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[INDE] Des Villageois du Chhattisgarh: «Ce n’est pas le gouvernement qui nous aide, mais les cadres maoïstes»

02/20/2010

(source : http://southasiarev.wordpress.com/2010/02/19/chhattisgarh-villager-it-is-not-the-government-that-is-helping-us-but-the-maoist-cadres/#more-7658  19/02/2010, traduction Futur Rouge)


Plus que de simples maoïstes attrapés durant l’offensive militaire en Inde

Interview radio du 12 février 2010

Le gouvernement indien a juré de déchaîner une offensive énorme contre les rebelles maoïstes dans les cinq états du centre et de l’est de l’Inde les plus touchés par l’insurrection. Mais des voix de la sociétés civiles avertissent qu’une confrontation armée pourrait davantage blesser les populations marginalisés et plus largement, les populations autochtones dans les états les plus affectés.

Présentateur: Murali Krishman, New Delhi. Intervenants: Linga, Chhattisgarh, résident accusé de liens avec les maoïstes; Himanshu Kumar, activiste social, district du Bastar dans le Chhattisgarh; Ajay Sahni, expert stratégique indien.

(Sons de corbeaux et de machines agricoles dans les champs)

KRISHNAN: Ces trois derniers mois, Linga, un tribal de l’état central du Chhattisgarh, l’épicentre de la violence maoïste dans le pays, a vécu dans la banlieue de la capitale New Delhi, travaillant comme saisonnier agricole. Il a peur de retourner dans son village, craignant que les forces de sécurité ne l’arrêtent une fois encore, l’accusant d’être un sympathisant maoïste et d’aider les rebelles. Il a réussi à obtenir une libération sous caution après de nombreuses difficultés en octobre dernier, et a fui son village pour trouver une cachette temporaire. Il ne sait pas quand il rentrera.

LINGA: Les villageois dans mon district se sentent impuissants. Nous sommes exploités, notre terre est saisie et ce n’est pas le gouvernement qui nous aide, mais les cadres maoïstes. Il n’y a aucune loi en place et bien que le pays soit devenu indépendant il y a 60 ans, nous avons été laissés de côté. Nous devons toujours nous battre et lutter pour notre impôt.

KRISHNAN: Une offensive militaire massive pour éliminer les maoïstes a été déchaînée récemment dans les bastions rebelles du Chhattisgarh, de l’Orissa, du Jharkhand, du Bihar et du Bengal occidental. L’opération impliquerait presque 20000 éléments des forces paramilitaires et de la police d’Etat spécialement formés. Près de 35000 hommes de troupe sont déjà déployés dans ces états pour contrer les rebelles. Ces troupes ont été entraînées par l’armée indienne pour la guerre dans la jungle, pour s’attaquer aux guérilleros maoïstes opérant dans les forêts profondes. Ceci dans une région comptant environ deux millions d’habitants, dont plus de la moitié sont des tribaux.
La ligne entre l’activisme politique tribal et la lutte armée maoïste se brouille de plus en plus, vu que les maoïstes se présentent souvent pour approuver et soutenir les causes tribales. Les cibles de la violence maoïste sont souvent ceux qui exploitent les tribaux ou les harcèlent, tels que les propriétaires terriens, la police et les prêteurs sur gage. Les maoïstes, souvent connus comme naxalites, n’ont cessé de s’alimenter de la pauvreté rurale et des pauvres populations tribales. Les activistes sociaux ont signalé que les états touchés par les maoïstes ce sont dans lesquels les doléances des tribus n’ont pas eu de réponse, ce qui soutien les maoïstes et leur influence grandissante dans le pays. Cependant, les forces de sécurité croient qu’éliminer militairement les maoïstes résoudra le problème. Himanshu Kumar, un activiste social qui travaille avec les tribaux dans le Bastar, un district du Chhattisgarh sent que l’offensive n’est pas pavée de bonnes intentions.

KUMAR: Nous ne pensons pas que cette offensive vise honnêtement à mettre un frein au naxalisme. Elle vise plus à saisir les terres tribales à des fins minières. Je ne pense pas que cet Etat indien s’inquiète beaucoup de la sécurité de ses tribaux. Il est plus intéressé par les intérêts miniers des sociétés pour lesquelles il a envoyé tant de troupes dans ces régions.

KRISHNAN: Il y a le sentiment qu’alors que l’offensive anti-maoïste prend de l’élan, l’aliénation tribale de l’Etat augmentera aussi. Le combat contre les rebelles maoïstes, que le Premier Ministre Manmohan Singh a qualifié de plus grand défi pour la sécurité intérieure du pays, devrait être un combat long et prolongé. L’expert stratégique principal de l’Inde Anjay Sahni sent que l’offensive devrait être mieux pensée.

SAHNI: Je ne pense pas que ce soit une stratégie qui ait un potentiel de succès significatif en terme de conséquences sur les capacités et les qualités des maoïstes. Si vous réduisez ceci à un jeu de massacre, vous devriez être capables de tuer encore quelques maoïstes. Le fait est que vous ne pouvez pas amener votre taux d’usure au-delà du taux de remplacement.

KRISHNAN: Les extrémistes de l’aile gauche continuent à viser les installations vitales telles que les tours de communication, les liaisons ferroviaires et de transport qui a apporté des millions de roupies aux gouvernements de l’Etat. Rien que l’année passée, la violence maoïste a comptabilisé plus de 1100 morts, le compte le plus important de ces dernières années. La décision du gouvernement de réaffirmer l’autorité de l’administration civile dans ces bastions rebelles et de faire diminuer la violence sera attentivement observée.

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