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Un million de chômeurs en fin de droits en 2010

01/19/2010


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ci-bas :
Fin de droitsPolémique sur le traitement du chômage en fin de droits
La vie chiche de Sonia, Christine et Safia ou comment vivre sans indemnisation chômage
Un million de chômeurs en fin de droits en 2010
Les raisons d’une hausse
” Les réformes ont conduit à une diminution continue de la durée d’indemnisation “

le lien de l’édito :
http://abonnes.lemonde.fr/opinions/article/2010/01/18/fin-de-droits_1293124_3232.html

Edito du Monde
Fin de droits
LE MONDE | 18.01.10

Il n’y a pas si longtemps – mais c’était avant la crise -, économistes et entreprises expliquaient que le marché du travail français n’était pas assez flexible, que le niveau trop élevé des allocations chômage n’incitait pas les demandeurs d’emploi à rechercher du travail.

Les réformes ont donc privilégié, par des allégements de charges, les contrats à durée déterminée. Les critères d’octroi des aides sociales ont été durcis de même que l’indemnisation du chômage. La durée de cette indemnisation est désormais proportionnelle à la durée de cotisation, donc aux nombres d’heures travaillées avant l’inscription à Pôle emploi. Non sans effets : avant la crise, près des trois quarts des créations d’emplois étaient des CDD. Ils représentaient 11 % du total des emplois en France.

Quand la crise est arrivée, ces mesures destinées à favoriser une rotation plus rapide des salariés sur le marché de l’emploi se sont retournées contre les chômeurs. Les CDD, premiers à être licenciés, ne retrouvent plus d’emploi sur un marché du travail devenu atone. Ils sont les premiers aujourd’hui à épuiser leurs droits aux allocations, puisque ce sont eux qui ont travaillé le moins longtemps.

Résultat : 1 million de chômeurs arriveront en fin de droits en 2010, dont 600 000 ne bénéficieront d’aucune aide sociale, en raison des nouvelles conditions d’attribution.

Les syndicats considèrent cette situation comme une “bombe sociale”, que l’opposition est prête à utiliser comme argument majeur à trois mois des régionales. Que va faire le gouvernement ? Pour l’instant, sa position officielle est de renvoyer la balle aux partenaires sociaux qui gèrent traditionnellement l’assurance-chômage au sein de l’Unedic. Mais, prolonger de trois mois l’indemnisation des chômeurs en fin de droits coûterait 1,3 milliard d’euros de plus à l’Unedic qui affiche déjà un déficit cumulé de 5,6 milliards d’euros fin 2009.

Les syndicats préfèrent en appeler à la “solidarité nationale”, c’est-à-dire aux caisses de l’Etat. Cette demande contredit la volonté du gouvernement de stopper la dérive des dépenses publiques. En même temps, l’Etat a consacré en 2009 près de 40 milliards d’euros au sauvetage des banques, au plan de relance, ainsi qu’à des subventions diverses et variées aux entreprises en difficulté, comme la prime à la casse pour l’automobile.

Après avoir aidé les entreprises à passer le cap de la crise, il ne serait pas injuste d’aider les chômeurs à surmonter ses conséquences sociales.

Polémique sur le traitement du chômage en fin de droits
LE MONDE | 18.01.10 | 13h19 • Mis à jour le 18.01.10 | 13h19

Le Parti socialiste n’hésite pas à parler d’”un scandale social”. Le Parti communiste en appelle au gouvernement pour faire face à “une situation d’urgence”. Plus d’un million de demandeurs d’emploi devraient arriver, en 2010, en fin de droits. Un nombre supérieur aux 800 000 personnes en période “ordinaire”.
A peine quatre de ces chômeurs sur dix devraient bénéficier de la solidarité nationale, par le biais de l’allocation spécifique de solidarité – ASS, un minimum social pour ceux qui ne bénéficient plus d’indemnisation chômage – ou du revenu de solidarité active (RSA), ex-RMI. Les autres n’ont droit à aucune aide.

“Le gouvernement n’a absolument pas pris la mesure de la crise”, s’est insurgé Bruno Le Roux, député (PS) de Seine-Saint-Denis, mardi 12 janvier, dénonçant “l’absence totale de politique de l’emploi” de François Fillon. Le président du groupe PS de l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, dénonce “le grand silence des voeux présidentiels sur l’emploi”. Les syndicalistes invités à l’Elysée, vendredi 15, ont déploré que le chef de l’Etat tourne trop vite la page de la crise et ne prenne pas la mesure du climat social.

En 2009, le nombre de chômeurs en fin de droits a déjà enregistré une hausse de 35,2 %. Il va continuer à croître car les premières victimes de la crise, ceux qui ont perdu leur emploi fin 2008, verront leurs indemnisations arriver à leur terme à la fin de l’année. Selon les parlementaires spécialistes du dossier, c’est une véritable “bombe sociale à retardement” qui est amorcée. “Le gouvernement a jusqu’à présent ignoré cette question”, insiste M. Ayrault, s’indignant que, “pendant qu’on parle de l’identité nationale, on oublie tout le reste”.

Lors de la séance de questions, mardi à l’Assemblée nationale, Gaëtan Gorce a interpellé le gouvernement. “Il importe de ne pas vous défausser sur les partenaires sociaux d’une négociation qui n’aboutira pas avant la fin de cette année et de prendre des mesures concrètes pour étendre le bénéfice de l’allocation spécifique de solidarité, en y consacrant les moyens nécessaires. Il y a des bonus pour les traders, nous demandons un bonus pour les chômeurs !”, a réclamé le député de la Nièvre. “C’est un sujet qui relève essentiellement de la négociation entre partenaires sociaux”, lui a répondu le secrétaire d’Etat chargé du commerce, Hervé Novelli, tout en assurant que “le gouvernement prendra ses responsabilités”.

Deux jours plus tard, au Sénat, Isabelle Pasquet (PCF, Bouches-du-Rhône) a demandé au gouvernement “d’agir pour ces personnes pour lesquelles il ne s’agit même plus de pouvoir d’achat mais de capacité de survivre”. La sénatrice s’est attiré une réponse identique.

Le PS demande de “prolonger de six mois, dans cette situation exceptionnelle, la durée d’indemnisation”. Le PCF, dans une lettre ouverte au président de la République, réclame que soit adoptée “une allocation de solidarité exceptionnelle qui prolongerait leurs droits pour une année”.

Le gouvernement et les partenaires sociaux qui gèrent l’assurance-chômage se renvoient la balle. A l’Elysée, on rappelle que “dans “fin de droits”, il y a “droits”, et que c’est d’abord aux partenaires sociaux de modifier les règles de l’assurance-chômage”. Une solution que ne goûte guère le Medef, dont le représentant, Geoffroy Roux de Bézieux, préside l’Unedic. “On a signé une convention entre partenaires sociaux qui règle les durées d’indemnisation en janvier 2009, explique-t-il. C’est difficile de changer les choses en cours.” Pour le représentant du Medef, “c’est à l’Etat de prendre le relais après les 24 ou 36 mois d’indemnisation conventionnels”.

Les syndicats veulent une solution rapide. “Soyons responsables, confie Stéphane Lardy de FO, et arrêtons de jouer au ping-pong entre partenaires sociaux et gouvernement sur le dos des chômeurs.”

Prolonger d’un à trois mois l’indemnisation pour les partenaires sociaux, et, pour le gouvernement, ouvrir les conditions d’accès pour permettre à plus de personnes de bénéficier de l’ASS sont les deux principales pistes pour déminer le terrain.

Rémi Barroux et Patrick Roger

La vie chiche de Sonia, Christine et Safia ou comment vivre sans indemnisation chômage
LE MONDE | 18.01.10 | 13h19

En mars, Sonia cessera de toucher l’assurance-chômage. Christine et Safia, elles, sont en fin de droits depuis un peu plus de deux mois. Toutes trois racontent leurs inquiétudes.

Sonia Lachat, 26 ans, Lille

Le calepin de Sonia Lachat, c’est sa boussole. Une colonne pour les dépenses, une autre pour les revenus. Jusqu’à présent, la jeune mère de famille lilloise arrivait à tenir le cap, mais ses finances risquent dorénavant de tanguer. En mars, Sonia ne sera plus indemnisée par l’assurance-chômage. 330 euros à rayer sur son petit carnet. Il faudra alors vivre à quatre sur le SMIC de son compagnon, menuisier dans une PME, les allocations familiales et celles pour le logement (APL) : 1 500 euros au total.

Sonia, 26 ans, ne “voit pas” où elle va “pouvoir économiser”. Chaque mois, elle a 800 euros de factures incompressibles : 160 euros qui partent pour l’assurance-automobile et habitation, 130 euros pour le loyer une fois déduit l’APL, 250 euros de traites pour la voiture, 90 euros pour l’électricité, et puis le téléphone, l’essence… et l’abonnement Internet, “peut être le seul plaisir que nous nous faisons”, réfléchit-elle.

Licenciée en avril 2008, la jeune femme travaillait dans une société de services à la personne. “Femme de ménage, c’est le seul emploi que j’avais trouvé, car j’ai arrêté le lycée en terminale”, se justifie Sonia. Sans diplôme et avec deux enfants dont un bébé de 9 mois, pas facile de trouver du boulot. Alors, “en attendant que l’économie redémarre fort”, elle s’inquiète. D’autant que cette année, elle va avoir un peu moins d’APL. “La CAF m’a dit qu’en 2009, mon compagnon a trop gagné.”

Christine K., 49 ans, Paris

“Je suis une chômeuse non indemnisée.” A 49 ans, Christine K. est arrivée en fin de droits en novembre 2009. Depuis, elle vit sur son “bas de laine”. Ironie du sort, cet argent provient d’un procès gagné aux prud’hommes. Célibataire, sans enfant, Christine “peut tenir six mois” sur ce petit pécule. Depuis 2002, cette titulaire d’un diplôme bac + 5 n’a plus eu de contrat à durée indéterminée. Sept ans à naviguer entre chômage indemnisé et contrats à durée déterminée (CDD) l’ont conduite à “s’habituer à vivre chichement”. “Une chance, car aujourd’hui je ne perçois plus rien, explique Christine, même pas l’ASS (allocation spécifique de solidarité) car mes revenus en 2009 étaient supérieurs de 100 euros au plafond.”

Locataire d’un appartement en HLM, Christine vit avec moins de 1 000 euros par mois. Mais, plus que le manque d’argent, c’est le fait d’être au chômage qui lui fait mal. “Je fais partie de ces personnes qui ont eu un parcours atypique et qui se retrouvent à galérer avec un bac + 5″, analyse-t-elle. Alors, lorsque le moral n’est pas au beau fixe, elle pense aux endroits où elle “rêve de crapahuter”. “L’Asie centrale, la Scandinavie, le nord de l’Ecosse, c’est l’espoir d’aller là-bas qui me fait tenir”, raconte-t-elle. Aujourd’hui, elle se contente des rochers de Fontainebleau, “12 euros de train” et de quelques heures de vacations dans un organisme de formation à faire passer des bilans de compétences. Un petit boulot en attendant de remonter la pente.

Safia R., 34 ans, Paris

A 34 ans, Safia connaît bien la précarité. Elle a travaillé six ans au numéro d’urgence du SAMU social où elle organisait la prise en charge des personnes et des familles. En 2006, son travail s’est arrêté. Après trois ans de chômage, entrecoupés de deux congés maternité et d’une courte période de travail, Safia a vu arriver la fin de ses indemnités chômage, quelque 1 800 euros par mois, le 23 novembre 2009. Avec quatre filles, dont deux qui ont moins de 3 ans, Safia est plus qu’inquiète. En colère aussi. “Je n’ai droit ni au RSA ni à l’ASS, explique-t-elle. Mon mari gagne environ 1 700 euros par mois, alors le revenu du foyer est “trop” élevé.” A six dans un petit 60 m2 du nord de Paris, ils doivent vivre sur le salaire de Mourad, auxquels s’ajoutent 600 euros d’allocations familiales. “Pour l’ASS, ils m’ont dit de faire un recours, mais j’en ai ras le bol, c’est trop galère, ils se contredisent entre eux, ils n’y connaissent rien à la CAF, dit encore Safia. J’ai demandé un congé parental jusqu’aux 3 ans de ma fille et j’espère vraiment l’avoir.” Cela ferait quelque 500 euros par mois, ce qui permettrait d’aider à payer les 750 euros de loyer et l’école privée des deux grandes, 300 euros par mois.

Mourad dénonce l’hypocrisie du système. “On pousse les gens à tricher : si Safia n’était pas mariée, elle aurait plus d’aides, comme mère seule, avec un loyer moins cher, des possibilités de cumuler un emploi et des prestations, explique-t-il. Résultat, beaucoup divorcent ou ne se marient pas.”

Rémi Barroux et Catherine Rollot

Un million de chômeurs en fin de droits en 2010

Un million de demandeurs d’emploi vont perdre leurs droits à l’assurance-chômage en 2010, prévoit la direction des statistiques, enquêtes et prévisions de Pôle emploi, dans un document du 25 novembre 2009 remis aux partenaires sociaux. A cette date, le nombre de chômeurs en fin de droits avait déjà augmenté de 35,2 % en un an.

Seuls 38 % de ces ” fins de droits ” devraient bénéficier de la solidarité nationale : ” Sur la période de juillet 2008 à juin 2009, 16 % des chômeurs en fin de droits étaient éligibles à l’allocation spécifique de solidarité (ASS), et 22 % au revenu minimum d’insertion (RMI), remplacé depuis par le revenu de solidarité active (RSA) “, indique Jean-Paul Blouard, directeur adjoint de cette direction de Pôle emploi. L’éligibilité à l’ASS comme au RSA est en effet soumise aux conditions de ressources du foyer et non de l’individu.

Ce sont donc plus de 600 000 chômeurs qui verront leur sort remis au seul soutien familial, entraînant un accroissement sensible de la pauvreté en France.

Cette situation préoccupe les syndicats, qui ont échafaudé des propositions. Les partenaires sociaux doivent en débattre prochainement en groupe de travail avant la séance plénière de négociations du 26 février sur la ” gestion sociale des conséquences de la crise économique sur l’emploi “. Ils appellent d’ores et déjà à une prise de conscience urgente de la part du gouvernement.

Ce dernier sait bien que la question du chômage de longue durée n’est pas réglée. Si depuis plusieurs années les demandeurs d’emploi dits de longue durée (un an ou plus) représentent de façon stable plus de 40 % du nombre total de chômeurs, leur nombre absolu est en forte augmentation : ” Il est évalué à 947 000 au troisième trimestre 2009 contre 760 000 sur la même période en 2008, soit en hausse de 24 % sur un an “, indique Corinne Prost, responsable de la division emploi à l’Insee.

Mais le secrétariat d’Etat chargé de l’emploi estime que la problématique des chômeurs en fin de droits relève avant tout de l’assurance-chômage et de la négociation entre les partenaires sociaux.

” Le gouvernement a pris toutes ses responsabilités “, assurait à l’Assemblée nationale, jeudi 14 janvier, le ministre de l’industrie, Christian Estrosi, qui s’exprimait à la place du secrétaire d’Etat chargé de l’emploi, lors de la séance des questions au gouvernement . ” Un groupe de travail s’est constitué, il faut attendre le résultat de leurs négociations “, déclare-t-on encore au ministère.

Après deux ans de négociations entre syndicats et patronat, les conditions d’indemnisation de la convention d’assurance-chômage avaient enfin été redéfinies en février 2009, en pleine crise économique. Les partenaires sociaux, qui sont soucieux de pallier les carences de la protection sociale pour la majorité des personnes en fin de droits, ne veulent pas pour autant remettre en cause cette convention fraîchement signée. D’autant plus que les négociations de la prochaine convention Unedic doivent s’ouvrir au mois de décembre.

Les syndicats, pragmatiques, veulent donc trouver des solutions provisoires pour tous ces exclus de l’assurance-chômage et de la solidarité nationale. ” On ne peut pas laisser 600 000 personnes sans aucune indemnité jusqu’à la reprise du marché de l’emploi. Il est urgent d’ouvrir le débat “, affirme ainsi Maurad Rabhi, secrétaire confédéral de la CGT. Les syndicats proposent donc des ” mesures de crise ” ciblées pour les chômeurs de longue durée et les précaires, qui constituent la majorité des fins de droits.

Précarisation

Sur les 726 161 chômeurs auxquels l’assurance-chômage a cessé de verser des indemnités en 2008 (757 000 avec les départements d’outre-mer), 38 % ont cotisé moins d’un an et 38 % étaient des chômeurs de longue durée, indique le service public de l’emploi.

” Les contrats courts reviennent de manière récurrente dans les bataillons du chômage “, tient à rappeler Stéphane Lardy, secrétaire confédéral de Force ouvrière (FO). ” En 2008, parmi les chômeurs en fin de droits à l’assurance-chômage, 45 % s’étaient inscrits à la suite d’une fin de contrat à durée déterminée (CDD) et 14,7 % après une fin de mission d’intérim, indique M. Blouard. Le nombre de chômeurs arrivés en fin de droits après un contrat court va probablement augmenter en 2010, notamment parce que, si la convention d’assurance-chômage entrée en vigueur en avril 2009 ouvre l’accès à l’indemnisation plus tôt (dès le 122e jour de cotisation, soit après environ 4 mois de travail contre 6 mois précédemment), la durée d’indemnisation est en revanche égale à la durée d’affiliation. “

Pour la plupart des syndicats, c’est dans la prise en compte de la précarisation du marché du travail qu’il faut puiser les financements de la politique de l’emploi. Les pistes étudiées par les différentes centrales (CGT, CFDT, CFTC, FO) ou la Fédération syndicale unitaire (elle n’est pas représentée dans les négociations sur l’assurance-chômage) privilégient tantôt la taxation de la précarisation du travail (cotisations corrélées à la durée des contrats, élargissement de l’assiette de cotisations), tantôt la prolongation de la durée d’indemnisation, tantôt l’assouplissement des conditions d’éligibilité à la solidarité nationale.

Car si pour le secrétaire d’Etat chargé de l’emploi, Laurent Wauquiez, l’augmentation du nombre de chômeurs en fin de droits est une ” question de gestion de l’assurance dans la crise “, pour les partenaires sociaux, elle ne relève pas de la seule responsabilité du système assurantiel. Gaby Bonnand, secrétaire national de la CFDT, juge que ” l’impact social de la crise ne doit pas être financé par la solidarité du privé, mais par la solidarité nationale “.

Il suggère, en accord avec la CGT et FO, d’assouplir les conditions d’accès des chômeurs en fin de droits à l’ASS – réservée actuellement à ceux qui ont travaillé au moins cinq ans durant les dix dernières années – et de proroger le dispositif Allocation équivalent retraite (AER), sorte de ” pont ” entre assurance-chômage et retraite. Le maintien de cette mesure, déjà prolongée dans le cadre du plan de relance, ne coûterait, pour 2010, que 40 millions d’euros, estime Pôle emploi. D’autres propositions sont avancées. Par exemple, reporter l’âge maximal fixé pour toucher l’indemnisation chômage – coût estimé à 80 millions d’euros en 2010 – ; ou prolonger de six mois la durée de prise en charge des contrats de reclassement professionnel et des contrats de transition professionnelle.

” Un choix à faire “

L’extension des périodes d’indemnisation, prônée par la CGT, la CFTC et FO, générerait un surcoût chiffré par Pôle emploi à 555 millions d’euros pour un mois, 999 millions pour deux mois et 1,3 milliard d’euros pour trois mois, avec un taux dégressif de 70 % à 50 %. La dégressivité n’est cependant pas une proposition des syndicats, qui ne voudraient surtout pas qu’elle soit généralisée à tous les chômeurs indemnisés après le retour de la croissance.

Mais nul n’ignore la situation financière de l’Unedic. La croissance économique ayant un impact direct sur le montant des contributions, la récession de 2009 (- 2,2 %) s’est traduite dans ses comptes par un déficit annuel de 902 millions d’euros. Il est attendu à 3,6 milliards en 2010, avec une hypothèse de croissance de 1,1 %, un scénario plus optimiste que les prévisions retenues dans le projet de loi de finances 2010 (+ 0,75 %).

” La réduction des déficits publics passe d’abord par la réduction de la dépense “, rappelait mercredi 13 janvier à l’Assemblée nationale le premier ministre, François Fillon, en prévision de la conférence gouvernementale du 28 janvier sur les déficits publics. Ce contexte pourrait paraître défavorable au financement d’une solution pour les chômeurs en fin de droits, à moins que l’Etat, prenant la mesure du risque social, ne considère cette dépense comme un investissement. D’autant que les évaluations des mesures de solidarité nationale réalisées par Pôle emploi ne représentent pas ” un montant impossible à financer dans l’équation budgétaire actuelle : il s’agit simplement d’un arbitrage budgétaire à opérer, d’un choix à faire “, estime Mathilde Lemoine, économiste en chef de la banque HSBC France.

Anne Rodier et Adrien de Tricornot

Les raisons d’une hausse

Le nombre de chômeurs en fin de droits a marqué, dès 2009, une hausse de 35,2 %. Or le rétablissement du marché de l’emploi après une crise économique nécessite toujours plusieurs années, ce qui induit une aggravation, dans les mois à venir, du risque social que représente ce phénomène. Plusieurs raisons l’expliquent.

La première, évidente, est arithmétique : puisqu’il y a davantage de chômeurs, il y a plus de chômeurs en fin de droits que les années précédentes. La deuxième est la morosité du marché du travail : le chômage de longue durée perdure, augmentant mécaniquement le nombre de sorties de la période d’allocation, tandis que les personnes au chômage depuis peu de temps sortent moins vite du chômage qu’en période de bonne conjoncture. Enfin, le changement de réglementation de l’assurance-chômage, qui a élargi en 2009 l’accès des fins de contrat de courte durée à l’indemnisation, a aussi aligné la durée de l’indemnisation sur la durée de l’affiliation : un salarié en fin de contrat de quatre mois se retrouve donc en fin de droits… au bout de quatre mois.

” Les réformes ont conduit à une diminution continue de la durée d’indemnisation “

Christine Erhel, chercheuse au Centre d’études de l’emploi

Comment expliquer que la France, qui dispose d’un système de protection sociale, va se retrouver en 2010 dans une situation où un million de personnes devraient perdre leurs droits à l’assurance-chômage ?

Y Dans toutes les périodes de crise économique, la France a connu un accroissement du nombre de chômeurs en fin de droits. Mais cette fois, il est plus important, car l’évolution du système d’indemnisation se caractérise, surtout depuis le début des années 1990, par un mouvement de restriction quasi continu. Il s’opère par un durcissement des conditions d’accès aux droits et par une diminution de la durée d’indemnisation. Celle-ci est passée, en 2002, de trente mois maximum à vingt-trois mois.

Toutefois, depuis janvier 2009, un élargissement des conditions d’accès s’applique…

Oui. Avant cette date, il fallait avoir cotisé à l’assurance-chômage au moins six mois au cours des vingt-deux derniers mois pour être indemnisé. Depuis 2009, 122 jours de cotisation, soit environ quatre mois, au cours des vingt-huit mois précédant la fin du préavis (ou des trente-six derniers mois pour les 50 ans et plus) suffisent.

Ces dispositions visaient à faciliter l’accès à l’indemnisation des personnes ayant eu des contrats de travail précaires. En réalité, le système actuel reste plus restrictif que celui qui prévalait au début des années 1990 et même avant 2003, où quatre mois d’affiliation étaient nécessaires au cours des dix-huit derniers mois pour être indemnisé.

Mais le problème majeur de la réforme de 2009 est que la durée d’indemnisation, vingt-trois mois maximum, est égale à la durée de cotisation. Auparavant, il existait plusieurs filières, dont une seule accordait une durée d’indemnisation égale à la durée de cotisation ; dans les autres, elle était supérieure. La nouvelle réglementation met donc fin à ce système au profit d’une seule durée d’affiliation, de quatre mois minimum. Ce système favorise les personnes qui ont cotisé entre quatre et six mois mais défavorise celles qui ont cotisé plus de six mois. Au final, depuis les années 1990, on a observé une baisse continue de la part des chômeurs indemnisés, cependant stabilisée depuis 2005.

Quelle idée a guidé ce mouvement quasi permanent de restriction des droits ?

C’est le concept d’activation des dépenses passives, un principe que prône l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’idée étant que l’épargne réalisée – en indemnités chômage, en préretraites… – alimente des dépenses dites actives telles que la formation, les aides à l’emploi, etc. Le problème est que si, dans la plupart des pays européens, les dépenses passives ont bien été réduites, les dépenses actives ne se sont pas accrues, en raison de contraintes budgétaires.

Le système des sanctions, durci en 2008, joue-t-il un rôle dans l’augmentation du nombre de chômeurs non indemnisés ?

Non. Compte tenu de la crise, Pôle emploi applique très peu de sanctions.

Peut-on dire encore aujourd’hui que l’indemnisation du chômage joue le rôle qui lui était assigné au départ ?

Les justifications à l’existence d’une assurance-chômage sont la lutte contre la pauvreté et la protection du capital humain afin que les personnes n’acceptent pas n’importe quel poste. Cela signifie qu’il faut qu’elles puissent bénéficier d’une indemnisation généreuse et longue qui permet de prendre le temps de trouver un emploi adéquat. C’est l’application du principe de sécurisation des parcours professionnels. Mais certains jugent que les restrictions budgétaires nécessitent de limiter la durée d’indemnisation pour inciter les personnes à revenir plus vite vers l’emploi. C’est la logique d’incitation, qui a été dominante dans les années 1990 et au début des années 2000, y compris en France. Le résultat est qu’on a observé une hausse des emplois de faible qualité – temps partiels courts, salaires bas, etc. Bref, une dégradation de la qualité de l’emploi et du capital humain.

Propos recueillis par Francine Aizicovici

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  1. Pat Mas lien permanent
    01/19/2010 8:51

    Je vais avoir droit à 480 €
    Loyer de 500 €
    EDf mensuel 89 €
    crédit auto 167,64 €
    assurance diverses habitation automobile mensuel 60 €
    eau 20 €
    Total : 836.64 €

    Je ne compte pas l’essence je suis dans association PAS recherche active d’emploi ni la nourriture ni le papier cul c’est bien connu les chômeurs vivent d’amour et d’eau fraîche célibataire de 48 ans sans parents : la Vita è bella !
    Toute ma vie j’ai payé mes impôts de célibataire ….cela vous fait tilt les impots de célibataires vous savez ..nous payons pour les enfants que nous n’avons pas eu… et n’avons jamais droit à rien !
    Il n’y à pas que dans les pays lointains la misère :-( (
    LA VITA è BELLA :-) )
    Pat.

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