte hausse de la demande, qui avait déjà progressé de 14 % l’année dernière », précise Olivier Berthe, président des Restos du cœur.

La générosité des Français sera-t-elle au rendez-vous ? Rien n’est moins sûr : 40 % des donateurs affirment être contraints de réduire le montant de leurs dons cette année (voir encadré). Et ce n’est pas la seule source d’inquiétude pour les Restos, qui s’alarment d’une diminution des subventions publiques. Selon son président, l’aide de l’Europe « va baisser d’un million d’Euros ». L’État, qui avait consenti l’an dernier une enveloppe exceptionnelle de 10 millions d’Euros renouvellera-t-il son geste ? Olivier Berthe n’y croit pas : « Cette année nous avons demandé une augmentation de cette enveloppe. Non seulement nous n’avons pas reçu un euro, mais le gouvernement ne nous a même pas répondu ».

En dépit de ces difficultés, auxquelles s’ajoutent celles grandissantes pour trouver de nouveaux lieux de distribution et de stockage, l’association s’est engagée à ne pas rogner sur la qualité des produits distribués. Elle a d’ailleurs demandé au chef étoilé Thierry Marx de concocter un livre de 65 recettes simples et rapides, élaborées à partir des produits distribués par les Restos.

L’an dernier à la même période, les associations s’alarmaient de la même manière, avant qu’un « sursaut de générosité » des Français ne vienne remplir les caisses. Le sursaut aura-t-il lieu cette année ? Les Restos du Cœur y comptent bien.

Olivier Devos

Témoignage : Solange Minguez à l’antenne de Toulouse
« C’est pire qu’il y a vingt-cinq ans »

Solange Minguez, compte la recette du loto, et fait le compte de vingt-cinq ans de Resto. « C’est pire qu’il y a vingt-cinq ans », s’alarme la présidente de la Haute-Garonne, en oubliant ce dimanche, l’atmosphère de gaieté qui règne au parc des Expositions de Toulouse. Alors que bénévoles et sympathisants tentent leur chance pour gagner un séjour dans un centre de remise en forme, ou un panier garni, celle-ci se souvient avec émotion de la détresse d’une mère. « C’était l’hiver dernier. Toutes les semaines, elle venait chercher de quoi nourrir ses enfants. Parfois, ils étaient avec elle, mais ils n’avalaient jamais rien, quand on leur tendait un fruit ou un gâteau », raconte Solange en poursuivant : « Leur mère avait été expulsée d’un hôtel. Elle nous a confiés : « Ils ne mangent pas, car ils sont trop fatigués. Dans la rue, j’ai peur, alors on marche toute la journée pour ne pas se faire agresser. Provisoirement, cette famille isolée a pu passer l’hiver au chaud avec l’aide du Resto du Cœur.

D’autres cas de figures la bouleversent. « Aujourd’hui, parmi les personnes tributaires de l’aide alimentaire, il y a de plus en plus d’agriculteurs à la retraite. Dans le Comminges, c’est dramatique. Il y a des couples qui vivent avec moins du RMI. Comment voulez-vous qu’ils s’en sortent avec à peine 500 €, et 350 € de loyer ? » A l’image des autres régions, Solange constate de nouvelles arrivées, à chaque nouvelle campagne. « Il y a quelques années, on était au contact de SDF qui faisaient le choix de la rue, en tout cas pour certains. Maintenant, les choses ont bien changé. On rencontre des familles qui ont souvent des emplois précaires et de faibles revenus. La même spirale de difficultés touche les petites retraites ». Cette bénévole au long cours, observe également : « Tous les soirs à Toulouse, nos équipes servent trois cents repas chauds dans la rue, et c’est loin d’être suffisant pour rassasier tout le monde ». En dépit de la détresse manifeste, et de la crise économique, « les dons en revanche ne baissent pas » se réjouit la présidente Haut Garonnaise. « Je trouve le soutien de la population formidable. Elle est à nos côtés depuis les débuts », dit-elle.

Andrée Brassens

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