ZEEV STERNHELL : Extraits de 2 chapitres du livre « Ni droite ni gauche, l’idéologie fasciste en France»
LA REVOLUTION PAR LE CENTRE
Marcel Déat est né le 7 mars 1894, à Guérigny dans la Nièvre. Reçu en 1914 à l’Ecole normale supérieure, il fait la guerre dans l’infanterie. A la fin des hostilités, il est capitaine, décoré de la Légion d’honneur sur e champ de bataille. Entré à l’Ecole normale, Déat est agrégé de philosophie deux ans plus tard. Lucien Herr, qui l’a remaqué, le considère comme l’un des espoirs du socialisme français, il en parle à Blum. Bouglé, lui, voit en Déat l’un des futurs chefs de file de la sociologie française.
Après la scission de Tours, Déat milite pendant quatre ans à Paris – il est secrétaire de ka cinquième section SFIO – puis à Reims où il est professeur de lycée. En février 1926, à l’âge de trente-deux ans, Marcel Déat est élu député de la Marne à une élection partielle sur une liste commune avec un radical, le futur ministre Marchandeau. Cette victoire est plus qu’un succès personnel car elle n’a été rendue possible que par une sorte de Cartel privé. Lucien Herr avait désapprouvé cette candidature dans les conditions où elle se présentait, et le Secrétariat national de la SFIO reproche à Déat de faire liste commune dès le premier tour. Deux ans plus tard, Déat est battu aux élections générales qui se font au scrutin uninominal et il devient secrétaire administratif du groupe socialiste au Palais-Bourbon. En 1932, il prend une revanche éclatante : dans le XXè arrondissement, dans les quartiers de Belleville, de Ménilmontant et de Charonne, qui constituent l’ancienne circonscription d’Edouard Vaillant, là où Léon Blum avait été battu en 1928, Déat triomphe du député sortant, Jacques Duclos.
(…)
Au moment où Déat publie Perspectives socialistes, la personnalité [Blum] avec laquelle il désire ouvrir un débat répond par le silence. C’est de ce livre, comme il le note dans ses Mémoires manuscrites, que date sa rupture intellectuelle et morale avec Blum. « Blum avait parfaitement compris », écrit déat dans ses Mémoires, « que je flanquais par terre tous ses artificieux décors, que j’avais inventé la machine à désankyloser les cervelles, et que si ces thèses subversives se répandaient, c’en serait fini de la grande politique d’ajournement et de son immobilisme savant. »
Dès la parution de Perspectives socialistes, Déat commence à se considérer comme le successeur de Jaurès, le nouveau leader d’un socialisme démocratique et patriote, montant à l’assaut de la vieille citadelle guesdiste. Il explique l’hostilité de Blum par le volonté du leader du pari d’écarter le plus rapidement possible un gêneur, voire un éventuel rival. Déat dit ce qu’il veut : un rassemblement sans communistes et la participation immédiate au pouvoir. Il pense que les socialistes auraient déjà dû participer au gouvernement du Cartel, tout comme ils auraient dû « faire la guerre » avec Clémenceau. Il reproche à Léon Blum ses « distinguo subtils entre l’exercice du pouvoir en régime capitaliste et la prise du pouvoir (…); sous une apparence de doctrine », il ne s’agissait que d’un « refus délibéré de prendre ses responsabilités ».
Cependant, la question de la participation au pouvoir, qui constitue l’essentiel de la polémique au sein de la SFIO, est somme toute une question secondaire. Ou plutôt elle découle d’objectifs beaucoup plus vastes; car Déat ne se propose rien de moins que de « lancer une offensive révolutionnaire par le centre ». Le néo-socialisme constitue alors dans son esprit le moteur d’ « une véritable révolution par étapes, conduite par un gouvernement résolu et lucide » : dès 1930, Perspectives socialistes entend fournir le cadre conceptuel de cette révolution, faite d’en-haut, encadrée et dirigée par les pouvoirs publics.
L’explication de Perspectives socialistes s’ordonne sur trois axes principaux. Il faut tout d’abord reconnaître que le marxisme n’est qu’une méthode et non un dogme, une métaphysique. Il faut ensuite capter les classes moyennes qui subissent elles aussi l’exploitation capitaliste sans être pour autan rejetées dans le prolétariat. Il faut finalement réconcilier le socialisme avec la nation et, dans le cadre national, développer une puissante action sur l’Etat et par l’Etat. En utilisant le formidable
instrument qu’est un Etat transformé et modernisé, le socialisme sera capable de faire cette « révolution dirigée », qui reste dans le contexte actuel la seule possible.
Cette argumentation se trouve résumée dans un concept fondamental, qui vient remplacer, en fait, la notion de socialisme : l’anticapitalisme. Le mot d’anticapitalisme, Déat l’a pris à Sombart, mais il lui donne, et il a raison d’insister, un sens et un contenu très différent. Pour Sombart en effet, c’est le socialisme, parce que marxiste et prolétarien, qui est le plus authentiquement anticapitaliste.
Assurément, ce terme a chez Sombart, qui refuse à l’idéologie et à l’action anticapitaliste toute capacité positive, un sens totalement négatif. Au contraire, l’analyse de Déat porte sur un ensemble beaucoup plus vaste, qui déborde largement le cadre du prolétariat. Cette analyse est fondée sur le postulat selon lequel le prolétariat n’est pas, il s’en faut de beaucoup, la seule force anticapitaliste.
Certes, le prolétariat industriel demeure la force principale, mais il n’est pas le seul, d’autant plus que numériquement, il semble avoir atteint son maximum sans être devenu la majorité absolue de la population. Il faut donc compter avec d’autres catégories sociales, avec ces classes moyennes qui, en France, constituent non pas peut-être l’élément moteur, mais le facteur décisif. Et au premier rang
de ces classes moyennes se trouvent les propriétaires paysans, suivis par les artisans, les fonctionnaires, voire des catégories plus mal délimitées encore. En effet, Déat ne craint pas d’inclure dans la coalition anticapitaliste le consommateur, victime à peine moins maltraitée que le salarié. L’action des groupements de onsommateurs est anticapitaliste et, en s’installant au coeur du régime, elle est en mesure de le transformer de fond en comble.
Tout cela signifie, et Déat le comprend fort bien, que « l’anticapitalisme peut ne pas paraître très homogène ». Aussi prend-il la précaution de distinguer entre l’anticapitalisme et le socialisme. Il y a, dit-il, en répondant aux critiques de l’extrême-gauche du parti, un « socialisme virtuel » dans l’anticapitalisme et c’est au au socialisme qu’il appartient d’organiser l’anticapitalisme.
Déat préconise, par conséquent, la coordination des efforts de toutes les victimes de la crise « dans le cadre assoupli d’un socialisme riche comme la vie et nuancé comme elle » au « contact des réalités concrètes », et formulant une « politique réaliste et positive ». Les idées de souplesse, de réalisme, de pragmatisme, sont reprises sans cesse par les adeptes de cette école.
Face au socialisme traditionnel tournant « facilement à l’utopie » – « et nous ne légiférons pas pour l’an deux mille », dit Déat – les pragmatistes brandissent le drapeau de cet anticapitalisme qui « déborde largement les cadres socialistes » : ils sont convaincus de la possibilité de choisir une troisième voie entre « l’échappatoire américaine » et « la crise catastrophique ». En effet, il est possible, dit Déat, de suivre le capitalisme, pour faire pression sur lui, pour l’infléchir, toutes forces
jointes »…
Mais tout dépend de la « réconciliation entre démocratie et révolution » et par conséquent « tout conflue ici vers l’Etat ». Ainsi se pose le problème « de l’indépendance de l’Etat envahi par les congrégations économiques » : contre « la puissance capitaliste » se dressent non seulement la classe ouvrière, mais aussi l’ensemble des classes moyennes. C’est pourquoi la gauche véritable,
commence, selon Déat, là où l’on prend position contre le capitalisme, et elle mène bataille partout où s’affrontent la volonté populaire et les « puissances d’argent ».L’anticapitalisme dépasse ainsi le socialisme et, dans l’esprit de Déat, le remplace.
L’auteur de Perspectives socialistes en appelle à tous ceux qui, à quelque parti qu’ils appartiennent, sont prêts à favoriser le regroupement, le rassemblement de toutes les forces anticapitalistes. Quand au parti socialiste, il lui appartiendra de mener l’assaut, mais il ne saurait prétendre au monopole du combat anticapitaliste, pas plus que le prolétariat ne saurait désormais revendiquer le rôle exclusif de l’alternative totale au capitalisme. Déat en vient ainsi à nier toute spécificité prolétarienne, toute
fonction sociale qui soit propre au prolétariat dans cette bataille contre le capitalisme.
(…)
Les « néos » français veulent exploiter le potentiel des classes moyennes, les seules à contenir « aujourd’hui les ferments révolutionnaires » ( M.Déat, B.Montagnon, A.Marquet : Néo-socialisme?Ordre, autorité, nation. Paris, Grasset, 1933)
A bien des égards, c’est ici la fonction historique du prolétariat qui se trouve remise en cause. Son heure semble dépassée, ce sont les classes moyennes qui désormais paraissent détenir les clefs de l’avenir. Ce sont elles qui ont assuré le succès du fascisme, et c’est d’elles que dépendent les destinées de l’Europe. Si l’avenir n’appartient plus au prolétariat, c’est tout d’abord que l’évolution technique, la rationalisation de la production et l’automatisation transfèrent peu à peu les fonctions
de l’ouvrier, d’une part, à des machines et, d’autre part, à des cadres intellectuels qui appartiennent déjà aux classes moyennes. L’ère de l’industrialisation appartenait au prolétariat, celle de l’automation, dans les pays industriels avancés, sera celle des couches moyennes entre la classe capitaliste et le prolétariat.
Tel est le sens véritable de l’analyse commune à De Man, Jouvenel, Doriot et l’équipe de La Flèche. Tous s’accordent à penser que loin de détruire les classes moyennes, comme le pensait Marx, l’évolution technologique leur est en fait favorable, ce qui introduit nécessairement une révision de la notion même de lutte des classesINTEGRATION DES CLASSES ET SOLIDARITE NATIONALE
Henri de Man avait eu, très tôt, des doutes fort sérieux sur les capacités du prolétariat en tant qu’instrument exclusif de transformation sociale. Déjà, au lendemain de la guerre, le futur leader du socialisme belge pense que, en dépit de son caractère efficace en tant que facteur de propagande, l’intérêt de classe du prolétariat, à l’heure des réalisations sociales décisives, résoudre aucun
problème. De Man, Déat et les « néos » français, comme les partisans de la tendance Belin au sein de la CGT, restent, en fait, fidèles à eux-mêmes quand, à l’heure du choix, ils répugnent à fonder leur choix politique sur le prolétariat.
Le prolétariat, dit De Man, n’a pas le monopole de la sagesse et du désintéressement. Il n’est pas parvenu à arracher à la bourgeoisie celui de la haute culture, ni à englober les catégories sociales qui exercent des fonctions de direction et de coordination, essentielles à la production industrielle.
D’autre part, pense De Man, nul ne saurait prétendre que la mentalité ouvrière n’est que le produit de la condition de classe du prolétariat. Comme tous les autres membres de la société, les ouvriers participent d’un même fonds intellectuel, d’un même héritage culturel, et des mêmes institutions nationales. Ils portent l’empreinte des croyances religieuses ou morales de toute une époque et ne sauraient être réduits à l’abstraction de l’homo oeconomicus qui n’aurait que des mains pour produire et un estomac pour manger. Il ne suffit donc pas de faire appel aux intérêts de classe du prolétariat industriel en méprisant l’apport que peuvent fournir certains intérêts et certains idéauxcommuns à toute la nation et à toute l’humanité. Sans admettre certains formes de collaboration des classes et des partis, la lutte de classe prolétarienne ne saurait aboutir.
En fait, ce qu’un De Man, un Déat ou un Jouvenel sous-entendent, c’est l’idée que le progrès ne travaille pas en faveur du socialisme. L’évolution technologique, les structures sociologiques crées par elles, la guerre moderne sapent les fondements mêmes du marxisme. Elles mettent en valeur l’interdépendance des classes sociales, leur solidarité de fait, leurs intérêts communs en tant que membres d’une même collectivité nationale. Pour l’auteur d’Au-delà du marxisme, même le plus
misérable des manoeuvres se trouve lié dans son existence quotidienne par au moins autant de liens de solidarité à la communauté nationale qu’à la classe dont il fait partie.
Dans l’esprit des hommes de cette école, la solidarité de classe a aussi un autre aspect. En effet, pense De Man, on assiste de plus en plus à une tendance à la prolétarisation des classes moyennes. Mais à la différence de ce que continuent à croire tous ceux qui, dans le monde socialiste, s’accrochent aux vieilles formules, cette tendance à la prolétarisation s’effectue autrement qu’il y a un siècle. En effet, au lieu de s’opérer par glissement individuel dans le prolétariat, comme cela a pu se faire au XIXè siècle, la prolétarisation s’applique à la situation sociale des couches moyennes dans leur ensemble. Car la caractéristique essentielle du prolétariat, c’est précisément la dépendance dans laquelle il se trouve, faute de posséder lui-même ses moyens de production. La situation du prolétariat à l’égard des détenteurs du capital est la même que celle des classes moyennes, et plus particulièrement des nouvelles classes moyennes. C’est bien pour cela que l’expression de prolétarisation peut s’appliquer à celles-ci.
Et De Man considère ce phénomène comme infiniment plus important que e phénomène de glissement individuel de ceux qui, devenant de véritables prolétaires, cessent par cela même de faire partie des classes moyennes. Qu’il s’agisse des agriculteurs criblés de dettes, de boutiquiers devenus gérants de succursale, de techniciens ou ingénieurs relégués au rang de serviteurs subalternes de sociétés anonymes, la prolétarisation s’applique toujours à la couche social dans son ensemble.
Ainsi se créent, pour reprendre une expression très fréquente des années vingt, des « solidarités de fait » entre tous les producteurs : il n’y a pas de solidarité plus puissante que celle engendrée par l’insécurité économique face à l’ «hypercapitalisme ». Comme les socialistes nationaux du tournant du siècle, comme les Jaunes ou les collaborateurs du Cercle Proudhon, la génération de l’entre-deux guerres sait reconnaître le « bon » capital du « mauvais », les exploités des exploiteurs, les « petits » des « gros ». C’est une vaste poussée populaire fondée sur « cette solidarité dans la détresse », cette
union « devant le péril d’un même naufrage », que précisent les néos, les frontistes, les futurs PPF menés par un Jouvenel.
En 1935, Georges Izard lance dans La Flèche « cette grande et exaltante idée de l’union » : le frontisme « étend le front révolutionnaire à l’ensemble des exploités, c’est-à-dire aujourd’hui à l’immense majorité du peuple ». Quant à Marcel Déat, il ne manque pas de rappeler, en 1934, que dès 1930 il avait soutenu l’idée selon laquelle « le front des classes et des intérêts en présence se stabilisait selon la ligne où s’équilibraient les forces ». Cette ligne, « toujours changeante et variable », n’est fixée que « par la complexe influence de ses constantes modifications internes ». [M. Déat, « Syndicalisme et corporation », La Vie socialiste, 17 mars 1934]
Déat avoue que ses idées furent immédiatement dénoncées comme du corporatisme pur et simple, d’autant plus que, par la voix de Barthélémy Montagnon, les néos avaient répudié officiellement, à la tribune de la Chambre, le principe même de la lutte des classes.
Cette solidarité des classes est d’autant plus naturelle que l’évolution économique a créé, selon les hommes de cette école, « des antagonismes de plus en plus aigus entre nations ». c’est donc à la nation toute entière que s’adressent désormais aussi bien les néos que les hommes de La Flèche, à la veille de a guerre, dans un texte d’une clarté éclatante :
Pour libérer la France de la tyrannie de l’argent et de l’ingérence des gouvernements étrangers, pour la paix avec tous les peuples quel que soit leur régime,
Français de toutes les classes, unissez-vous.
[La Flèche, 3 mars 1939]
Dès la parution de Perspectives socialistes, Déat commence à se considérer comme le successeur de Jaurès, le nouveau leader d’un socialisme démocratique et patriote, montant à l’assaut de la vieille citadelle guesdiste. Il explique l’hostilité de Blum par le volonté du leader du pari d’écarter le plus rapidement possible un gêneur, voire un éventuel rival. Déat dit ce qu’il veut : un rassemblement sans communistes et la participation immédiate au pouvoir. Il pense que les socialistes auraient déjà dû participer au gouvernement du Cartel, tout comme ils auraient dû « faire la guerre » avec Clémenceau. Il reproche à Léon Blum ses « distinguo subtils entre l’exercice du pouvoir en régime capitaliste et la prise du pouvoir (…); sous une apparence de doctrine », il ne s’agissait que d’un « refus délibéré de prendre ses responsabilités ».
instrument qu’est un Etat transformé et modernisé, le socialisme sera capable de faire cette « révolution dirigée », qui reste dans le contexte actuel la seule possible.
Assurément, ce terme a chez Sombart, qui refuse à l’idéologie et à l’action anticapitaliste toute capacité positive, un sens totalement négatif. Au contraire, l’analyse de Déat porte sur un ensemble beaucoup plus vaste, qui déborde largement le cadre du prolétariat. Cette analyse est fondée sur le postulat selon lequel le prolétariat n’est pas, il s’en faut de beaucoup, la seule force anticapitaliste.
de ces classes moyennes se trouvent les propriétaires paysans, suivis par les artisans, les fonctionnaires, voire des catégories plus mal délimitées encore. En effet, Déat ne craint pas d’inclure dans la coalition anticapitaliste le consommateur, victime à peine moins maltraitée que le salarié. L’action des groupements de onsommateurs est anticapitaliste et, en s’installant au coeur du régime, elle est en mesure de le transformer de fond en comble.
jointes »…
commence, selon Déat, là où l’on prend position contre le capitalisme, et elle mène bataille partout où s’affrontent la volonté populaire et les « puissances d’argent ».L’anticapitalisme dépasse ainsi le socialisme et, dans l’esprit de Déat, le remplace.
fonction sociale qui soit propre au prolétariat dans cette bataille contre le capitalisme.
de l’ouvrier, d’une part, à des machines et, d’autre part, à des cadres intellectuels qui appartiennent déjà aux classes moyennes. L’ère de l’industrialisation appartenait au prolétariat, celle de l’automation, dans les pays industriels avancés, sera celle des couches moyennes entre la classe capitaliste et le prolétariat.
problème. De Man, Déat et les « néos » français, comme les partisans de la tendance Belin au sein de la CGT, restent, en fait, fidèles à eux-mêmes quand, à l’heure du choix, ils répugnent à fonder leur choix politique sur le prolétariat.
D’autre part, pense De Man, nul ne saurait prétendre que la mentalité ouvrière n’est que le produit de la condition de classe du prolétariat. Comme tous les autres membres de la société, les ouvriers participent d’un même fonds intellectuel, d’un même héritage culturel, et des mêmes institutions nationales. Ils portent l’empreinte des croyances religieuses ou morales de toute une époque et ne sauraient être réduits à l’abstraction de l’homo oeconomicus qui n’aurait que des mains pour produire et un estomac pour manger. Il ne suffit donc pas de faire appel aux intérêts de classe du prolétariat industriel en méprisant l’apport que peuvent fournir certains intérêts et certains idéauxcommuns à toute la nation et à toute l’humanité. Sans admettre certains formes de collaboration des classes et des partis, la lutte de classe prolétarienne ne saurait aboutir.
misérable des manoeuvres se trouve lié dans son existence quotidienne par au moins autant de liens de solidarité à la communauté nationale qu’à la classe dont il fait partie.
union « devant le péril d’un même naufrage », que précisent les néos, les frontistes, les futurs PPF menés par un Jouvenel.
Français de toutes les classes, unissez-vous.
[La Flèche, 3 mars 1939]


