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Des dizaines de détenus malades dans les prisons turques

02/14/2010


Des dizaines de détenus malades dans les prisons turques

Une nouvelle forme de répression s’abat sur les prisons turques. Elle vise tant les prisonniers politiques que sociaux. Il s’agit du maintien en prison de prisonniers gravement malades. Couplé à un régime d’isolement rigide et violent, les détenus malades succombent rapidement à leurs souffrances. La plupart d’entre eux sont en effet maintenus dans des prisons de type F, sortes de mouroirs aux cellules exiguës dont l’ambiance n’est pas sans rappeler celle des tiroirs blancs et froids de la morgue. En janvier de l’an dernier, Gurbet Mete, un détenu leucémique de la prison de Diyarbakir est mort de l’incurie des autorités pénitentiaires. Un mois plus tard, Hasan Kert, atteint lui aussi de leucémie et incarcéré lui aussi à la prison de Diyarbakir, a connu le même sort. A peine dix jours plus tard, un détenu politique dénommé Besir Özer est mort dans une autre prison de Diyarbakir en raison d’une maladie grave. Le 18 mai, Mustafa Elelçi est mort 11 heures après son incarcération à la prison de type E de Mersin. Le 19 juillet, Ismet Ablak, prisonnier kurde du PKK est mort à la prison de type H d’Erzurum suite à un cancer de la peau. Le 17 août, le détenu de droit commun Resul Güner est mort d’un cancer du côlon. Plus de quarante détenus libérables selon la loi turque sont actuellement à l’article de la mort. Parmi eux,Abdullah Akçay un enfant leucémique de 17 ans. A 14 ans, Abdullah est tombé aux mains des gangs. A 15 ans, il est entré en prison. Il en a aujourd’hui 17, mais souffre d’une leucémie. Sa demande de libération pour raisons médicales est bloquée par l’Institut de médecine légale, une instance dénoncée par la société civile turque pour sa lenteur et ses décisions arbitraires qui condamnent sans appel les victimes du terrorisme d’Etat et les opposants politiques mais qui, en revanche, profitent aux détenus maffieux d’extrême droite liés au pouvoir.

Un espoir tout de même dans ce tableau noir : Güler Zere

L’été dernier, les forces démocratiques de Turquie se sont mobilisées corps et âmes pour obtenir la libération de Güler Zere, une militante de l’organisation marxiste clandestine DHKP-C, détenue depuis 14 ans et atteinte d’un cancer de la bouche en phase terminale. Les autorités turques avaient finalement cédé aux pressions populaires démocratiques. Le 4 novembre, le président turc de la République Abdullah Gül avait finalement signé le décret de grâce présidentielle, mettant ainsi fin au supplice de l’isolement carcéral. Aujourd’hui, la santé de Güler Zere s’est stabilisée, avant tout grâce à sa remise en liberté. Güler Zere est devenue une figure emblématique de la résistance pour le respect du droit à la vie des détenus malades. Elle se mobilise d’ailleurs personnellement pour que ce droit soit respecté pour tous les prisonniers, quels que soient le motif de leur incarcération. Quant au mouvement démocratique composé de partis politiques de gauche, d’organisations syndicales, d’associations de quartier, de revues socialistes et communistes, d’artistes, de journalistes et d’organisations humanitaires, il espère aujourd’hui que la libération de Güler Zere puisse profiter à tous les détenus malades. Chaque vendredi, les manifestants défilent entre la place Taksim et le lycée Galatasaray à Istanbul pour demander la libération de tous les prisonniers politiques malades.

Les prisons turques, une exception ?

Notre Comité des libertés qui est essentiellement composé d’immigrés et d’exilés originaires de Turquie dénonce depuis plusieurs années la répression qui sévit dans les prisons turques. Mais il tient à souligner également que certaines prisons européennes ne sont guère plus enviables. D’ailleurs, nous nous faisons régulièrement l’écho de détenus politiques turcs et kurdes incarcérés en Allemagne, en France, en Belgique ou en Italie et victimes de régimes carcéraux stricts assez similaires à ceux des prisons turques de type F. La particularité des prisons turques réside surtout dans le fait qu’elles sont peuplées de plus de 4.000 prisonniers politiques issus essentiellement du mouvement national kurde dont plusieurs dizaines d’élus locaux (maires, conseillers communaux etc…), d’activistes des droits de l’homme, de centaines d’enfants kurdes ainsi que de dizaines de militants de la gauche radicale turque interpellés dans des manifestations souvent pacifiques. Les prisons turques sont fatalement le miroir de la société turque, une société très politisée et polarisée où la population est confrontée à un Etat policier, intraitable et violent. L’autre particularité des prisons turques est que la violence et la torture y sont plus systématiques que dans les prisons européennes. En vous appelant à vous solidariser avec les prisonniers de Turquie, nous tenons également à vous inviter à ne pas perdre de vue les problèmes graves que rencontrent les détenus croupissant dans les prisons françaises ou belges et qui sont souvent, elles aussi, des zones de non-droit.

Liberté à tous les prisonniers malades !

Liberté à tous les prisonniers politiques de Turquie !

Liberté à tous les enfants détenus en Turquie !

Comité des libertés

comitedeslibertes@gmail.com

Le 13 février 2010

Photo: distribution de tracts devant la Bourse de Bruxelles, samedi 13 février 2010

 

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