Rapport d’enquête de Dave Pugh sur le mouvement anti-déplacement dans le centre et l’est de l’Inde
03/15/2010
(source : http://www.icawpi.org/fr/peoples-resistance/news/356-dave-pughs-fact-finding-report-on-the-anti-displacement-movement-in-central-and-eastern-india Traduction Futur Rouge)
En juillet et août 2008, j’ai passé trois semaine à rassembler des informations à propos du mouvement anti-déplacement en Inde. En tant qu’invité du Visthapan Vlrodhi Jan Vikas Andolan (Mouvement Populaire contre le Déplacement et pour le Développement), j’ai voyagé à travers cinq états dans le centre et l’est de l’Inde, pour visiter les sites proposés pour des projets industriels et miniers, des Special Economic Zones (SEZ – Régions Economiques Spéciales) et des développements immobiliers. J’ai parlé avec des centaines de villageois qui sont menacés de déplacements et avec beaucoup de militants dévoués qui aident à organiser la résistance populaire.
Les villageois auxquels j’ai parlé, tribaux, Dalits (intouchables) et membres ‘d’autres castes arriérées’ m’ont dit que les vies de leurs familles sont en jeu. Les entreprises industrielles et minières rapaces, soutenues par l’Etat et les gouvernements centraux, essayent de saisir les terres agricoles fertiles. Lorsque la corruption ne fonctionne pas, les industriels et les officiels gouvernementaux y envoient la police et des casseurs embauchés pour terroriser les villageois jusqu’à la soumission. En retour pour leur terre, les agriculteurs se voient offrir une compensation financière dérisoire qui sera partie en un an ou deux (les villageois sans terre ne recevront rien); des promesses illusoires d’emplois dans les nouvelles industries; et pour quelques uns, des ‘colonies de réinstallation’ où ils n’ont pas assez de terre à cultiver pour subvenir aux besoins de leurs familles. Le résultat de ces déplacements sous la menace, comme les déplacements de ces cinquante dernières années, est la création de millions de nouveaux agriculteurs sans terres, qui finiront par aller gonfler les rangs des habitants des quartiers pauvres des villes.
La réponse irrépressible des villageois auxquels j’ai parlé est qu’ils ne laisseront pas tomber leurs terres ancestrales à n’importe quelles conditions. Comme beaucoup l’ont dit: «Nous sacrifierons nos vies, mais nous ne laisserons pas tomber notre terre».
Maharastra
Ma première destination était une grève de la faim dans le centre-ville de Mumbai, qui visait la compagnie Reliance et le gouvernement d’état du Maharastra. Reliance a créé une grande SEZ de 35000 acres, où elle a planifié de construire un ‘Nouveau Mumbai’ pour les classes moyennes et supérieures sur les rizières. Cette SEZ déplacera 45 villages et 25000 personnes et est un foyer du mouvement anti-déplacement dans le Maharastra.
Fondées sur une loi votée par le gouvernement central en 2005, les SEZ sont d’ordinaire de grands projets industriels, impliquant souvent un investissement étranger. Cependant, Reliance n’a donné aucun signe de son intérêt au développement industriel. Au lieu de ça, Reliance essaye de tirer avantage des nombreuses opportunités des SEZ pour faire du profit. Elles offrent de costaudes exemptions de taxes pour dix ans, aucun tarif ni droit de douane, et des exonérations de la plupart des législations du travail. Depuis que les SEZ sont traitées comme des ‘entreprises de service public’, les grèves sont illégales. Les SEZ sont avant tout des enclaves étrangères sur le sol indien. Plus de 500 SEZ ont été ratifiées par les autorités du Centre et de l’Etat. La plupart d’entre elles sont en construction ou dans le processus d’acquisition des terres.
Chhattisgarh
Mon étape suivante était le Chhattisgarh, où les entreprises multinationales s’installent pour exploiter les riches ressources naturelles de l’état et le travail bon marché. Dans la capitale, Raipur, j’ai rencontré deux groupes de femmes, qui ont partagé leurs histoires de protection de leurs villages de l’empiètement industriel.
Un groupe de femmes vit dans un quartier pauvre de 3000 personnes situé au milieu d’une des régions industrielles de Raipur. Les habitants de ces taudis sont des villageois déplacés par les usines environnantes. Leur zone, appelée Mazdoornagar (Ville des Ouvriers) est située tout près de l’usine de produits du bois Woodsworth, qui veut reprendre leur terre. Les résidents ont répondu en exigeant la reconnaissance officielle de Mazdoornagar avec le droit d’avoir des services municipaux tels que des écoles, l’eau et des magasins de ration alimentaire. En attendant, ils ont puisé dans les conduites d’eau de Woodsworth pour l’eau potable, et dans ses transformateurs pour l’électricité. Ces femmes sont actives dans le Women’s Liberation Front (Front de Libération des Femmes), dont le slogan est «Nous ne sommes pas des fleurs. Nous sommes des étincelles».
Un autre groupe de femmes que j’ai interviewé a construit une organisation distincte pour les femmes qui a un comité qui dirige l’école, un comité pour les manifestations, un comité de collecte de fonds pour les besoins des villages tels que creuser des puits, et mène campagne contre les magasins de spiritueux et l’habitude de leurs maris à gaspiller leurs rares finances dans l’alcool. Quand je leur ai demandé ce qu’elles souhaiteraient pour le futur, une des femmes m’a dit «Nous voulons un beau monde pour nos enfants. Nous allons forger une nouvelle identité. Les ouvriers et les paysans dirigeront».
J’ai également interviewé deux femmes militantes qui travaillent avec les femmes dans les régions tribales éloignées du nord du Chhattisgarh pour arrêter les grandes compagnies minières. Une de ces femmes, Sister Bulu, m’a expliqué que «les activistes sociaux essayent d’organiser la population sous le regard répressif du gouvernement». Une victime importante de la répression d’état est Dr Binayak Sen, un défenseur des libertés civiles et médecin, qui s’est opposé au déplacement forcé de 300000 villageois tribaux dans le sud du Chhattisgarh par la Salwa Judum (‘Purification Hunt’ – Chasse de Purification) et a été emprisonné durant plus d’un an.
Lorsque j’ai demandé à Sister Bulu quel message elle voulait que je fasse passer aux personnes intéressées aux Etats-Unis, elle a dit «Les gens dans le monde entier devraient s’unir. Tous les intellectuels, les penseurs et tous ceux qui sont soucieux des gens devraient donner la main à ceux qui sont opprimés et marginalisés pour sauver l’humanité».
Avant que je ne m’en aille vers la région de Bastar dans le sud du Chhattisgarh, mon guide m’a donné des détails sur la Salwa Judum. Elle n’est pas un simple déplacement pour faire de la place pour l’industrie et les entreprises minières (bien que cela aura au final ce résultat là aussi), mais une opération de contre-insurrection visant les forces maoïstes opérant dans cette région.
Elle a expliqué qu’après l’indépendance en 1947, les conditions des tribaux dans la zone sont restées inchangées. Ils ont été confrontés à l’exploitation extrême des représentants des services forestiers et de la police. Au début des années 80, les cadres maoïstes de l’Andhra Pradesh sont entrés dans la région pour vivre et s’organiser parmi la population tribale de langue Gondi. Pendant plus de 25 ans, ils ont aménagé un groupe d’environ 50000 tribaux dans leurs sanghams, les organisations de masse du Communist Parti of India – Maoist (Parti Communiste d’Inde – Maoïste), qui s’est formé en 2004 par la fusion des deux plus grands groupes maoïstes en Inde. Les maoïstes ont mis en place un gouvernement parallèle dans des parties de deux districts du sud du Chhattisgarh. Ils ont mis dehors les représentants des services forestiers et de la police, tout en autorisant les professeurs, les travailleurs de la santé et les magasins de ration alimentaire du gouvernement.
Mon guide a expliqué que les origines exactes de la Salwa Judum, ou ‘Purification Hunt’ (Chasse de Purification) sont quelque peu troubles, mais qu’en juin 2005, une section de l’élite adivasi, menée par le dirigeant du Congress Party (Parti du Congrès) Mahendra Karma, a commencé à s’organiser pour éliminer l’influence maoïste dans plusieurs villages. Le gouvernement d’état a immédiatement jeté ses forces dans cet essai pour opposer les tribaux les uns aux autres, armant la jeunesse tribale comme des Agents de Police Spéciale pour mener des raids sur les villages qui avaient été identifiés comme étant touché par les maoïstes. Durant ces raids, on ordonnait aux villageois de quitter leurs maisons, qui étaient brûlées, et de faire de longues marches forcées jusqu’au 23 camps de ‘réinstallations’.
Ceux qui refusaient de partir étaient traités sévèrement. 538 assassinats et 99 viols dans trois districts sont mentionnés dans une requête concernant la Salwa Judum à la Cour Suprême d’Inde. Cette campagne de la terre brûlée s’est finalement étendue à 644 villages ‘touchés par les maoïstes’ dans la région du Bastar Sud, les vidant d’environ 300000 tribaux. Au cour de la ‘Chasse de Purification’, les brigades de la guérilla maoïste ont riposté, tuant les dirigeants de la Salwa Judum, les forces paramilitaires, les informateurs et les SPI pauvrement entraînés. Les maoïstes ont également attaqué une usine Essar Steel dans le district du Dantewada ans le but de souligner leur opposition au déplacement industriel dans la région.
Les défenseurs des droits civils et d’autres qui élèvent la voix disent que les populations tribales doivent être autorisées à retourner dans leurs villages sans entraves, que les camps doivent être fermés et que la police, les paramilitaires et les SPO de la Salwa Judum doivent être dissouts.
J’ai fait un long voyage en bus vers le district du Dantewada pour rencontrer Himanshu Kumar, un militant pour les droits humains et dirigeant de la Varvasi Chetna Ashram pour en apprendre plus sur la Salwa Judum. Il a joué un rôle de premier plan dans la révélation des conditions dans les 23 camps de la Salwa Judum. Il a pris quelques minutes pour décrire les conditions dans ces sortes de prison, où vivent presque 50000 personnes dans des quartiers surpeuplés sans travail, avec trop peu d’eau et des problèmes médicaux endémiques. Il y a une violence continuelle dans les camps; récemment, trois villageois ont été tués par les forces militaires. Beaucoup se sont échappés de ces camps et ont fui.
Selon Kumar, depuis le retour des villageois dans les forêts pour reconstruire leurs maisons, la police et les SPO ont continué à descendre dans les villages, les brûlant deux fois, trois fois et encore plus. On a refusé l’autorisation à Médecins Sans Frontières pour aller dans ces villages pour soigner les gens du paludisme et d’autres maladies.
Dans cette situation, le groupe de Kumar a lancé une initiative pour rétablir publiquement le village de Nendra du district du Dantewada dans le sud. Durant trois semaines, 20 volontaires ont vécu à Nendra, s’engageant à servir de ‘boucliers humains’ si la police revenait pour forcer les villageois à partir une fois encore. Avec les villageois qui vivaient dans la forêt voisine, les volontaire de l’Ashram ont commencé à planter la première culture de riz de Nendra depuis trois ans. Rendez-vous sur www.cgnet.in/FT/humanshield pour les mises à jour sur l’initiative de réinstallation à Nendra.
J’avais espéré que Kumar pourrait m’emmener dans un des camps à proximité, mais il l’a déconseillé. Il a dit que le Directeur de Police du District n’était pas dans son bureau et Kumar pensait qu’il serait nécessaire d’obtenir son autorisation pour visiter un camp.
Jharkhand
Dans l’état du Jharkhand, j’ai visité cinq villages avec une équipe du People’s Mouvment against Displacement et for Development (Mouvement Populaire contre le Déplacement et pour le Développement). Dans la Kama Pura Valley (dans l’état du Jharkhand), la National Thermal Power Corporation (NTPC – Société Nationale de l’Energie Thermique), une filiale du Ministère de l’Energie, a mis dans la ligne de mire le développement d’énormes mines de charbon à ciel ouvert qui déplacerait au final 186 villages et 250000 personnes des 300000 qui vivent actuellement dans la vallée.
Nous nous sommes arrêtés dans le village de Kerigahra, où cent ménages font pousser du riz, du blé, des légumes, du sucre de canne et du maïs. La terre est fertile, supportant jusqu’à quatre récoltes par an. J’ai rencontré un groupe de trente villageois. Ils ont formé un ‘Save Motherland Committee’ (Comité de Sauvegarde de la Patrie) qui a organisé des blocus de route et des processions de peuple à peuple, de villages à villages dans le but d’amener les villages avoisinants dans la lutte. Ils ont organisé un rassemblement de plus de 10000 personnes en novembre 2006.
Ils sont particulièrement fiers de l’action militante qu’ils ont emmenée en octobre 2006. Après que la NTPC ait construit un bureau dans leur village pour commencer le processus d’acquisition des terres, 3000 villageois se sont rassemblés et ont démoli le bureau, brique par brique, avec leurs mains et leurs pieds. Après cette action, la police a déposé des arguments contre 550 villageois. Les villageois ont dit «la police travaille en tant que main droite du NTPC».
Après que j’ai interrogé les villageois à propos de leur mouvement, ils m’ont demandé «les compagnies américaines déplacent-elles les gens?» «Quels types d’exploitations minières avez-vous?» «Quels effets ont des compagnies telles que Walmart sur les petits commerçants?» et «Y a-t-il du chômage aux USA?»
Je suis parti très impressionné par les villageois du Jharkhand que j’ai rencontré. Grâce à leur résistance et à la puissance du mouvement anti-déplacement, aucun nouveaux projets industriels n’ont été construits dans le Jharkhand ces cinq dernières années.
Bengale occidental
Dans le Bengale occidental, le gouvernement dirigé par le CPI(Marxiste) a prévu de saisir 200000 acres pour des SEZ, ce qui déracinera un total de 2,5 millions de personnes. Le premier grand test de cette politique a eu lieu à Singur en 2006, où le gouvernement a cherché à acquérir 997 acres de terre fertile multi-culture pour une usine de voitures pour Tatas, le plus grand conglomérat capitaliste en Inde. Ce projet menace de déplacer plus de 50000 personnes.
Les agriculteurs et les villageois opposés à l’acquisition de terres se sont organisés dans le Singur Krishi Jami Rakhsha Samiti (Comité pour la Protection des Terres Agricoles). Au début de juin 2006, plus de 2000 villageois ont tenu une manifestation au bureau gouvernemental avec des boeufs et des outils agricoles. Durant la nuit du 25 septembre, alors que la population locale entourait le bureau gouvernemental en charge de la saisie des terres, ils ont été attaqué par la police et les cadres du CPI(Marxiste). Des douzaines d’entre eux ont été blessés, y compris beaucoup de femmes, et un jeune a été battu à mort. Cette écrasante démonstration de force a rendu possible à Tatas de commencer la construction de l’usine pour la voiture ‘Nano’, désignée pour être la moins chère du monde, à 100000 roupies ou environ 2500 dollars.
Dès 2008, il est devenu clair que Tata avait saisi beaucoup plus de terre que ce dont elle avait besoin pour l’usine automobile. Le SKJRS a émis l’exigence que Tata rende la moitié des 997 acres aux cultivateurs.
Le 9 août, j’ai voyagé au nord de Kolkata à Singur pour rejoindre une procession (une longue marche sinueuse) d’environ 1500 personnes à travers quatre villages attenants à l’usine Tata. Depuis ma visite à Singur, le mouvement anti-déplacement a fait un nouveau bond en avant. Durant la première semaine de septembre 2008, des dizaines de milliers de manifestants ont entouré l’usine, bloquant les routes et empêchant les ouvriers de Tata d’atteindre l’usine, fermant efficacement les stades finaux de la construction de l’usine. Selon le New York Times du 3 septembre, Tata a annoncé qu’elle planifiait toujours de commencer la production en octobre, mais était obligée de réduire l’échelle de production de 40000 à 10000 voitures par mois. Depuis lors, Tata a menacé de fermer entièrement l’usine, et de ne pas rendre les terre.
Durant mon séjour au Bengal occidental, j’avais espéré visiter Nandigram, où des dizaines de milliers d’agriculteurs et de villageois se sont soulevés pour défendre leur terre en 2007. La population de Nandigram a stoppé les plans du gouvernement du Bengal occidental dirigé par le Parti Communiste d’Inde (Marxiste) pour construire un complexe chimique géant sur leur terre. Même après deux assauts armés à grande échelle de la police et des cadres du CPI(Marxiste) qui ont tué 25 personnes, la population de Nandigram a continué de rester sur ses positions.
Pendant que j’étais à Kolkata durant la première semaine d’août, il y avait un combat intense dans la région de Nandigram. Les cadres du CPI(Marxiste) saccageaient tout, tabassant les militants anti-déplacement, volant leurs biens et les forçant à quitter leurs maisons. Cela a rendu impossible une visite dans la région.
Orissa
Ma destination finale était l’Orissa, un autre état riche en ressources avec une large population tribale. J’ai visité des villages où Tata Steel et la compagnie sud-coréenne de l’acier Posco essayent de saisir les terres pour construire de grandes aciéries.
En juin 2005, le gouvernement de l’Orissa et Posco ont signé un Memorandum of Understanding (Note d’Accord) afin que Posco construise une aciérie de douze millions de tonnes à Jagatsinghpur. Ce projet inclura un port captif à proximité et 600 millions de tonnes de minerai de fer venant de mines éloignées de plusieurs centaines de kilomètres. Sept villages et 22000 personnes seront déplacées de 4000 acres de terre. En plus des agriculteurs qui seront déplacés, des milliers de pêcheurs et de villageois de la région du port prendront leur gagne-pain.
Durant trois ans, Posco a essayé, sans succès, d’acquérir la terre des agriculteurs. Les agriculteurs organisés par le Posco Resistance Struggle Committee (Comité de Lutte et de Résistance Posco) ont empêché la compagnie d’établir des bureaux dans les villages et ont installé des ‘portes de contrôle’ aux entrées des villages pour vérifier l’identification des étranger et pour empêcher Posco de commencer à sonder et à délimiter la terre. Bloqué dans ses efforts pour l’acquisition des terres, Posco a loué des casseurs à l’extérieur pour déstabiliser la situation et fournir un prétexte pour amener la police et les paramilitaires.
Dans la région de Kalinganar, le 2 janvier 2006, la police d’Orissa a tué 15 tribaux qui manifestaient contre la construction de l’usine Tata Steel. Après le 2 janvier, le Anti-Deplacment Mouvement (ADC – Mouvement Anti-Déplacement) s’est renforcé dans la région de Kalinganar. Le secrétaire de l’ADC Rabindra Jarika m’a dit que durant les 14 mois suivants, ils ont constamment stoppé le traffic sur l’Autoroute Nationale 215. «Les gens venaient de différentes régions d’Orissa et d’autres états, y compris Posco, Nandigram et Kashipur pour nous soutenir. Seul 5 à 10% des agriculteurs locaux ont vendu leur terre à Tata».
A cause de ce mouvement, le travail e construction de Tata Steel’s s’est arrêté. C’est un coup majeur aux tentatives du gouvernement de l’état d’Orissa de faire de la région de Kalinganagar ‘le deuxième plus importante ville de l’acier du monde’.
Durant la nuit du 12 août, comme nous revenions de Kalinganagar, la voiture qui nous transportait a dû se garer à la demande de la police locale pour une raison liée à la circulation. Mon interprète Protima Das, mon guide Pradeep, notre chauffeur et moi avons été emmenés au commissariat pour interrogatoire. Dans les 8 heures qui ont suivi, nous avons tous été interrogés, d’abord par la police locale, et puis par un haut fonctionnaire de la police d’état d’Orissa. Celui-ci était particulièrement hostile, m’accusant d’être un ‘agitateur anti-gouvernemental’. Quand j’ai mis l’accent sur le fait que j’étais un professeur faisant des recherches sur la question du déplacement forcé en Inde, il a insisté que seuls les ‘communistes’ pouvaient être intéressés par le fait de parler aux villageois.
Peu avant que je ne quitte l’Inde, j’ai entendu que Pratima et Pradeep avaient été arrêtés et accusés de graves crimes politiques qui pourraient les laisser derrière les barreaux pour de nombreuses années. Ceci est une atrocité à propos de laquelle il faut vigoureusement protester. Pratima et Pradeep ne sont coupables que d’être des militants anti-déplacement et d’avoir fait découvrir à un ami étranger les réalités des villages indiens et l’impact dévastateur que le ‘développement’ capitaliste aura sur des millions de personnes en Inde dans les années à venir.
J’ai terminé ce voyage impressionné par plusieurs choses. Premièrement, je n’avais aucune idée de combien les SEZ et les autres projets industriels et miniers étaient vastes en Inde. Dans la prochaine décennie, ce n’est pas une exagération de dire que des dizaines de millions de personnes seront menacées de déplacement. Celui-ci a pris une place centrale dans la politique indienne, et commence à faire l’actualité internationale, comme le démontre la couverture récente de la lutte à Singur contre l’usine automobile Tata. Deuxièmement, je ne savais pas combien était répandue la résistance populaire indienne contre le déplacement, et comment elle a grandi de manière exponentielle ces quelques dernières années. Partout où je suis allé, j’ai rencontré la détermination des villageois à tenir leur terre, même si cela doit leur coûter la vie. J’ai vu que les femmes indiennes, enracinées sur leur terre, sont au premier plan de beaucoup de luttes anti-déplacement. Dans de nombreuses conversations, j’ai été frappé par le haut niveau de conscience politique des villageois et des militants anti-déplacement, et par leurs efforts à se prêter assistance de leurs luttes respectives.
Troisièmement, j’ai appris combien l’Etat indien prenait le mouvement anti-déplacement au sérieux et bouge pour le faire dérailler avec des mensonges affirmant qu’il est opposé à toute forme de développement et pour le détruire par l’utilisation de la force armée.
Je suis également reparti convaincu que la solidarité internationale avec le mouvement anti-déplacement indien est essentielle. Le monde a besoin de connaître ce puissant mouvement directement de ceux qui sont affectés par le déplacement. Cela nécessite des efforts tels que l’International Campaign against Forced Displacement (Campagne Internationale contre le Déplacement Forcé) lancée par l’International League of People’s Struggle (ILPS – Ligue Internationale de Lutte Populaire). Afin d’amener cette campagne à la vitesse supérieure, il y a un besoin pressant d’une Mission d’Enquête en Inde plus grande et plus importante. J’espère que ce rapport encouragera la formation d’une telle mission dans les mois à venir, et contribuera au succès de la campagne.
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