[ANGLETERRE] Fascisme britannique passé et présent
(source : www.socialistunity.com/?p=5293 18/02/2010, traduction Futur Rouge)
Introduction de Futur Rouge : Nous avons diffusé ce texte, même si nous ne sommes pas d’accord avec la conclusion qui est de voter pour les travaillistes..Nous pensons qu’il y a d’autres alternatives que le vote pour contrer les fascistes et les partis d’extrême-droite. D’ailleurs l’expérience de 2002, nous a montré où cela conduisait…Mais d’autres part ce texte semble intéressant car il jette un regard critique sur la situation de l’antifascisme en Angleterre, qui semble être similaire à ce qu’il se passe en France (notamment par rapport au rapport de force physique) et qu’il livre une certaine analyse historique qui semble également intéressante…Nous pensons que ce texte pourrait prêter à débat
Les prochaines semaines posent un défi significatif pour les antifascistes et les antiracistes alors que le BNP lance un dangereux défi aux urnes. Bien que sa campagne électorale se déroulera dans toute la Grande-Bretagne, ses efforts se concentreront principalement sur Battelfield Barking, où Nick Griffin à avec un certain espoir de résultat contre Margaret Hodge, et où le BNP pourrait même peut-être obtenir le contrôle du conseil d’arrondissement.Au même moment, les hooligans racistes et anti-musulmans de l’EDL monteront des événements provocateurs le 20 mars à Bolton et le 4 avril à Dudley. En ce qui concerne l’EDL, il y a toujours un malentendu potentiellement catastrophique de la part de certains à propos de la nature sociale et psychologique de leur base de hooligans, tellement que cette semaine, le «Socialist Worker » a écrit le besoin de «chasser la English Defense League (EDL – Ligue Anglaise de Défense) raciste hors des rues».
L’extrême-gauche britannique n’est pas en position pour mener ce type de confrontation physique à laquelle le «Socialist Worker » fait ici allusion de manière irresponsable. Il est possible que les célébrations multiculturelles populaires de masse puissent jouer un rôle pour ébranler l’EDL, mais refuser les rues à l’EDL est une tâche pour laquelle seule la police est équipée. Le fait que quelques 25 supporters de l’EDL aient choisi de manifester de manière culottée à la conférence de l’UAF [UNITE AGAINST FASCISM] le week-end dernier illustre le danger de politiser les hooligans, en voyant la confrontation rituelle avec la gauche comme faisant partie du répertoire de leurs rituels de violence et de territorialité.
Le BNP pose un différent ensemble des défis. Nous avons besoin de comprendre la nature sociale du BNP, qui bien qu’il ait une structure fasciste, est essentiellement d’un électoralisme populiste raciste plutôt qu’une organisation ouvertement fasciste. Bien sûr, ce noyau dur fasciste est loin d’être hors sujet, mais la trajectoire électorale du BNP le mène loin de l’activité fasciste traditionnelle ici et maintenant .; vers la phase de post-fascisme personnifiée par Gianfranco Fini et l’Allianza Nazionale.
La relation entre l’EDL et le BNP est symbiotique, fondée sur un intérêt et une adhésion se chevauchant, plus que sur le fait qu’ils soient organiquement connectés. Si l’EDL peut provoquer la violence raciale, particulièrement lorsque des jeunes musulmans sont perçus comme luttant contre la police dans la perspective des élections, alors le BNP va en tirer parti; mais le BNP ne cherche pas à se présenter lui-même comme une force paramilitaire.
J’ai été frappé par un article récent sur le blog de Richard Seymour, dans lequel il dit: «L’ampleur du défi électoral du BNP combiné aux mobilisations dans les rues de l’EDL équivaut à la plus grande menace fasciste que le Royaume-Uni n’ait jamais vu».
Maintenant, je comprends pourquoi, dans les limites de la politique de Richard, il néglige la menace raciste un peu plus sérieuse à laquelle la Grande-Bretagne a été confrontée durant l’été 1940.
Mais il y a toujours un aspect hautement problématique dans l’hyperbole de Richard, parce que si Nick Griffin et l’ensemble d’inadaptés et de perdants composant le BNP sont plus une menace qu’Oswald Mosley et la British Union of Fascists (BUF – Union Britannique des Fascistes) ne l’étaient dans les années 30, alors nous aurions à traiter la perspective d’un futur gouvernement BNP très sérieusement, et par déduction, la menace du BNP lors de la prochaine élection générale est d’une urgence plus pressante que d’arrêter les Torries (Conservateurs).
Il y a certainement beaucoup à apprendre sur la manière avec laquelle la menace de Mosley a été contenue, et cette expérience historique ne devait pas être diminuée par rapport à Nick Griffin. Ne vous méprenez pas, la BUF était une menace sérieuse. Sir Oswald Mosley était peut-être le dirigeant fasciste au talent le plus impressionnant en Europe. Un praticien, et un politicien intellectuel qui a été ministre dans un cabinet du Labour (Travaillistes), et associé à la gauche. En fait, le marxiste travailliste John Strachey a brièvement succédé à Mosley dans le New Party (Nouveau Parti) en 1931. C’est Mosley qui a introduit les idées de John Meynard Keynes au sein du Labour Party (Parti Travailliste) en collaboration avec les dirigeants syndicaux Ernest Bevin et AJ Cook; et tout en n’étant pas reconnu pour des raisons évidentes, Mosley avait une influence clé dans le développement de l’idée que le Parti Travailliste devrait approfondir une politique économique distincte fondée sur un gouvernement d’état interventionniste, alors que dans les années 20, le Parti a eu tendance à suivre l’orthodoxie libérale à court terme tout en préconisant un socialisme abstrait pour le futur. Le charisme de Mosley en tant qu’ailier de gauche est illustré par le fait que 7 des 20 filles de la classe de ma maman à l’école primaire de Scunthorpe portaient le nom de sa première femme, Cynthia.
Ce n’est pas le lieu pour spéculer sur les motivations individuelles pour l’évolution rapide de Mosley vers un fascisme évident, avec la formation de la BUF en 1932, ni son antisémitisme de plus en plus véhément; mais nous avons besoin de comprendre le contexte. Le fascisme était triomphant en Italie et sur le point de prendre le pouvoir en Allemagne lorsque la BUF a été formée: et en quelques petites années, le fascisme s’set répandu à travers l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne et le Portugal. La Grande-Bretagne était déchirée par la dépression et la lutte de classe, et il y avait un terrible sentiment de trahison parce que le Parti Travailliste Parlementaire s’était séparé des syndicats et que la plupart de ses membres avaient rejoint le gouvernement national en coalition avec les Torries.
Initialement, le BUP de Mosley était soutenu par les journaux de Lord Rothermer, le Daily Mail, le Sunday Dispatch et plusieurs titres locaux et régionaux. Le gouvernement italien a subsidié Mosley à hauteur de 224230 livres, équivalent à 7 millions de livres actuelles. Le fascisme était aussi socialement et intellectuellement respectable: l’auteur du livre best-seller pour enfant ‘Tarka the Otter’, a dédié ses plutôt bonnes séries de romans pour adultes, les Dandelion Years, à Adolf Hitler; le principal peintre et polémiste britannique d’avant-garde Wyndham Lewis, a écrit un petit livre faisant l’éloge d’Hitler et prônant le fascisme, et la clique littéraire entourant Ezra Pound et TS Eliot admirait Mussolini. L’anti-sémitisme était dominant: effectivement, l’introduction d’Ezra Pound au ‘Paradise Lost’ de Milton (y compris même dans mon édition Penguin des années 70) a fustigé Milton pour ses ‘influences hébraïques’.
Mosley a utilisé ses brillantes compétences d’orateur public et son charisme politique a l’effet ravageur : avec des rassemblements provocateurs et des marches en uniformes à travers les zones juives et immigrées; sa ferme compréhension de la loi a signifié qu’il a navigué près du vent dans le but de provoquer une violente réponse de la part des juifs et de la gauche, sans lui-même marcher en dehors de la légalité; et puis ensuite ses chemises noires allaient tout saccager; imposant leur loi dans les rues par la force physique; tandis qu’après la BUF tissait un récit de légitime défense.
L’opposition déterminée reçue par les chemises noires et la violence était une épée à double tranchant, cela a enlevé toute respectabilité à la BUF, mais les fascistes se sont montrés dans une image de révolutionnaires endurcis, et la perspective de la violence en a attiré beaucoup vers eux, autant qu’elle en a repoussé d’autres.
Le Communist Party (Parti Communiste) a obtenu une grande victoire par l’interruption héroïque du rassemblement d’Olympia en 1934, où la secousse sauvage des chemise noire a causé une indignation nationale (j’ai eu un professeur à l’école qui avait perdu un oeil à Olympia après avoir reçu des coups répétés à la tête), et le Daily Mail a retiré son soutien à la BUF. Mais Olympia n’a pas empêché la BUF de continuer à grandir et a accru sa réputation de sérieux.
La tradition de la force physique de l’opposition au fascisme doit être prise en compte prudemment, parce que la riche expérience historique montre que parfois elle est efficace, parfois contre-productive, mais qu’elle n’est jamais suffisante. Par exemple, il y a un risque considérable à mythifier les succès passés et à faire des conclusions inappropriées pour le présent.
Le dimanche 4 octobre 1936, la Battle of Cable Street (Bataille de Cable Street) a été une stimulation morale importante et une victoire pour la gauche et la communauté juive, mais n’a pas été nécessairement une défaite décisive pour la BUF. Effectivement, durant les deux semaines suivantes à Cable Street, la BUF a tenu de nombreux très grands meetings incontestés à Stepney, Shoreditch, Bethnal Green et Limehouse, et le 14 octobre, juste dix jours après la Bataille de Battle Street, Mosley s’est adressé à une foule de 12000 fascistes à Bethnal Green et les a ensuite mené dans une marche vers Limehouse. En fait, le dimanche 11 octobre, un gang de 200 brutes de la BUF ont saccagés Mile End Road, brisant les fenêtres des magasins tenus par les juifs, et jetant un coiffeur et une fillette de 4 ans à travers une fenêtre en verre.
Durant la Bataille de Cable Street, Mosley et les chemises noires se sont plutôt détournés au lieu de se battre pour la rue par la force physique, à d’autres occasions, ils ont combattu et la retraite du 4 octobre peut s’expliquer par le fait que Mosley avait des plans personnels importants qui signifiaient qu’il ne pouvait pas se permettre de se faire arrêter ce jour là. Le lundi 5 octobre 1936, Mosley s’est envolé vers Berlin où il s’est marié avec Diana Mitford, en présence de Joseph Goebbles, de sa femme Magda et d’Adolf Hitler.
La conséquence négative la plus évidente pour Mosley a été que Mussolini a établi la conclusion que le dirigeant fasciste britannique était un dilletant, et qu’un soutien financier continu serait subordonné aux bons résultats des élections du London County Council (Conseil du Comté de Londres) en 1937, dans lequel la BUF, en fait, a fait de maigres résultats, donc elle a perdu sa subvention venant de Rome, la Public Order Act (Loi d’Ordre Public), entrée en vigueur le 1 janvier 1937 a également interdit les uniformes politiques, qui constituaient un puissant souffle psychologique au mouvement de Mosley.
L’antisémitisme a continué d’être une force très forte de l’East End. L’organisation bénévole de scrutin, la Mass Observation, a annoncé en 1939 que 20% des résidents de Stepney étaient d’accord avec les stéréotypes anti-juifs, accusant les juifs de leurs difficultés économiques. Durant la fin des années 30, la violence antisémite était une caractéristique quotidienne de la vie de l’East End; et aux élections de 1937, la BUF a obtenu 16,3% à Stepney avec 4172 voix.
L’héritage important de Cable Street n’a pas été que les fascistes ont été battus physiquement dans les rues, mais que cela a forgé dans le feu l’alliance entre l’extrême gauche et la communauté juive, et a renforcé la confiance des antifascistes qu’ils pouvaient battre la BUF.
Oubliez la sociologie de morue désignant le fascisme comme un mouvement «petit-bourgeois » des classes moyennes. A Stepney en 1937 et à Barkink en 2010, les électeurs de la BUF et ceux du BNP étaient et sont les sections les plus désavantagées de la classe ouvrière et ils ont été attirés par un vote pour l’extrême droite sur les base de l’antisémitisme d’alors, sur le racisme anti-immigrés et l’islamophobie aujourd’hui. C’est un mouvement social fondé sur le racisme, le chauvinisme national distinctif et le sentiment de droit né de l’héritage impérial britannique.
Le fascisme a été battu en Grande-Bretagne par un certain nombre de processus distincts et complémentaires. Premièrement, le Popular Front (Front Populaire) antifasciste fructueux construit autour de la défense de la démocratie en Espagne, accentuant la défense traditionnelle de la démocratie dans la culture britannique, qui a convaincu non seulement le mouvement travailliste mais qui a modifié le climat intellectuel, de telle manière que, par exemple, d’éminents hitlériens comme Wyndham Lewis ont reniés leurs avis, même avant, semble-t-il, la guerre avec l’Allemagne. Des alliances considérables ont été conclues par les antifascistes avec le clergé catholique, par exemple à Stepney, où les prêtres locaux étaient vitaux pour empêcher l’antisémitisme autochtone de fusionner avec la sympathie pro-fasciste pour le Générale Franco.
Deuxièmement, en particulier le Parti Communiste contribuait à surmonter les divisions inter-communautaires en formant la Stepney Tenants Defense League (Ligue de Défense des Locataires de Stepney), qui a mené une action militante pour défendre les intérêts économiques des travailleurs, coupant à travers les clivages religieux et sociaux. La STDF a réussi parce qu’elle était profondément ancrée dans les communautés locales, et ne s’est pas occupée de banalités et de généralités, mais a mené une campagne à propos des questions pratiques quotidiennes durant une période prolongée.
Il y a d’importantes leçons pour aujourd’hui. Le défi physique de la BUF et de NF dans les années 70 a contribué à empêcher les fascistes d’atteindre une respectabilité générale. Dans les circonstances politiques différentes de 2010, la Ligue Anglaise de Défense (EDL) n’a aucune respectabilité à perdre et le BNP est suffisamment indépendant d’eux pour ne pas être endommagé politiquement par la violence. Nous devons également comprendre que dans certaines circonstances, la confrontation physique peut rendre l’extrême-droite PLUS attractive aux jeunes hommes dangereux qui aiment la violence, et qu’elle peut politiser leurs préjugés inhérents plus avant.
L’autre chose à apprendre est que, puisque la cause sous-jacente au vote des gens pour le fascisme en Grande-Bretagne est le racisme profondément enraciné de la population socialement marginalisée, alors penser qu’exposer le BNP comme des nazis est fatal à leur valeur électorale surestime plutôt la conscience politique de ses électeurs, et trahi la foi erronée dans la mesure où la conscience antifasciste forgée durant la Deuxième Guerre Mondiale est toujours vivante. Bien sûr, mettre en avant les connections nazies de la direction du BNP joue un rôle utile, mais étiqueter le BNP de fasciste ou de nazi est de plus en plus inefficace.
Le BNP reste une force politique marginale, et si un consensus général contre eux peut être mobilisé avec succès durant le scrutin, alors cela pourra leur empêcher une nouvelle percée. Cependant, la leçon à long terme de Stepney dans les années 30 est que la base sociale du fascisme s’est ébranlée là-bas à cause des campagnes communautaires enracinées localement s’occupant des problèmes au jour le jour, ce qui a engendré du ressentiment.
C’est là que l’extrême-gauche a principalement échoué, et même totalement. Il n’y a aucune chance pour de telles campagnes, fondées autour des désavantages sociaux provenant de la gauche extérieure à Dagenham ou à Barking: les seules forces sociales qui existent là sont les syndicats et les factions belligérantes du Parti Travailliste local. Nous ne devons pas confondre notre désir avec la réalité: l’extrême-gauche est incapable de développer dans les mois à venir le type de campagne de masse profondément enracinées dans les domaines de Barking dont nous avons besoin, contre la pauvreté, à propos des questions du logement et pour la défense des services communautaires. Dans la mesure limitée où de telles campagnes sont prises en charge par une direction progressiste, cela vient du Parti Travailliste, spécialement de John Cruddas, MP de Dagenham.
C’est pourquoi la menace du BNP se dresse apparemment largement. Pas parce que le BNP est intrinsèquement important, ou susceptible de faire une percée, mais parce que leur racisme est une réponse facile pour combler un vide politique que la gauche a largement échoué à seulement reconnaître, excepté au niveau de la généralité.
Durant les prochaines semaines, nous avons un travail difficile faire voter les antifascistes contre le BNP, et pour ne pas faire d’erreur, en particulier à Barking et à Dagenham, ce qui signifie plaider clairement et sans ambiguïté pour un vote travailliste. La lutte à plus long terme pour ébranler le BNP demande une évaluation dure et honnête pour savoir où va la gauche dorénavant.
Mais il y a toujours un aspect hautement problématique dans l’hyperbole de Richard, parce que si Nick Griffin et l’ensemble d’inadaptés et de perdants composant le BNP sont plus une menace qu’Oswald Mosley et la British Union of Fascists (BUF – Union Britannique des Fascistes) ne l’étaient dans les années 30, alors nous aurions à traiter la perspective d’un futur gouvernement BNP très sérieusement, et par déduction, la menace du BNP lors de la prochaine élection générale est d’une urgence plus pressante que d’arrêter les Torries (Conservateurs).


