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‘Guerre de Terreur’ du Bengale occidental – La police tire à vue sur des civils

03/21/2010

(source : http://southasiarev.wordpress.com/2010/03/19/west-bengals-war-on-terror-police-shoot-civilians-on-sight/ , Traduction Futur Rouge)


‘Guerre de Terreur’ du Bengal occidental

Selon les deux femmes habillées avec les habits blancs du deuil, Lalmohan Tudu était un mari et un fils bien-aimé, un homme qui voulait seulement aider son village. Elles disent que l’agriculteur, militant pour les droits tribaux, a été attrapé près de sa maison par la police qui l’a tué dans une rizière proche.

Mais la police dit que l’homme de 50 ans était un dangereux rebelle, un dirigeant du groupe du front maoïste qui terrorisait la région. Il a été tué, insistent-ils, dans un échange de coups de feu après que son groupe ait attaqué une patrouille de police.

«Ils le chassaient depuis le mois de juin dernier» a dit sa femme, Lakhimani, stupéfiée et silencieuse, comme elle était assise à l’extérieur de la maison familiale où les poulets picotaient dans la poussière. «Il a essayé de venir à la maison ce jour-là, mais il a été kidnappé durant la nuit. Nous avons entendu des coups de feu et avons craint le pire. Nous n’avons jamais trouvé ce qui s’était passé jusqu’au lendemain matin, lorsque nous avons entendu que son corps était à la morgue».

L’assassinat de Mr Tudu est un instantané de la ligne de front de ce que le gouvernement indien a appelé sa propre ‘guerre de terreur’. A travers les champs de l’Inde rurale éloignée, loin des villes animées qui se vantent d’un taux de croissance économique de 8%, des milliers de paramilitaires et de policiers armés se préparent à lancer une opération militaire majeure contre un ennemi que le Premier Ministre Manmohan Singh a qualifié de «plus grande menace pour la sécurité du pays». Les soi-disant rebelles maoïstes qui ont combattu les autorités par intermittence durant quatre décennies se dressent sur le chemin du développement économique et veulent renverser l’Etat, disent les autorités. Le gouvernement prévient que l’assaut militaire ‘Opération Green Hunt’, sera une «guerre longue et sanglante».

Cependant, les militants et les activistes, parmi lesquels la romancière vainqueur du pris Booker Arundhati Roy, décrivent l’opération militaire comme la dernière d’une série de saisies forcées de terre menée par l’Etat contre la population tribale indigène d’Inde. Le projet de ‘développement’ dont le gouvernement parle, n’est pas au bénéfice de la population locale mais pour les entreprises indiennes et internationales obtenant les ressources minérales de valeur située sur la terre tribale et adivasi. Les maoïstes, disent-ils, sont venus à l’aide de certains des plus opprimés en Inde.

Mais ce qu’un voyage dans le coeur des terres tribales et les enquêtes sur la mort de Mr Tudu suggèrent, c’est que la vérité pourrait être plus complexe que ce que chaque côté ne se soucie de l’admettre.
Le hameau poussiéreux de Narcha se situe à 130 miles à l’ouest de Calcutta, un voyage souvent le long d’une voie unique et de routes défoncées qui prend plus de cinq heures. Sur le chemin vers la petite communauté agricole, située au milieu des champs de patates et de riz, le véhicule bondi et secoue. Dans les petites communautés sur la route, il y a des enceintes policières et paramilitaires lourdement gardées, avec des postes de mitrailleuses posées derrière des sacs de sable et des barbelés.
Narcha n’est qu’à deux iles de la ville de Lalgarh, qui a été en juin 2009 poussée dans l’actualité après que les villageois se soient soulevés et aient protesté contre les atrocités de la police là-bas. Les hommes étaient battus, les femmes violées et au moins une personne aveuglée, disent les militants, dans une vaste opération de sécurité après une attaque à la bombe des maoïstes le long de la route du convoi du ministre en chef de Bengale occidental qui venait juste d’inaugurer l’ouverture d’une aciérie à une heure de là. Bien que la bombe n’ai pas fait de mal au ministre, l’Etat a répliqué par une répression vicieuse.

A ce moment, Mr Tudu, un ancien agent de police, a été nommé comme un des dirigeants du People’s Committee Against Police Atrocities (PCAPA – Comité Populaire contre les Atrocités Policières) une organisation dont les villageois de Narcha disent qu’elle a simplement été mise en place pour les protéger et qui n’a aucun lien avec les rebelles maoïstes actifs depuis longtemps dans la région. Lalgarh a été déclarée ‘zone libérée’ et la police postée là n’a pas daigné bouger de sa base.

«Nous avons formé notre propre comité et n’avons reçu d’aide de personne» a dit Labu Kisku, un ami proche et voisin de Mr Tudu. «Nous l’avons formé contre la torture. Le comité ne pouvait influencer personne à devenir maoïste. Aux yeux de la police, les poulets et les vaches sont maoïstes. De cette manière, (Tudu) a été décrit comme un dirigeant maoïste». La maman de Mr Tudu, Dhanmani, a ajouté «C’était un homme bon, sociable. C’est pour cela qu’il a été élu».

A Lalgarh, comme ailleurs dans ce que le gouvernement appelle les régions d’Inde infestées de terroristes maoïstes, le rapport précis entre les maoïstes – plus convenablement le Parti Communiste d’Inde (Maoïste) banni, mais aussi dénommé naxalites – et les tribaux est une zone grise.
Une grande partie de la direction des maoïstes, dont l’insurrection longue de 40 ans a entraîné les morts estimées de 6000 policiers, rivaux politiques et civils, est constituée d’idéologues urbains et éduqués, qui recrutent leurs combattants parmi la population tribale dans des états tels que le Chhattisgarh, l’Orissa, le Jharkhand et le Bihar. Mme Roy a dit: «Presque 100% des maoïstes armés sont des tribaux, amis cela ne veut pas dire que tous les tribaux sont maoïstes».

Mais les militants disent que dans les efforts du gouvernement pour diaboliser quiconque parlant contre l’Opération Green Hunt, ses adversaires sont étiquetés ‘sympathisants maoïstes’. Sur le terrain, c’est même encore plus dangereux. Sujato Bhadra, un militant de Kolkata qui dirige l’Association of People’s Democratic Rights (Association pour les Droits Démocratiques du Peuple) qui a enquêté sur la mort de Mr Tudu, a dit: «Il y a une instruction de tirer à vue contre les maoïstes, mais personne ne sait ce qu’est un maoïste. (La police dit) que tout le monde est maoïste, que tout le monde est un suspect. Tout le monde est sous la terrible menace de la mort».

Un reportage du magazine Tehelka a affirmé que Mr Tudu était un membre modéré du comité tribal. Cependant, l’année dernière, le groupe a lancé sa propre aile militaire, dont un membre du comité a dit aux journalistes: «Nous avons débuté avec un mouvement démocratique et nous voulions résoudre toutes les questions par le dialogue avec le gouvernement d’Etat. Mais, si tant le gouvernement du centre que celui de l’Etat déchaînent la terreur sur les villageois innocents à travers les forces de sécurité au nom de la chasse aux maoïstes, nous n’avons d’autre choix que d’opter pour la lutte armée».

Dans beaucoup des endroits où les maoïstes sont actifs, y compris le Lalgarh, les villageois ordinaires disent qu’ils se sentent pris au piège entre les insurgés et les forces de sécurité, ne sachant pas à quel saint se vouer. Au même moment, le soutien pour les insurgés semble plus fort dans ces régions précises privées d’infrastructure et de fourniture de services de base tels que des écoles et des cliniques. Les militants disent que même la propre recherche du gouvernement a conclu qu’une des causes profondes du soutien aux insurgés est la pauvreté. Dans un discours très médiatisé la semaine dernière, le haut fonctionnaire du ministère de l’intérieur Gopal Pillai a dit: «S’il y a un vide, quelqu’un le comblera. Cela a été les naxalites dans d’énormes parties du pays que le gouvernement n’est pas atteint».

Cependant, Saroj Giri, un professeur de science politique de l’Université de Delhi, a dit qu’alors que le gouvernement central parlait du besoin de développement dans de telles régions, s’assurer que cela se passe étaient des choses différentes. «Localement, la police est très belliciste» a-t-il dit. «L’Inde veut donner une bonne impression au monde et parle du besoin de développement (dans ces régions). Mais il y a une grande divergence entre ce que les ministres du centre disent et ce qui se passe sur le terrain».

Ces dernières semaines, Koteswar Rao, leader des maoïstes dans la région de Lalgarh et plus connu par son surnom Kishenji, a proposé un cessez-le-feu au gouvernement. Cela faisait suite à une attaque des insurgés sur un camp paramilitaire dans la ville de Silda, à vingt miles de Lalgarh, au cours de laquelle 24 jeunes soldats ont été tués. Jusqu’à présent, le gouvernement a rejeté le cessez-le-feu. Les militants disent que le gouvernement ne souhaite pas un cessez-le-feu et qu’il préfère une solution militaire.

De retour à Narcha, la famille de Lalmohan Tudu, assaillie de peine et de crainte, n’a pas été capable de faire des funérailles convenables. Durant sept jours, la police a refusé les demandes des proches pour le retour du corps de ce père de trois enfants et la famille a effectué le rituel traditionnel pour lequel le corps de Mr Tudu avait été remplacé par celui d’un poulet mort.

La police nie l’histoire de la famille. Le commissaire local, Manoj Verma, a dit que ses officiers avaient sans cesse essayé que la famille vienne chercher le corps. «Ils ne voulaient pas» a-t-il dit. «C’est une coutume tribale».

La semaine dernière, avec des amis, la veuve de Mr Tudu a demandé le retour du corps de son mari au commissariat. Deux heures plus tard, la famille est sortie après avoir signé un document qui disait qu’après tout, ils ne voulaient pas le corps. Un proche a dit que la police leur avait affirmé que le corps s’était décomposé, la famille s’est trouvée ‘sous pression indirecte’ et s’est sentie obligée d’abandonner sa demande. Quand on lui a demandé pourquoi elle avait autorisé la police à disposer du corps de son mari, Mme Tudu a dit de manière résignée: «Que pouvais-je faire?».

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