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« Licencié en novembre, SDF en décembre »

12/24/2009

(source : http://nolwenn.pointblog.fr/22/12/09)


Bruno, 40 ans, dit comment la spirale de la pauvreté peut être rapide et frapper n’importe qui.Il est démuni, sans indemnités de chômage avant janvier.
Je m’appelle Bruno. J’ai 40 ans. Originaire de Sarzeau, je suis parti dans le Sud en 1983, et je suis revenu à Lorient en 1994. Avec une compagne, dont j’ai eu deux enfants. Mais depuis, nous nous sommes séparés. J’ai été licencié de mon entreprise du bâtiment le 7 novembre. La faute à la crise. Ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, qui a provoqué la rupture dans le couple. Elle m’a demandé de partir. Le problème est tout récent.

Comment attendre janvier ?

Je me suis retrouvé à la rue, et je n’ai plus rien. À 1 000 € de découvert, mon banquier m’a dit stop ! Les indemnités de chômage, 900 €, je ne les aurai qu’au mois de janvier. Là, je pourrai voir venir mais en attendant je n’ai rien du tout. C’est vraiment une mauvaise période, car je ne verrai une assistante sociale du centre médico-social de Lanester qu’au mois de janvier. J’ai l’impression d’être passé sur le bord de la route.

Le jour, marcher pour se réchauffer

Pour les personnes dans un besoin momentané comme moi, on ne fait pas grand-chose. On m’a juste proposé l’hébergement d’urgence, rue Foch à Lorient. Il y a là une quinzaine de chambres, ce qui n’est pas assez pour une ville de 50 000 habitants. Je n’y suis resté qu’une nuit, il y a une dizaine de jours. Il faut y être à 18 h, et y viennent aussi les gens qui font la manche dans la rue avec des chiens, ils doivent les planquer pour la nuit, car ils n’y ont pas droit. Ils arrivent alcoolisés car, sur place, il n’y a droit ni à l’alcool ni à la drogue. Je veux vivre dignement, pas verser là-dedans.

Cela ne me convenait pas. Ressortir à 8 h 30 et n’avoir rien à faire, juste marcher, se réchauffer comme on peut dans un coin. Les gens ne me dérangent pas et je ne les dérange pas non plus. Dans la journée, je fais des démarches auprès du service d’accueil d’urgence, le pôle emploi pour trouver un autre travail, mais pas dans le bâtiment, quelque chose qui me convienne.

J’ai dormi plusieurs nuits dans ma voiture, que je souhaite vendre pour avoir de l’argent. Mais je n’ai pas un sou pour passer une annonce. Je vais sans doute poser un écriteau dessus. Depuis vendredi, cela va un peu mieux, j’ai trouvé un foyer, rue Jean-Jaurès à Lanester. Ils ont des chambres, une cuisine, la télé, et on est libre de nos mouvements.

J’aurais seulement voulu quelques nuits d’hôtel, je ne veux pas finir dans la rue comme clochard. Mais, actuellement, c’est la fin des haricots. À ne rien faire, l’ennui s’installe, et le désespoir aussi. Mais la vie me retient. Je me dis que je vais remonter la pente, que j’ai le droit de vivre. Il faut que les gens sachent que cela arrive, qu’ils ouvrent les yeux, alors qu’on leur dit que la vie est belle, que c’est Noël. Il faut plus de solidarité, car cela peut aussi leur arriver un jour, sans avoir le temps de se retourner.

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