TRACT DE JEAN-PAUL SARTRE : UN PROCES POPULAIRE (décembre 1969)
Un nombre immense de crimes commis contre notre classe ne sont et ne seront jamais pris en compte par la “justice de notre pays” et nos exigences et nos plaintes sont balayées d’un revers de la main ou remises infiniment à plus tard : l’injustice continue à régner.
Nous ne croyons pas en la “justice de notre pays”. Nous la voyons insulter chaque jour notre dignité. Nous voulons la justice populaire, une justice qui soit aux mains des opprimés, pour que les bourgeois rendent des comptes. La justice est un appareil répressif dont la bourgeoisie s’est dotée pour réprimer le prolétariat, c’est un appareil répressif comme l’est la police ou l’armée qui sont aux mains de la bourgeoisie et sont destinés à contrôler, à réprimer le prolétariat..Parlons plus clairement de Justice de classe..
D’ailleurs les faits sont têtus, puisque la plupart des juges, magistrats, avocats sont issus eux-mêmes de cette bourgeoisie..ils ne vont pas se condamner entre eux…
Nous voyons aussi clairement cela entre autre avec le procès AZF, les procès contre l’autre appareil répressif de l’Etat qu’est la police, où les policiers sont toujours condamnés à des peines minimes (quand ils sont condamnés)..
Voilà pourquoi nous vous présentons aujourd’hui ce document historique de Jean Paul Sartre.
A l’époque, le philosophe travaillait pour la révolution avec la Gauche Prolétarienne, pour essayer de mettre en place une JUSTICE POPULAIRE. Une justice qui nomme enfin les véritables criminels, les oppresseurs, et qui répare avec force les torts commis contre les victimes, les opprimés. Avec enquête, jugement, défense et châtiment. Les procès populaires se pratiquent dans toutes les révolutions, c’est la seule véritable justice sociale, avançant vers la dictature du prolétariat. Le prolétariat aura sa justice, est aura justice que quand il aura un Etat qui lui corresponde et ou il sera le maître, un Etat Socialiste…
TRACT DE JEAN-PAUL SARTRE : UN PROCES POPULAIRE (décembre 1969)
« Le 4 février dernier, à Fouquières-les-Lens, 16 mineurs sont tués par le grisou, 12 autres grièvement blessés. Le mardi 17 février, la Nouvelle Résistance Populaire répond à ce qu’on appelle déjà l’assassinat de Fouquières en incendiant les bureaux de reconversion des Houillères, à Hénin-Liétard. Quelques temps après la police inculpe, sans preuves, 10 maoïstes de cet attentat, elle en arrête 9, le 10è est en fuite. L’affaire passera le 14 décembre
devant la Cour de Sûreté de l’État, tribunal d’exception. Les faits sont clairs ; 16 hommes sont tués, c’est la fatalité, la justice bourgeoise n’intervient pas : elle ne se manifeste que pour porter sentence contre ceux qui ont voulu les venger. Quand les Houillères tuent, c’est normal ; PERSONNE n’est coupable. Ceux qui nuisent aux Houillères, par contre, voilà les criminels : on le leur fera bien voir.
Les masses en ont assez de cette justice partiale et volontairement aveugle, qui ne punit jamais les vrais coupables. A cette justice de classe, il est temps d’opposer la vraie justice, la justice populaire. A la veille du procès-bidon des incendiaires de Hénin-Liétard, nous avons décidé de faire publiquement, au coeur du pays minier, un VRAI procès qui posera la VRAIE question : 16 mineurs sont morts, qui sont les coupables ? Faut-il incriminer, comme toujours, la fatalité ou bien y a-t-il, en cet « accident », comme en tous les autres de même nature, de VRAIS assassins, en chair et en os. Y a-t-il eu homicide par imprudence ou homicide intentionnel et délibéré ? C’est le procès des Houillères que nous voulons faire. Et si les assassins existent, nous entendons les nommer pour les désigner aux mineurs. Nos sentences seront, par là, exécutoires.
Vous allez dire « Vous n’êtes que quelques personnes privées qui ont pris cette initiative sans être mandatées.. Qui fera de votre équipe un tribunal authentiquement populaire ? Qui ? Nous répondons : vous. Venez en masse participer à nos travaux : vous serez juges en même temps que nous, mieux vous serez NOS juges. Vous pourrez, du début à la fin, contrôler la valeur des témoignages, des exposés, du réquisitoire et de la défense ; vous pourrez approuver ou huer nos conclusions. Tous au procès des Houillères : il dépend de vous que se tienne demain, dans le bassin houiller, le premier tribunal populaire de France. »
« Le 4 février dernier, à Fouquières-les-Lens, 16 mineurs sont tués par le grisou, 12 autres grièvement blessés. Le mardi 17 février, la Nouvelle Résistance Populaire répond à ce qu’on appelle déjà l’assassinat de Fouquières en incendiant les bureaux de reconversion des Houillères, à Hénin-Liétard. Quelques temps après la police inculpe, sans preuves, 10 maoïstes de cet attentat, elle en arrête 9, le 10è est en fuite. L’affaire passera le 14 décembre
devant la Cour de Sûreté de l’État, tribunal d’exception. Les faits sont clairs ; 16 hommes sont tués, c’est la fatalité, la justice bourgeoise n’intervient pas : elle ne se manifeste que pour porter sentence contre ceux qui ont voulu les venger. Quand les Houillères tuent, c’est normal ; PERSONNE n’est coupable. Ceux qui nuisent aux Houillères, par contre, voilà les criminels : on le leur fera bien voir.
Les masses en ont assez de cette justice partiale et volontairement aveugle, qui ne punit jamais les vrais coupables. A cette justice de classe, il est temps d’opposer la vraie justice, la justice populaire. A la veille du procès-bidon des incendiaires de Hénin-Liétard, nous avons décidé de faire publiquement, au coeur du pays minier, un VRAI procès qui posera la VRAIE question : 16 mineurs sont morts, qui sont les coupables ? Faut-il incriminer, comme toujours, la fatalité ou bien y a-t-il, en cet « accident », comme en tous les autres de même nature, de VRAIS assassins, en chair et en os. Y a-t-il eu homicide par imprudence ou homicide intentionnel et délibéré ? C’est le procès des Houillères que nous voulons faire. Et si les assassins existent, nous entendons les nommer pour les désigner aux mineurs. Nos sentences seront, par là, exécutoires.
Vous allez dire « Vous n’êtes que quelques personnes privées qui ont pris cette initiative sans être mandatées.. Qui fera de votre équipe un tribunal authentiquement populaire ? Qui ? Nous répondons : vous. Venez en masse participer à nos travaux : vous serez juges en même temps que nous, mieux vous serez NOS juges. Vous pourrez, du début à la fin, contrôler la valeur des témoignages, des exposés, du réquisitoire et de la défense ; vous pourrez approuver ou huer nos conclusions. Tous au procès des Houillères : il dépend de vous que se tienne demain, dans le bassin houiller, le premier tribunal populaire de France. »



